Revenir à la rubrique : Politique

Rahiba Dubois : "La franchise paye à long terme"

Son parcours politique est fulgurant. En l'espace de deux ans, la syndicaliste au SNES (mandat qu'elle finira en fin d'année) a gravi toutes les marches de la politique locale. Conseillère municipale depuis 2008 à Saint-Paul, élue au TCO, elle est depuis mars dernier conseillère régionale dans l'opposition. Des semaines déjà très chargées qu'elle complète par son poste de conseillère principale d'éducation au lycée Vue Belle de Saint-Paul. Malgré ce planning bien rempli, elle a accordé à Zinfos quelques minutes de son temps. L'occasion de revenir sur son départ surprise pour la liste de l'Alliance lors des régionales. Une incartade qu'elle semble toujours avoir du mal à faire oublier à une partie des militants écologistes. Entretien avec Rahiba Dubois.
Ecrit par Ludovic Grondin – le lundi 8 novembre 2010 à 07H22

Z'infos : Quelle est votre place à Europe Ecologie depuis les régionales ?
Rahiba Dubois : "J'ai toujours été à Europe Ecologie. Je me suis rendue par exemple aux universités d'été du mouvement en août dernier en métropole, je suis discrète mais pas timide (ndlr : en réponse aux critiques émises par Vanessa Miranville sur sa présence dans le mouvement)".

Quel est l'ambiance au sein du parti ?
"Le linge sale doit se laver en famille. Que ce soit à Europe Ecologie ou chez les Verts, toutes les personnalités sont les bienvenues. Que ce soit Pomez, Erpeldinger, Miranville ou Marchau, il ne doit pas y avoir d'attaques de personnes. Je ne suis en guerre avec personne. Europe Ecologie n'appartient à quiconque. Ce parti se veut ouvert et solidaire comme depuis sa création".

On sent une rivalité entre Vanessa Miranville et vous, et plus largement une scission dans le parti ?
"Le fait de passer dans les médias toutes les 30 secondes ne fait pas de vous un bon candidat. La politique se gagne sur le terrain. Il y a bien des journalistes qui voulaient faire des portraits avec ma famille ou encore suivre 24h d'une élue, je les ai refusés car je ne conçois pas la politique comme un spectacle. De toute façon, la franchise paye à long terme".

Les militants et collègues d'Europe Ecologie doivent alors vous reprocher d'avoir rejoint les rangs de l'Alliance pour les régionales ?
"Déjà, je n'y suis pas allée toute seule (ndlr : en pensant à Jean-Pierre Marchau). Moi j'ai dit "oui" au projet tram-train même si je pensais qu'il fallait aller encore plus loin. Selon moi, il fallait impliquer tous les acteurs communaux ou intercommunaux pour réfléchir à un plan de déplacement global. Il y a des choses simples qui peuvent être faites sans réclamer des coûts importants. Je pense que le projet tram-train aurait dû être envisagé au moins sur les communes du TCO. Cela aurait été un premier pas. Mais au-delà du fait d'avoir rejoint l'Alliance, je ne suis pas prosternée devant Paul Vergès. Je ne voue pas d'admiration particulière à la famille Vergès. Je n'y suis pas allée pour ça".

Vous cumulez beaucoup de postes actuellement ? Et encore plus depuis les régionales.
"On ne vit pas de la politique. Je prends en charge moi-même mes frais de voyages liés à la formation d'élu par exemple. Pour moi, faire de la politique ce n'est pas un métier. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai voulu continuer à exercer en tant que fonctionnaire d'Etat dans un établissement scolaire. D'ailleurs, je pense que l'expérience professionnelle que j'avais, était un plus pour me lancer en politique".

Le Trans eco express est un projet qui devrait vous plaire en tant qu'écologiste?
"L'Europe ne finance pas les bus dune part. D'autre part, le transport en bus ne relève pas de la compétence de la Région. Il fallait que l'on se batte pour obtenir la dotation ferroviaire. A la Réunion, vous ne voyez pas qu'on n'est pas traité comme en métropole ?"

N'avez-vous pas eu peur de devenir une sorte de caution écolo de l'Alliance en rejoignant cette liste ?

"Paul Vergès n'a pas eu besoin de m'attendre pour agir en faveur de l'environnement et je ne suis pas quelqu'un qu'on manipule".

Etes-vous plus à l'aise devant un public de scolaires ou dans un hémicycle ?
"Etonnement, je trouve que les jeunes sont plus à l'écoute que les adultes".

Quel est le siège que vous préférez occuper ? Celui du conseil municipal de Saint-Paul, celui de l'intercommunale avec le TCO ou celui de la pyramide inversée ?

"J'apprécie le fait de pouvoir venir contrôler l'utilisation des deniers publics en tant que conseillère régionale, même si je ne suis que dans l'opposition".

 

Vous avez plus de recul sur votre mandat à Saint-Paul. Quel bilan faites-vous de l'équipe municipale après deux années ?
"Déjà, Saint-Paul, c'était un bateau sans capitaine lorsque nous sommes arrivés. Huguette m'a fait confiance dans la lutte contre l'illettrisme. je suis fière des chantiers que j'ai pu lancer avec les personnes qui m'entourent. L'instauration des écrivains publics ou encore le projet de réussite éducative font partie de ces réussites".

Vous comprenez qu'il y ait une confusion dans la tête des gens qui suivent les mouvements écologiques ?
"En effet, l'appel de Daniel Cohn-Bendit du 22 mars dernier qui appelait les écologistes à unifier leurs différents mouvements a été entendu. Les Verts ont jusqu'au 5 novembre (ndlr : entretien réalisé le 3 novembre) pour accepter la charte unificatrice. On aura un socle statutaire commun entre Europe Ecologie et les Verts. Quant à KER (Koopérative Ekologie Réunion), c'est un mouvement qui est adhérent d'Europe Ecologie".

De la fusion naîtra un nouveau nom du mouvement, c'est bien çà ?

"Oui, je suis pour qu'on garde le terme d'"Europe Ecologie".

Pourquoi ?
"Il a le mérite de bien cadrer l'action politique dans laquelle nous sommes engagés. L'Europe intervient de plus en plus dans notre vie de tous les jours".

Vous impliquerez-vous dans la campagne des cantonales ?
"S'il le faut, je suis même prête à pallier un manque de représentantes féminines venant du mouvement car nous devons occuper l'ensemble des cantons renouvelables. De plus, au second tour, il faudra faire alliance car je veux que la gauche gagne !"

Est-il trop tôt pour parler de points d'entente avec cette gauche élargie ?
"Je pense que des accords programmatiques doivent avoir lieu le plus tôt possible avant les cantonales, mais çà c'est mon avis perso"

Combien de candidats écologistes victorieux voyez-vous sur les cantons renouvelables ?
"La recette pour réussir une campagne je l'ai testée (rires) : il faut le rassemblement des écologistes, et même si Marchau ou Dubois sont minoritaires il faut les soutenir ! (ndlr : en faisant référence au ralliement de Jean-Pierre Marchau et d'elle-même lors des régionales à la liste Alliance). Mais le mot d'ordre, c'est déjà de couvrir les 25 cantons. Je peux juste regretter que sur la dizaine de candidats élus lors de la désignation des candidats aux cantonales, 6 d'entre eux soient des instituteurs ou professeurs. Je pense que çà manque de représentativité".

Une partie des élus du Conseil général avait avancé l'idée d'une consultation populaire sur le plan d'élimination des déchets ménagers. Quel aurait été votre attitude ?
"Quand cette idée a été émise, nous, à Europe Ecologie, on avait dit "chiche, pourquoi pas ?". Cependant, si l'idée est louable, sur un dossier aussi technique, un référendum ne paraissait pas approprié. Moi, je suis pour une réduction à la base et pour une valorisation optimale. Je prends l'exemple d'une ressourcerie que j'ai visitée à Pau. C'est extraordinaire ce qui s'y faisait, un peu à la manière des centres de réparation d'Emmaüs. Au TCO, nous avons un chantier d'insertion où l'on récupère des palettes pour les transformer en meubles. Que des gens ressortent de là avec un CAP, ça, ça a le mérite de remettre des gens dans le circuit".

 

L'écologie n'appartient finalement plus aux verts ? On l'a vu avec le Grenelle de l'environnement ? Est-ce que c'est une réussite que vous accordez malgré tout à la Droite ?
"Il y a une différence entre environnementaliste et écologiste politique. Pour moi, on ne peut pas faire d'écologie politique quand on est à droite même si vous pouvez être environnementaliste à droite. C'est comme le phénomène de greenwashing. Beaucoup de marques en abusent en emballant leurs produits de verts et d'un logo écologique. Ce n'est que du marketing. Après, le bio n'est pas forcément bio. Je m'explique : le bio que l'on retrouve dans son rayon de supermarché et qui a fait des milliers de kilomètres n'est en fin de compte plus un produit bio dans sa globalité. Moi je veux le plus possible pouvoir acheter du bio qui vienne du producteur d'à côté".

Avez-vous le sentiment que le combat écologique est gagné ? Tout le monde s'y met.
"Non, il n'est pas gagné mais je dis toujours que les réunionnais sont les premiers écolos, bien avant les décisions politiques prises en faveur de l'environnement. Les modes d'habitation réunionnaises d'il y a cinquante ans et les façons de vivre créole étaient écologiques. De plus, de par ma profession de CPE dans un lycée, je peux vous dire que les jeunes ne s'en fichent pas comme on pourrait le penser".

Votre engagement dans la vie politique réunionnaise aurait-elle été la même en métropole ?
"Même en métropole (courte réflexion)...je me serais impliquée de la sorte. Une part de mes origines fait que je suis très attachée aux questions liées à l'intégration".

Quel est l'événement qui a marqué, dans ce cas, cette rupture pour vous dire un jour : "je m'engage en politique ?"
"L'élément déclencheur a été l'accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Cela ne cadrait pas avec mes valeurs".

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :