Ti Guy mortellement poignardé au Bas de la Rivière: "Je ne l'ai pas vu et je ne me souviens de rien"

Interrogé sur les raisons qui l'ont poussé à commettre ce geste mortel, Jordan Delaisser, 33 ans, n’a aucune explication. "Je ne l’ai pas vu. Je ne me souviens pas lui avoir porté de coups" déclare-t-il après avoir demandé pardon à la famille. Une famille en souffrance qui a perdu un enfant de 25 ans et qui ne se contentera pas de ces maigres explications. "Depuis petit j’ai pas de père, j’ai pas de frère, j’ai appris à me défendre. Je vendais de la drogue et j’ai déjà été agressé. C’est pourquoi j'avais toujours mes couteaux sur moi" détaille le trentenaire.
A l'aube ce matin-là, des groupes s'étaient formés devant la boutique de la Place de la Tortue. Plusieurs couples revenaient d'une soirée au Chaudron et tous étaient alcoolisés. De son côté, Jordan Delaisser sortait de l'immeuble d'en face avec deux amis. "En traversant la place, Ti Guy m'a demandé si j'avais quelque chose à lui vendre. On a échangé un cachet d'ecstasy contre quelques euros et j'ai repris ma route" raconte l'accusé déjà condamné en 2018 pour des violences avec arme. C'est ici que les versions divergent. Sur la vidéo surveillance de la municipalité, on voit nettement Jordan Delaisser se diriger vers les rampes Ozoux. Soudain, il se retourne et revient sur ses pas.
"C'est à cause d'une cigarette que ça a dégénéré" confie à la barre Kevin S., une des victimes ayant reçu un premier coup de poignard qui le blessera légèrement. "J'ai pas le souvenir de la cigarette. Kevin a insulté Jordan qui s'est approché, a sorti ses couteaux et donné des coups dans tous les sens. J'ai essayé de le désarmer pour pas qu'il continue à poignarder Kevin" avance Samuel L. alors touché par la lame à l'abdomen et dont le pronostic vital a été un temps engagé après une opération chirurgicale en urgence au CHU de Bellepierre.
"Le quartier me rend responsable de ce qui s'est passé"
La présidente de la cour insiste auprès de Kevin. "Jordan vous avait publiquement insulté au Barachois quelques jours plus tôt. C'était quoi le problème entre vous ?". Le jeune de 29 ans se frotte les yeux et ne répond pas à la question. "Le quartier me rend responsable de la mort de Ti Guy". Ce dernier avait voulu s'interposer dans le déchaînement de violence. "J'étais au sol , j'avais reçu plusieurs coups au visage. Je saignais. Ils étaient tous autour de moi. J'ai frappé pour me défendre mais je n'avais l'intention de tuer personne" reprend Jordan Delaisser.
Le mis en cause s'était immédiatement rendu de lui-même au commissariat de Malartic pour éviter les représailles. C'est en garde à vue qu'il avait appris le décès de Ti Guy. "Quand on le lui a appris, il était très abattu" a témoigné la directrice de l'enquête.
A de nombreuses reprises pendant l'audience, la cour a projeté une partie de la scène immortalisée par caméras vidéo. Mais malheureusement, l'arbre très imposant situé au milieu de la place masque les moments clés qui auraient dû mettre tout le monde d'accord. Dans un contexte de rancoeur, Jordan Delaisser, insulté et frappé, a-t-il agi en légitime défense pour ne pas être passé à tabac ? Ou bien sous l'effet d'alcool et de substances a-t-il réagi de façon disproportionnée à un mauvais regard ou une remarque désobligeante ? C'est ce que les magistrats de la cour criminelle vont s'efforcer de déterminer.


