Revenir à la rubrique : Faits divers

Cannabis et ecstasy : Nounou, champion de l'épargne, initiateur et geek de pacotille perdent la partie

L'interception par le service des douanes de produits stupéfiants envoyés de métropole par colis postaux a mis fin à un trafic de stupéfiants organisé au sein d'une fratrie recomposée qui se retrouve aujourd'hui à Domenjod.
Ecrit par Isabelle Serre – le vendredi 3 mars 2023 à 17H58

Dans la famille, le tribunal correctionnel a d'abord demandé Junior, le plus jeune d'une fratrie de huit enfants, condamné en 2021, lors d'une comparution immédiate, à 4 ans d'emprisonnement pour trafic d'ecstasy. Quelques mois plus tard, s'est présentée dans le prétoire une de ses cousines, condamnée à son tour à 30 mois de prison ferme après s'être faite coincer lors d'une livraison de stupéfiants qui était surveillée.

Dans le téléphone de Junior, une photographie avait attiré l'attention des enquêteurs qui se doutaient bien qu'ils avaient affaire à un trafic bien huilé. On y voyait, via Snapchat, l'image d'un colis en provenance de Marseille. C'est ainsi qu'est apparu  dans le jeu Saïd Nasser, dit le Marseillais de Consolat, le nom du quartier de la deuxième ville de France d'où ont été régulièrement envoyés du cannabis et des cachets d'ecstasy à La Réunion par Chronopost entre 2020 et 2022.
 

Une salle d'audience remplie de "supporters"

Ce jeudi, le trentenaire suivi de ses trois complices, dont son demi-frère, était attendu à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Denis. Le quatuor a déboulé dans une salle d'audience remplie de ses supporters. Tout juste si les prévenus n'ont pas levé les bras en l'air pour être acclamés par la foule. Vêtu de noir de la tête aux pieds, soigneusement peigné, petites lunettes cerclées, Saïd Nasser a soutenu n'avoir envoyé qu'une dizaine de colis avant que son frère Junior ne tombe. En tout et pour tout, celui qui semble être l'initiateur de ce trafic annonce 11.000 euros de bénéfices. De quoi offrir à sa mère une Golf 7 décapotable, saisie dans le cadre du dossier. 

Au téléphone, lors d'une conversation sur écoute, il avait indiqué à un dalon "être plus intelligent que Junior" qui avait été rattrapé par la justice. Malheureusement, son départ pour Paris à la recherche d'une vie rangée n'avait pas empêché son interpellation et un placement en détention provisoire en novembre 2021. 

Plus loin que ce qu'avait demandé maman

Entre alors en scène Jean Jason Zitte, affublé du titre de "dealer d'opportunité" par la juge d'instruction. Fidèle lieutenant de l'ami Junior, et demi-frère de Saïd Nasser, il était allé, à la demande de leur mère, récupérer les affaires de Junior lors de l'arrestation de celui-ci. Au passage, il avait ramassé la Golf 7 et 320 cachets d'ecstasy revendus sous le manteau, "vendus ou donnés pour m'en débarrasser", déclare-t-il sans grande conviction au tribunal. L'enquête montre cependant que le Portois était également donneur d'ordre et collecteur de fonds. "Vous avez été plus loin que ce qu'avait demandé maman", ironise le président Duchemin. "J'aurais dû les jeter aux WC", reconnait le demi-frère dont le passé judiciaire affiche 12 mentions.

Quant à Maoulida Attoumani, il connaissait Junior Ethève "vite fait" selon selon ses dires. Mais lors d'une perquisition effectuée chez sa compagne, 37.000 euros sont découverts dans un sac au sommet d'une armoire. Le vingtenaire né à Tsingoni à Mayotte jure que c'étaient ses économies et le fruit de la vente de vêtements de contrefaçon - dont personne n'a jamais retrouvé trace - acquis à Paris Clignancourt. "C'est un business sacrément rémunéré", fait naïvement remarquer le président. Maoulida refusera tout au long de la procédure de donner aux enquêteurs le code de son portable au motif que des photos intimes de sa compagne s'y trouvent. Tout porte ainsi à croire que l'argent trouvé chez lui aurait dû revenir à Saïd Nasser si celui-ci n'avait pas été arrêté.

Des espèces rangées par liasse de mille

Reste Gaulthier Ringuin, le pro des réseaux sociaux, dont les photos de cachets d'ecstasy postées sur Snapchat laissaient apparaître la chevalière dans un coin du cliché. Il est établi qu'il a rencontré Junior Ethève en discothèque et a joué le rôle de revendeur. Des espèces rangées par liasse de mille - de la même manière que chez Maoulida Attoumani - n'ont trompé personne malgré ses dénégations. 

Le tribunal a été moins sévère que les réquisitions du parquet qui a pointé les "bénéfices considérables" issus du trafic et les conséquences de la consommation de stupéfiants sur la population réunionnaise qui résonnent quotidiennement entre les murs des tribunaux judiciaires.

Saïd Nasser est condamné à 4 ans de prison, Maoulida Attoumani à 3 ans ferme, Gaulthier Ringuin écope de 2 ans et demi ferme. 2 ans ferme sont prononcés pour Jason Zitte. Tous dorment à Domenjod.

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :