Violences conjugales : La place du "mâle réunionnais" s’invite dans l’échange avec Elisabeth Borne

Au sein des officiels présents aux côtés d’Elisabeth Borne, la maire de Saint-Denis a conforté ce propos en plaidant pour une meilleure connaissance "anthropologique" du sujet autour de cette "hérédité" et de la place de l'homme dans la société réunionnaise. "Il faut que des travaux de recherche soient menés à l'université de La Réunion (...) Dans la société esclavagiste, l'homme noire n'existait pas".
La Réunion sur le podium
Notre territoire confirme malheureusement par les chiffres que les racines de ce mal doivent être explorées.
"La Réunion montre des chiffres qui sont particulièrement inquiétants, qui ne baissent pas et qui sont particulièrement importants, notamment dans la part des VIF il y a celles des violences sexuelles", expose Véronique Denizot, procureure de la République. "Et ce qui se pose évidemment au-delà de la compréhension des chiffres et du traitement de ces chiffres, c’est l’origine de ces violences. Nous essayons de comprendre, notamment pour nous métropolitains qui ne faisons, souvent, en tant que magistrats, que passer sur ce territoire, de comprendre ce qui est à l’origine de ce mal ici très particulier", confirme-t-elle à son tour.
Tristement, notre territoire est classé 3e département de France en termes de cas de violences intrafamiliales après la Guyane et la Corse. En 2021, 7 femmes par jour déposaient plainte contre 4 en 2015, d’après les chiffres de l’Observatoire Réunionnais des violences faites aux femmes.
Face à ce tableau de bord peu optimiste, acteurs institutionnels et politiques s’accordent quand même à dire que le tissu associatif est de "très grande qualité" et les avancées réelles avec le bracelet anti-rapprochement, le téléphone grave danger ou encore les ordonnances de protection qui permettent au juge aux affaires familiales d'assurer dans l'urgence la protection de victimes de violences conjugales.
Autre exemple de réussite que mentionne Véronique Denizot, la part prise par les intervenants sociaux qui prennent le relais des officiers de police judiciaire qui "se retrouvaient à gérer des missions qui n’auraient jamais dû leur incomber".
Elle évoque ici la difficulté dans laquelle se retrouvaient les forces de l’ordre lorsque, après une plainte, il s’agissait de déterminer comment éloigner une conjointe d’un mari violent et surtout dans quelle structure ?
Depuis 2011, la présence dans les commissariats et gendarmeries d’intervenants sociaux (ISCG) employés par le Département vient répondre à cet angle mort. Ces professionnels ont pour rôle d’accueillir les personnes en situation de détresse sociale et de les orienter vers les autres partenaires.
Après cet aiguillage, des structures d'écoute et d'accueil quadrillent désormais le territoire. Dix lieux d’accueil pour les femmes battues existent, dont deux qui se trouvent dans des centres commerciaux pour plus de discrétion lors d’un signalement, "toujours dans cet esprit d’ « aller vers », au plus proche des personnes victimes de violences", expose la procureure. La Réunion dispose aussi de cinq structures d’hébergement temporaire d’urgence pour une capacité totale de 150 places et un projet d’hébergement pour les auteurs de violence est à l’étude.
Enfin, la question de la priorisation des signalements des VIF ne se pose plus désormais. "Les services enquêteurs tracent prioritairement ces dossiers", confirme à Elisabeth Borne la procureure de Saint-Denis.
Trois brigades dédiées
Ces avancées ne balayent pas les efforts à produire et pour ça, la question des moyens financiers se pose inlassablement. "Les magistrats disent : « Nous avons entendu les promesses de renforcement de l’institution judiciaire mais donnez-nous les moyens dès maintenant, dès que cela est possible !", a exhorté Véronique Denizot. Dans le même registre, l’association CEVIF s’est adressée au président du Département Cyrille Melchior pour que les subventions accordées aux associations deviennent "pluriannuelles" pour une meilleure visibilité de trésorerie.
"Les deux parquets déjà fortement mobilisés sur la question des VIF sont remobilisés incontestablement par le Grenelle des violences conjugales (en 2019, ndlr) et, depuis, nous ne cessons de nous perfectionner, je l’espère, et de continuer à lutter sans relâche sur un territoire marqué par la prévalence de cette forme de délinquance", déclare Véronique Denizot.
Après ce tour de table chronométré où elle a écouté, la Première ministre a mentionné toute l’importance d’aborder le sujet "dès le plus jeune âge" pour "inverser la courbe" de ces chiffres inquiétants. La rencontre s’est achevée sur son annonce de création de trois brigades de gendarmerie dédiées aux VIF à La Réunion. Une annonce accueillie par des applaudissements.


