La FAAC : "se fédérer pour être perçus autrement"

Manque de visibilité, mépris et racisme. Les problématiques touchant les communautés africaines et créoles dans l’Hexagone sont de plus en plus évidentes, alors que se multiplient, ça et là, les mesures politiques en faveur de la diversité et de l’égalité des chances. Afin de "rassembler les associations et personnes originaires d’Afrique et d’Outre Mer autour de projets communs pour valoriser leurs atouts, leurs permettre de parler d’une seule voix et garantir leurs intérêts", Franck Anretar a fondé la FAAC : Fédération des Associations Africaines et Créoles.
Assisté des présidents des pôles structurants le groupement, il en a défini les contours et expliqué le fonctionnement, au cours d’une conférence de presse inaugurale qui s’est déroulée hier à Paris.
Premier défi à relever selon lui : améliorer la condition économique des africains et créoles en Métropole. Pour lui, sans entrepreneuriat, pas de développement des autres domaines tels que l’éducation ou la culture par exemple. Ainsi, la fédération est composée de neuf pôles qui joueront chacun un rôle dans les futurs projets soutenus ou initiés par la fédération. Ces neuf pôles seront respectivement axés sur l’économie, la santé, la jeunesse, l’éducation, la culture, la solidarité, la communication, le sport et les formations. Le défi de la FAAC est de s’autofinancer pour ne pas compter seulement sur des subventions et pouvoir se positionner en levier économique pour les associations comme pour les particuliers.
Préserver son indépendance
"J’espère que la fédération sera un garde-fou en pointant du doigt les aberrations", a exprimé, pour sa part, Yasmine Hamra Kroua, porte-parole de la FAAC, par ailleurs engagée dans divers combats contre les discriminations. Des espoirs, elle n’est pas la seule à en placer dans la fédération. Les personnalités du milieu associatif étaient nombreuses dans l’auditoire pour exprimer leurs attentes vis-à-vis du groupement. Ainsi, certaines d’entre elles aimeraient que la fédération démarche les politiques si cela s’avérait nécessaire ou encore qu’elle s’implique dans les débats tels que celui des statistiques ethniques. Loin d’y être hostile, le président a précisé : "nous ferons tout ce que nous trouverons utile, tant que nous préservons notre indépendance, en veillant à ne pas être récupéré politiquement". Par ailleurs, il ajouté que des colloques seront organisés pour "se retrouver et réfléchir".
Agir pour tous, ensemble
Cependant, si elle a suscité un certain enthousiasme, la présentation de la fédération a aussi soulevé quelques questions. "Quelles garanties peut apporter la fédération pour empêcher la résurgence des clivages ?", s’est demandée une auditrice. Mais pour Yasmine Hamra Kroua "les clivages ont été imposés pour mieux diviser les communautés" et il existe en réalité "une synergie" entre elles. D’accord avec la porte-parole, Abderrahmane Dahmane, conseiller auprès des associations maghrébines, pense que cette division s’explique parce que, "ensemble, les africains et les créoles pèsent lourd en nombre de voix et d’entreprises". Autre interrogation, provenant d’une journaliste : "ne vous placez-vous pas en concurrence avec le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) ?". "Non, lui a-t-il été répondu par Jean-Christophe Duton, président du Pôle Formation, car le CRAN agit selon un critère ethno-racial alors que nous visons aussi bien les africains noirs que les maghrébins, et que les créoles sont très souvent le fruit de métissage". "D’ailleurs, assure de son côté Franck Anretar, le terme 'créoles' n’englobe pas seulement les ultramarins. Les créoles, ce sont aussi les anciennes colonies latines, pas que françaises. Il existe par exemple des créoles uruguayens".
La Fédération des Associations Africaines et Créoles est déclarée en préfecture depuis le 15 janvier 2009. Son fondateur, Frank Anretar, est aussi à l’origine des Trophées des Arts Afro-Caribéens, cérémonie qui récompense des artistes des zones Afrique et Caraïbes.


