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[PORTRAIT] Audrey Belim, l'élue PS qui monte

Choisie en seconde position sur la liste PS-LPA pour les prochaines sénatoriales, Audrey Belim, 30 ans, est présentée par le Parti socialiste comme un "signal fort" du rajeunissement du parti. La secrétaire fédérale du PS déléguée à la jeunesse, ancienne assistante parlementaire de Monique Orphé, a accueilli avec beaucoup de "surprise et d’humilité", la "confiance" accordée par son parti. La socialiste dionysienne nous en apprend un peu plus sur son parcours et sur sa vision de la politique. Portrait.
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 21 septembre 2017 à 09H58

Qu’est-ce qui vous a poussée à vous lancer en politique ?

C’est en observant Monique tout simplement. J’avais beaucoup d’a priori sur les responsables politiques. Lors de mes études de droit, je fuyais d’ailleurs les modules de sciences politiques car je les trouvais indigestes ! (rires). J’avais cette image négative du politique. Mais c’est en travaillant auprès de Monique, en voyant la façon dont elle faisait les choses, avec beaucoup d’envie et de détermination, que ma vision à propos du travail des politiques a changé. Il y avait vraiment du sens et cela m’a donné envie de me lancer. Elle m’a également dit qu’il y aurait de la place pour les jeunes sur la liste de Gilbert Annette (lors des municipales 2014, ndlr). Je me suis dit ‘pourquoi pas ?’ au lieu de rester derrière un ordinateur et laisser des messages négatifs. Et l’aventure a commencé… Au fur et à mesure, j’avais envie de m’intégrer dans les débats et discussions au sein du PS. J’ai commencé à militer dans ce parti avant de devenir déléguée adjointe, puis déléguée. Lors du congrès de 2015, je suis devenue secrétaire fédérale du parti, déléguée à la jeunesse.

Depuis cette date, je m’efforce à redonner un sens à l’attrait politique. C’est un combat que j’essaie encore de mener aujourd’hui. Plus que les jeunes, j’ai envie de ramener les gens vers la politique parce qu’il y a une perte de confiance. On ne s’en rend pas compte mais pour moi, tout le monde fait de la politique, même à petite échelle. Quand on fait de la politique dans le but s’impliquer dans l’évolution de sa société, c’est noble. Après il y a des mauvaises personnes partout, mais il y a également des responsables politiques qui s’engagent et le font avec bienveillance, qui sacrifient beaucoup de choses dans leur vie personnelle.

Le PS pour vous était-ce une évidence ?

Non, pas du tout, parce que je viens d’une famille assez ouverte politiquement, de droite comme de gauche. Mais la gauche, c’était sûr. Quand j’ai découvert le Parti socialiste et ses valeurs cela m’a tout de suite plu car c’est un parti qui accepte le débat et qui possède en son sein plusieurs courants. Le social est une thématique importante du PS mais le parti est également ouvert aux autres paramètres de la société comme l’économie, l’investissement, l’écologie, le développement durable, etc...De plus, comme nous étions dans un contexte où nous avions besoin d’une réelle synergie entre toutes ces thématiques pour pouvoir faire évoluer la société réunionnaise favorablement, je me suis dit que c’était le parti qui me correspondait le plus.

 

Même si comme vous le dîtes, le PS est “ouvert aux autres paramètres de la société”, quels sont vos domaines de prédilection ?

C’est très large, mais c’est vrai que j’ai une certaine affinité avec les questions liées à l’emploi, la formation ou encore la jeunesse. Quand je dis “jeunesse”, ce n’est pas par des statuts posés de 18 à 25 ans. Moi je vois la jeunesse sous toutes ses formes. Prenons le cas du chômage : une personne peut se retrouver sans emploi pour la première fois à 45 ans. J’aimerais travailler sur tout cet aspect de la jeunesse pour préparer l’avenir et anticiper. La jeunesse ne s’arrête pas à l’emploi et à la formation : n’oublions pas les problématiques liées au logement étudiant ou à l’entreprenariat. Sur ce dernier point, on parle souvent de jeunes entrepreneurs, qui sont âgés en moyenne de 35 ans. Je n’ai pas un ou deux sujets de prédilections car je pense qu’il faut tabler sur une synergie et ne rien laisser de côté. Si l’on développe un sujet économique, il faut que le social suit derrière.

Vous vous situez plutôt à gauche ou à droite du PS ?

C’est vrai que je me situe plutôt dans l’aile libérale du parti et la politique menée par Manuel Valls lorsqu’il était Premier ministre, en opposition à celle qui a été portée par Benoît Hamon durant la dernière campagne présidentielle. Ces oppositions sont malgré tout importantes pour le parti et pour sa future mutation. On ne peut pas rester dans un seul courant à gauche et se dire progressiste...Quand bien même je suis plutôt libérale, je ne suis pas pour autant fermée aux discours de Benoît Hamon.

Quel bilan dressez-vous du quinquennat de François Hollande ?

On se rend aujourd’hui compte que la politique d’Hollande n’était pas si mauvaise. C’est vrai qu’elle porte ses fruits assez tardivement. C’était une politique pensée et construite pour amener des solutions sur du moyen et long terme. François Hollande était dans le courant médian : ouvert à la politique de Valls et à celle d’Hamon.

 

Comptez-vous vous inscrire durablement en politique ?

Je suis arrivée en politique par surprise et je n’ai pas forcément d’ambition personnelle. Pour moi, on n’a pas besoin d’avoir de titres ou être élu(e) pour faire de la politique. J’ai surtout envie d’être utile et aider les autres.

Comment évaluez-vous les premiers pas du quinquennat d’Emmanuel Macron ?

Je ne m’inscris pas dans une opposition au gouvernement mais je reste vigilante. Il y a des choses qui ne me plaisent pas comme la suppression des contrats aidés, qui n’était pas dans son programme. Est-ce qu’on aurait pas pu préparer les collectivités ou les entreprises à cela ?

On ne va pas se cacher, la reconstruction du PS s’annonce difficile...comment le parti peut-il remonter la pente après le score réalisé par Benoît Hamon lors de la dernière présidentielle ?

Moi je souhaiterais que le parti reste ouvert ; à nos militants bien entendu mais également aux sympathisants et aux Français d’un point de vue général. On a quand même entretenu le cloisonnement de nos débats, notamment lors des universités d’été, qui s’adresse il est vrai à un public d’initié. Moi je suis pour plus d’ouverture afin d’enrichir les courants. Il en faut d’autres parce que les enjeux que l’on a en France et à La Réunion sont tels qu’on ne doit pas partir sur une seule solution. Il faut plusieurs solutions à chaque problème. Je trouve ça formidable que le mouvement En marche ! puisse s’ouvrir à d’autres courants politiques et si ça fonctionne, tant mieux ! Même si ce que fait le mouvement d’Emmanuel Macron est intéressant, je reste malgré tout socialiste : ce sont mes valeurs et j’aime mon parti et j’ai envie de participer à sa reconstruction.

Seriez-vous pour un rapprochement entre En marche ! et le PS ? Voire d’un PS plus libéral ...

(Elle reprend) : En tout cas qu’il (NDLR : le Parti socialiste) puisse l’écouter. La solidarité, la liberté, le travail ou encore la fraternité restent les valeurs traditionnelles du PS. Mais en même temps, on ne doit pas s’empêcher d’écouter ailleurs parce qu’il peut y avoir de très belles solutions parfois même compatibles avec les nôtres. Il faut que nous soyons à l’écoute des gens et des nouvelles pensées. Il en va de l’existence du Parti socialiste.

Vous avez été choisie tout comme Michel Dennemont pour mener la liste PS-LPA lors des prochaines sénatoriales. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Je l’ai accueillie avec beaucoup de surprise et d’humilité. C’est tout nouveau pour moi car j’aimais bien cultiver ma discrétion. Après avoir bien réfléchi, je me suis dit que si on voulait refonder le parti, il fallait bien prendre des risques. Le PS part avec une nouvelle image, une jeune femme peu voire pas connue du tout public...Je trouve ça formidable. On critique beaucoup le PS mais je trouve qu’il n’a jamais été aussi vivant qu’aujourd’hui. C’est un nouveau message que l’on envoie au Sénat, au Parti socialiste et aux militants. Nos leaders politiques respectifs, qu’ils soient de droite, du centre ou de la gauche, vont être amenés à s’en aller. Naturellement, le renouvellement doit se faire. Je suis également très reconnaissante envers mon parti car c’est un moyen pour eux aussi de dire qu’ils ont confiance en moi.

Comment comptez-vous travailler avec les équipes du LPA ?

Nous travaillons déjà en concertation avec eux. Nous ferons en sorte avec Michel Dennemont de s’informer sur nos actions. Je ne le laisse pas partir trois ans à l’aventure et je n’arrive pas au bout de trois ans comme une fleur. Je souhaiterais que nous puissions travailler ensemble même si, il est vrai, que nous venons de deux sensibilités politiques différentes. J’y vais avec l’esprit ouvert mais avec mes valeurs quand même et je pense qu’il s’inscrit dans la même démarche.

Élue sénatrice, quelles seront vos priorités au Sénat ?

Nous aurons une vigilance accrue sur tout le travail législatif qui concernera l’emploi et la formation à La Réunion. Sans oublier le développement durable, le logement,  l’écologie ou encore le soutien aux personnes fragiles et isolées. Je souhaiterais également que l’on prenne conscience de nos spécificités locales. Moi j’ai envie d’un Sénat dynamique, capable d’être force de proposition et qui ne soit pas là juste pour être un Conseil des Sages bis.

 

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