Fillon peut-il rester ?

Il était l’espoir de la Droite. Grand gagnant de la très populaire primaire de la Droite. Tous les voyants étaient aux verts. Dans la longue route qui menait à la victoire de la présidentielle, s’est glissé un petit caillou dans la chaussure du candidat Fillon. Au début c’est une simple histoire d’épouse assistante parlementaire. Rien de nouveau sous les dorures de l’assemblée nationale, car c’est assez monnaie courante d’embaucher des proches à ces postes. Elle aurait d’ailleurs pu avoir ce statut d’attaché parlementaire sans pour autant travailler à l’Assemblée Nationale, il suffisait qu’elle soit présente dans la permanence sarthoise de son mari. Bref il était assez facile d’expliquer que ces pratiques certes déontologiquement discutables étaient parfaitement légales et surtout qu’elles avaient cessé dès l’entrée de François Fillon à Matignon. Mais non ils ont préféré s’enfoncer dans les approximations.
Il faut savoir que l’enveloppe parlementaire destinée à rémunérer les assistants si elle n’est pas consommée est tout simplement perdue pour l’élu. Alors pour optimiser cette enveloppe il est parfois plus simple de déclarer femme et enfants, assistant parlementaire, et de pouvoir ainsi optimiser les ressources fournies par l’assemblée nationale. Ce petit caillou pouvait être rapidement et simplement enlevé, il suffisait de faire son mea culpa, et s’engager à reformer ce système. Mais les conseillers, surement par manque de discussion franche avec le candidat ont multiplié les erreurs. En communication de crise, on ne peut pas éteindre un feu médiatique par une approximation. On doit bâtir une défense basée sur la vérité afin d’éviter le développement de l’affaire. On ne pouvait pas faire dire à François Fillon : "Je n’ai qu’un seul compte au Crédit Agricole de Sablé sur Sarthe", alors que la loi demande à chaque parlementaire d’avoir deux comptes séparés pour le versement des indemnités de représentation. Cette information est apparue en moins de 15 minutes après le discours de rentrée de François Fillon. Cette approximation a pour effet de dynamiter toute la crédibilité du candidat. Et les journalistes ont alors tout vérifié, car celui qui ment une fois en public, peut avoir commis d’autres approximations. La confiance est rompue avec les journalistes, et la curée peut débuter. Utiliser le mauvais argument en communication de crise, est comme utilisé le mauvais moyen pour éteindre un feu. On n’utilise pas de l’eau pour éteindre un feu a base d’huile. François Fillon et ses équipes n’ont pas utilisé la bonne méthode pour éteindre ce feu médiatique et il s’est propagé.
Quand on pense qu’il suffisait de jouer profil bas, de ne pas trop en faire pour que l’orage passe. Aujourd’hui François Fillon est dans une moindre mesure le Jérome Cahuzac de la Droite. Cahuzac, l’homme qui se battait contre l’évasion fiscale tout à la pratiquant lui même. Fillon se voulait l’homme intègre de la droite, et il se retrouve le symbole d’une classe politique totalement déconnectée de la réalité et avide d’argent public et privé. Il a été attaqué sur sa force : sa probité et son honnêteté. Il a été élu sur cette force et aujourd’hui cette qualité primordiale a été mise à mal, il n’a plus de force. Il est discrédité de manière durable, et son actualité est aujourd’hui uniquement judicaire alors que l’on devrait débattre de programme. Nicolas Sarkozy avait été sèchement écarté lors de la primaire, car l’électorat de droite ne voulait pas vivre un calvaire judiciaire durant la campagne. Ils avaient préféré l’austère mais honnête, François Fillon. Aujourd’hui il ne reste que l’austérité. Le plan B semble inéluctable pour la Droite. Il reste 10 semaines pour trouver une solution et rebâtir une force d’alternance. Il y a le feu au lac !


