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Jean-Pierre La Selve : Jouar-ethnomusicologue

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 20 janvier 2017 à 17H49

On ne peut résumer l’œuvre de Jean-Pierre La Selve à la seule musique traditionnelle Réunionnaise même si il a été, comme le rappelait Albert Weber par son travail de collecte, le principal « connaisseur » de ce monde endémique et longtemps.

Nombreux l’appelaient La Serve, en référence à Robinet de La Serve. Cela le faisait sourire mais La Selve venait du sud de la France, de Cannes dont il était un des derniers à parler l’occitan dans une ville qui a été vidée de ses habitants originels.

Jeune étudiant, il était à la faculté de Nice toujours fourré avec les étudiants corses de l’époque qui, bien que chaleureux, déménageaient dans des frasques invraisemblables et dans les chants ripailleurs ou traditionnels, interprétant avec brio la paghiella « Quandu  seru per Corti » alors au Top 60 avant l’arrivée d’Antoine Ciosi.

Mais l’autre île qui fascinait cet homme caméléon, c’était l’Irlande, ses chants, cette verve qu’il tirait du lien symbolique avec une grand-mère irlandaise.
Sa plus grande joie était de pratiquer régulièrement l’île verte, notamment l’été, faire le tour des pubs et des festivals, si bien qu’il finit par se fondre dans cet autre paysage insulaire, il était le chant… gaélique.

Là où je fus le plus scotché, c’est quand il entonna des chants russes dans le texte ! Quelle verve !

Mais sa carrière fut indéniablement La Réunion, avec la découverte des Pépés des 400, de la polka, des valses, des scottishs, des mazurkas et même des vieilles romances créoles avec partition, dernier livre qu’il publia aux Azalées.

Animateur des Brigantins, des Compères Grat’fils et de Vavangue, souvenons-nous du grand bal longtemps à la Plaine des palmistes lors du centenaire de la reprise de Maria Magdeleine mais son succès fut la réédition de « Mon coco si tu aimes à moin » que les créoles continuent de chantonner lors des mariages ou baptêmes (dan’ le poulailler n’a pi volailles ?). 

Esprit de recherche, il interviewa Jacques Lougnon, notre Vieux Tangue pour connaître l’utilisation ancienne de la flûte dans le répertoire créole.

Il fut un temps membre de l’Académie Arts et Lettres » et dans d’autres sociétés savantes puis ses difficultés de santé l’obligèrent à retourner sur sa ville natale.

Mais c’est qu’il a voyagé le « bougre » ! Au Mozambique, à Mayotte où il rencontra tonton Jules, à Madagascar, au Brésil, à Rodrigues l’île sœur, toujours pour rechercher… la petite note, et en bien d’autres pays, surtout en Louisiane, cherchant les liens au cœur de la Nouvelle Orléans dans des correspondances linguistiques et musicales qui nous lient dans cette même francophonie, créolisée version folk, repas riz, haricots rouges.
Son ouvrage republié par deux fois « Les musiques traditionnelles de La Réunion », restera une référence incontournable.

C’est maintenant aux générations à venir de faire perdurer, de développer  dans des directions libres et sans contraintes de culture imposée politique, cette liberté et cette gaieté que la musique porte dans le banjo qui s’auréole de notes éclatées…

Ce soir je bois un verre de vin… à jeun…

A ses compagnons de chants, à sa famille et surtout à ses enfants, nous leur adressons nos condoléances.

Christian Vittori
Le 18 janvier 2016

 

 

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