Évocation

Le tam-tam bourdonnait avec de l'insolence.
Il martelait l'esprit et troublait le silence
De la nuit tropicale au climat angoissant.
Il résonnait alors, au creux de la poitrine
Comme un coeur affolé, qui, soudain tambourine
Essayant d'effacer le vacarme oppressant.
Ce roulement lascif évoquait les savanes.
On croyait voir au loin de longues caravanes
Qui s'en allaient, ainsi, vers des ports inconnus.
Ces êtres écrasés par le poids des ivoires
N'avaient qu'un seul défaut: Exhiber des peaux noires.
Le soleil taraudait tous ces fantômes nus.
Errant sur des sentiers, bien loin de leurs villages,
Véritables butins de raids et de pillages,
Ils allaient, Hébétés, dès le petit matin
Sous un soleil de plomb, titubant de fatigue
Tel un bateau perdu, ivre, mais qui navigue
Vers un nord imprécis et surtout incertain.
Cette évocation provenait de l'enfance.
On me parlait souvent d'esclave et de souffrance,
De tous ces châtiments infligés aux Marrons
Qui préféraient la mort à la vie pitoyable
Imposée par le sort, sombre Avatar du diable.
J'imaginais l'effroi de ces pauvres Larrons
Qui s'enfuyaient le soir, à l'abri de la lune,
Croyant aveuglement à leur bonne fortune.
Ils emmenaient, parfois leurs compagnes de nuit.
Le piton isolé, la profonde ravine
Aux parois de basalte imprégné d'olivine
Servaient de refuges pour supprimer l'ennui.
Ils savaient que la fuite entrainait la torture,
Ce plaisir éhonté de la douleur qui dure,
Mais choisissaient, plutôt , l'austérité des monts
A la sécurité de ce monde servile
Depuis l'embarquement et l'arrivée dans l'île
En bétail prisonnier, affublé de surnoms.
A tous ces maraudeurs, tous ces squatteurs de cirque
Dont le sort quotidien étaient bien pire que
Celui de leurs frères des grandes plantations
Qui par peur, n'osaient pas supprimer la frontière
Ce grand champs de cannes, bordé par la rivière.
Je voue un sentiment profond d'admiration.
Le tam-tam s'arrêta, puis revint le silence.
Ce fut soudain pour moi, comme une délivrance.
Sur l'écran de la nuit, l'image s'effaca.
J'imaginais alors, des gens heureux et libres
Dansant sous les palmiers, comme des faunes ivres
Sur le rythme troublant, sensuel d'un Séga.
20 12 2016.
MAX FAUVETTE.


