Le CREFOM REUNION répond aux signataires de la lettre de soutien à la candidate nantaise

D’emblée, nous trouvons choquant que des universitaires qui devraient être exemplaires contestent une décision de justice qui a relevé des " doutes sérieux " quant à la régularité de la procédure de recrutement du poste de Maître de conférences en question. A la demande des historiens de l’université de La Réunion, du CREFOM et d’un candidat au concours, le juge des référés a en effet ordonné la suspension de la décision du conseil d’administration de l’université de La Réunion, entrainant de ce fait la suspension de la nomination de Mme Virginie Chaillou.
Afin d’éclairer vos lecteurs nous nous permettons donc de citer ici des extraits des conclusions du Tribunal Administratif de La Réunion (que nous tenons à votre disposition) qui dans son ordonnance de référé en date du 4 juillet 2016 a relevé :
- d’une part " Il s’ensuit que le comité de sélection s’est réuni et a délibéré dans une composition irrégulière qui ne permettait pas de siéger valablement, faute de quorum…Dans ces conditions, le moyen tiré de l’irrégularité de la composition du comité de sélection est de nature à jeter un doute sérieux sur la légalité de la procédure de recrutement qui a été suivie. "
- et d’autre part " il ressort au contraire du procès-verbal de la réunion du 27 avril 2016 que tous les rapports ont été présentés par un binôme mixte sur chaque candidat, sauf pour M. J. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que les conditions dans lesquelles s’est déroulé le concours ont porté atteinte au principe d’égalité entre les candidats… "
Nous laissons à la justice le soin de poursuivre son travail sur la base des irrégularités dénoncées par les historiens de l’université de La Réunion et dont la première décision, qui semble avoir échappé à nos éminents donneurs de leçons externes, valide la démarche du CREFOM et des historiens locaux.
Nous n’emboiterons pas non plus le pas de nos détracteurs qui ne se rendent sans doute pas compte que leurs propos injurieux dévalorisent leurs propres institutions en cherchant à discréditer leurs collègues réunionnais dont les qualifications délivrées par les plus hautes instances nationales ne valent pas moins que celles dont ils se réclament et, summum du syndrome de supériorité dont ils se parent, ils accusent sans vraiment l’exprimer le Tribunal Administratif de la Réunion d’avoir succombé à l’influence des requérants d’une part et propose d’autre part une réforme de la procédure de recrutement qui confierait l’ultime décision de recrutement à une commission nationale.
Cette dernière proposition exhale un relent de jacobinisme qui disqualifie définitivement leurs auteurs tout en révélant la profonde déception, à l’origine de leur aveuglement, de ne pouvoir imposer leur candidate.
Cependant, nous tenons à préciser que le CREFOM n’a pas vocation à s’immiscer dans les modalités de recrutement propres à chaque institution et que ce principe a été scrupuleusement respecté s’agissant du déroulement de la procédure de recrutement sur le poste d’histoire laissé vacant par le professeur Sudel Fuma.
Non seulement nous n’avons pas la compétence exigée pour sélectionner des candidats à un poste de professeur dans l’enseignement supérieur mais il serait contraire à notre éthique de nous ingérer dans les débats de spécialistes de la discipline pour lesquels nous avons le plus grand respect.
Il est ensuite notoirement connu que Sudel Fuma dont les travaux ont su donner sa pleine signification à la devise de l’université de La Réunion : " s’ouvrir aux mondes ", jouissait d’une reconnaissance exemplaire dans le contexte local, régional et international. C’est dire combien sa notoriété était ancrée dans le quotidien des réunionnais qu’il avait toujours su associer à ses recherches par le biais de nombreux mouvements associatifs mobilisés sur l’histoire de l’engagisme et de l’esclavage à La Réunion.
Il n’était pas dès lors pas étonnant que l’opinion exprimât le voeu d’un recrutement local à compétences égales.
Ce sont justement les remontées d’informations sur la mise en place d’une procédure qui aurait eu pour but d’aboutir à une " préférence hexagonale " en écartant un candidat local, que le CREFOM par la voix de son président d’alors Patrick Karam a décidé de soutenir les historiens réunionnais et le candidat lésé en adressant un courrier aux autorités gouvernementales.
En effet, des doutes sérieux ayant été émis sur la régularité de la procédure de recrutement, des demandes de révision de la procédure de recrutement ont été adressées tant auprès du président de l’université de La Réunion, que de la ministre de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Le président de la Région Réunion a d’ailleurs écrit (courrier du 9 juin 2016) au Recteur de L’académie de La Réunion pour lui demander de faire procéder à une vérification à propos des anomalies dénoncées par les historiens et le CREFOM dans le déroulement du concours de recrutement.
On notera par ailleurs que le président de l’université sortant en fin de mandature (juin 2016) a accéléré la procédure afin de pouvoir faire procéder au recrutement avant son départ. Pour rappel ce conseil d’administration était issu de l’élection de 2012 suite à l’annulation du premier scrutin pour vice de procédure. Une seule liste s’est alors présentée au suffrage de la communauté universitaire (celle du président sortant), les autres listes concurrentes ayant refusé de participer à ce qu’elles devaient qualifier de « mascarade ». C’est donc ce conseil d’administration totalement acquis à la cause du président sortant et sans opposition qui prend cette décision à quelques jours de la fin d’une mandature.
Après cette validation par le conseil d’administration les historiens et le CREFOM n’ont pas eu d’autres solutions que de demander au Tribunal administratif de dire le droit par rapport aux dysfonctionnements soulevés.
Les informations qui nous sont parvenues début 2016 donne à voir aujourd’hui que le scénario d’un recrutement exogène semblait être écrit de longue date ainsi que nous nous attacherons à le montrer.
Les professeurs spécialistes de la discipline auteurs de la tribune qui nous met en cause apportent un premier argument à notre thèse. Ils reconnaissent que le recrutement de la campagne de 2015 a été infructueux du fait de l’indisponibilité des membres extérieurs à la date prévue de la réunion du comité de sélection (sic).
A qui veut-on faire avaler une telle énormité quand on sait que non seulement il est de coutume de s’assurer de la disponibilité des membres extérieurs avant même la constitution de la commission et que les dates de réunion font l’objet d’une programmation préalablement discutée.
Mieux encore, c’est vouloir prendre le commun des mortels pour un imbécile que d’évoquer l’indisponibilité de l’ensemble de membres extérieurs comme justificatif de leur absence le même jour.
Opposons à cette argumentation externe la raison interne exposée par le président de la commission de 2005, le professeur Prosper Eve qui affirme, dans une lettre rendue publique, qu’il aurait fait l’objet d’un chantage de la part de collègues nantais qui subordonnaient leur participation à l’acceptation de leur choix.
Si cette première révélation, qui oppose la parole des uns contre celle des autres peut être sujette à caution, mentionnons l’existence de deux preuves indiscutables à savoir un mail adressé à Prosper Eve début 2016 et une lettre de soutien adressée au président de l’université de La Réunion, que nous tenons à disposition, qui témoignent de la pression exercée pour imposer la candidate nantaise. A noter que la lettre de soutien a été lue en conseil d’administration par le président de l’université de La Réunion.
Pourquoi un soutien de plus aujourd’hui et une pétition ? Sur qui les universitaires nantais veulent-ils faire pression en parlant " d’injustice "? Sur les juges du tribunal administratif de La Réunion qui doit rendre sa décision sur le fond de l’affaire ? Sur le nouveau président de l’université de La Réunion élu contre toute attente et qui affirme vouloir rompre avec les pratiques de son prédécesseur ?
Réaffirmons que la position du CREFOM a été constante depuis de début de cette affaire :
1) Demander de revoir la procédure compte tenu des irrégularités constatées et communiquées par les historiens de l’université de La Réunion : nous savons tous que la décision viendra du Tribunal Administratif qui doit se prononcer sur le fond et c’est cela la justice pour nous.
2) Ne pas intervenir dans ce débat pour que le Tribunal Administratif puisse se prononcer en toute sérénité.
3) La candidate nantaise n’a jamais été la préoccupation du CREFOM, mais c’est bien l’éviction du candidat réunionnais lésé par la procédure mise en place qui a retenue toute notre attention. D’autant qu’il y aurait eu partage des voix au sein du comité (malgré l’absence des historiens de La Réunion) et que le classement de la candidate nantaise au premier rang ne serait dû qu’à la voix prépondérante du président du jury désigné par l’ancien président.
4) Si la ligne politique du CREFOM est bien de se battre pour qu’on donne toutes leurs chances aux candidatures locales à compétences égales, compte tenu de leurs connaissances du contexte local, dans cette affaire, il n’est pas question de préférence locale, mais bien d’une préférence hexagonale que la tribune publiée ne fait que confirmer.
Il est enfin établi que l’ancien président de l’université de La Réunion cité plus haut n’a pas suivi les propositions des historiens de l’établissement en dépit d’un vote formel du département d’histoire, du centre de recherche des historiens et du Conseil de Faculté pour la composition du jury. Pour quelles raisons ? L’évidence de la réponse n’échappera à personne surtout quand on voit que sur la pétition de l’universitaire de Nantes l’un des premiers signataires n’est autre que l’ancien président de l’université de La Réunion qui porte aujourd’hui une lourde responsabilité dans la gestion de cette procédure de recrutement et ses conséquences.
Richel SACRI
Délégué Régional
CREFOM REUNION


