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Syndrome de Stockholm version créole: "Mette encore la pas assez!"

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 30 avril 2015 à 17H23

Le syndrome de Stockholm, on connaît : les otages finissent par prendre fait et cause pour leurs ravisseurs, lesquels sont parvenus à les culpabiliser à leur insu. Eux-mêmes auto-phagocytés par leur légèreté de jugement plus une solide dose de masochisme
Cela pourrait aussi se traduire par : "Oh oui ! Cogne-moi, encore, encore !… J’aime ça, mon pauvre chéri ! "

C’est exactement ce qui se passe dans le couple Gilbert P. et Marie-Sylvie A, Saint-Pierre. Il y a 28 ans qu’ils sont ensemble et ont deux enfants, deux garçons âgés de 16 et 24 ans. Qu’ils élèvent plutôt bien apparemment. Le hic est que depuis tout ce temps, il la cogne. Et pas qu’un peu.

Et un tympan crevé, un !

Au fil du temps, les certificats médicaux se sont empilés, avec arrêts de travail conséquents, pour des motifs aussi divers que contusions, hématomes, et même un tympan crevé. Faut c’qui faut !

La dernière fois qu’elle a porté plainte, sont venues se greffer sur ces griefs deux menaces de mort. La première contre elle-même :
"Si ou sa porte plainte, mi tue à ou. Mi sera à la Une des journaux comme Mohamed Méra. Ma aller en prison mais i sera pou in’ bonne raison ! "

Seconde menace de mort contre sa belle-sœur, laquelle a eu le culot de confirmer les dires de sa sœur. La croisant en chemin, il lui lance tout de go :
"Ek ou mi sa fé comm’ mon frère la fé èk son femm’ ! "

Une petite explication s’impose : le frère de Gilbert s’est rendu célèbre récemment en arrosant son épouse d’essence, menaçant de la transformer en barbecue, sous le fumeux prétexte qu’elle couchait avec un haut magistrat municipal saint-pierrois.

Cela s’appelle menaces de mort sous condition et c’est farouchement interdit.

A la barre, le violent minimise tant et plus ce qu’on lui reproche. Des coups de pieds et de poings ? Plusieurs fois selon les déclarations de sa compagne aux policiers. "Oui mais j’étais préoccupé par la santé déclinante de mes parents, je devais m’occuper d’eux. Et quand j’arrivais à la maison, elle n’avait rien fait, ni le ménage, ni la cuisine, ni les devoirs des enfants !"

Il est vrai qu’il s’occupe particulièrement bien de ses garçons, ce sont eux-mêmes qui l’ont dit. Il a même appris personnellement à l’un d’eux le métier de mécanicien.

"Des violences surtout verbales"

Qu’est-ce qui fait alors qu’il soit aussi violent envers sa compagne ? Explication malheureusement trop courante, il picole grave. Lui-même n’avoue qu’une ou deux bières parfois, "deux bières comme ça ! "

Les garçons confirment que s’il est effectivement un très bon papa, ils voient souvent leur maman en larmes. Il réplique que c’est parce qu’elle est dépressive. Elle a même fait deux tentatives de suicide. Il y a de quoi aussi…

Appelée à la barre, sa victime soutient mordicus que "les violences, c’est surtout des violences verbales". Laissant toute la salle sur le … Ce à quoi la substitut Tamil a répliqué "qu’il faut y aller fort pour avoir les tympans crevés !"
Et comment expliquer les hématomes, alors ?
"J’ai glissé dans la baignoire". On l’aurait parié !
"Mais pourquoi avoir porté plainte ? ", demande douceureusement la substitut Tamil. Pas de réponse. "Vous avez pourtant dit aux enquêteurs que c’était comme ça depuis 28 ans". Pas de réponse. "Et les déclarations de votre fils ? " Pas de réponse. "Votre sœur a dit que vous étiez comme une recluse, isolée, interdite pratiquement de rencontrer qui que ce soit". Pas de réponse. "Et deux tentatives de suicide ?" Pas de réponse. "Il a menacé de vous brûler, de vous couper en morceaux". Pas de réponse.

"Elle aussi elle boit !"

Elle n’en démord pas, il ne la frappe "pas tant que ça". Encore quelques minutes et c’est elle qui va s’excuser, si l’on n’y prend garde. Là, ce n’est pas un ange qui a survolé la salle mais un profond sentiment de dégoût.

Car il y a les témoignages, les certificats médicaux qui ne laissent aucune place au doute, les plaintes, les ITT. Il y a aussi le fait qu’il a reconnu en partie les faits avant de se rétracter à l’audience.

Mais il a stressé, cet homme, à la mort de ses parents. Et s’il a frappé, au départ, c’était pour se défendre car elle l’a attaqué aux parties génitales, et grave ! "Et elle aussi, elle boit ! " Ah ! "Et elle frappait les enfants, ce que je ne supporte pas".
A se demander pourquoi ce n’est pas elle l’accusée.

Voilà, ils ont donc rejoué Stockholm à Saint-Pierre-de-La-Réunion, version longue mais en petit comité.

La substitut a regretté l’attitude de la victime, "une attitude navrante, car cette violence est habituelle. En ne parlant que de violences verbales, vous décrédibilisez toutes les autres femmes violentées". Et de réclamer une peine "canon", j’allais dire démesurée, pour 28 années de violences sur conjoint : 6 mois avec sursis.

"S’ils arrivent à s’entendre comme ça… ", a dit en désespoir de cause l’avocate de la défense elle-même. Pas de quoi se désoler, cher maître. La Cour a lourdement taxé ce bourreau familial en suivant à la lettre les réquisitions du Parquet. 6 mois avec sursis.

Les tourtereaux sado-maso-scandinaves se sont retrouvés, tout heureux, dans la salle-des-pas-perdus.

A ceux qui n’y comprennent rien, je dirai ceci : "Il y a plus de choses dans le ciel, Horatio, que ton esprit ne saurait en concevoir… " (William Shakespeare, Hamlet).

 

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