La dynamique adroite, à gauche la déshérence

On gagne une élection sur la dynamique que l’on sait créer et faire vivre. C’est elle qui fixe le cercle victorieux des alliances et porte la campagne jusqu’au triomphe. Et toutes les subtilités que l’on peut imaginer ne peuvent au premier tour, au mieux, que retarder ce triomphe. Quant aux arrangements d’entre-deux tours, ils n’y peuvent généralement rien.
Ce postulat a été de nouveau confirmé avec ces élections départementales. Les manœuvres de Thierry Robert et de Gilbert Annette, cette semaine qui vient de s’écouler, ne pouvaient qu’être vaines, et aussi désespérées qu’impuissantes et pathétiques. Ce postulat rappelé, passons en revue quelques faits marquants de cette campagne puis les résultats du second tour.
Les candidats de l’union de l’UMP, de l’UDI, d’Objectif Réunion ont su constituer une plateforme. Une plateforme attractive, c’est sa première caractéristique. Elle permet alors de fixer, voire d’éviter de dériver quelques "divers" et même de rallier, voire de ressusciter le MPA un mouvement qui avait disparu depuis des lustres avec son leader, Alain Armand. On pourra toujours gloser sur l’intégration à cette plateforme de Serge Hoareau, le maire de la Petite- Ile, fils spirituel de Christophe Payet, l’ancien fondateur du PS. Et surtout d’Alain Armand, incarnation de la gauche culturelle, ancien premier-adjoint de Saint-Denis, actuel conseiller municipal de l’équipe d’Annette, bordé, comme beaucoup d’autres au lendemain de la victoire du PS aux municipales de 2014 dans la capitale.
L'Union de la droite, une plateforme attractive
Une situation surprenante a-t-on écrit ici ou là, voire opportuniste. Et si c’était tout simplement la puissance attractive de la plateforme et la volonté de revanche et de l’un et de l’autre sur le traitement qui leur a été infligé, tant à la Petite-Ile qu’à Saint-Denis ? Nadia Ramassamy, vice-présidente de la Région aux cotés de Didier Robert, a sans doute fait le meilleur choix possible, comme Serge Hoareau aux cotés, lui également, d’une adjointe de Michel Fontaine, Marie- Paule Balaya. Ni Alain Armand, qu’Annette a su aller chercher dans la décennie 1980, pour conquérir Saint- Denis, ni Serge Hoareau, ne sont que des "créatures" d’appareils ou de clans familiaux. L’un et l’autre ont des équations personnelles incontestables.
Didier Robert et Michel Fontaine, les pères fondateurs et principaux animateurs de la plateforme, ont bien joué.
Mais cette plateforme n’est pas qu’attractive, elle est aussi audible et visible, à l’opposé, à gauche, de cette scissiparité, qui, en politique, contrairement à la biologie, est mortifère. Audible et visible globalement, mais aussi à l’échelon des cantons, avec les personnes qui la représentent.
Qui a pu écouter, et sur quoi, plus d’une demie seconde, Gérard Françoise tant il est d’une indigence exceptionnelle ? Qui a pu retenir quoique ce soit du terne et inexistant Jacques Lowinsky, si ce n’est cette exotique histoire de terrain vendu, décidément, à un des siens ? C’est à se demander pourquoi avoir chargé leurs binômes féminins Belim Audrey et Adame Brigitte de tels boulets ?
Une victoire logique pour la droite
Avec de tels candidats, lestés de surcroit des principales créatures du clan Annette, le duo des deux députées Orphée et Bareigts, aucun appareil municipal ne peut faire de miracles. Les victoires de Jean- Jacques Morel et de Boustoini Graziella, la benjamine des candidates, comme celle de Nadia Ramassamy et d’Alain Armand, n’en sont que plus symboliques.
La victoire de la plateforme UMP, UDI et Objectif Réunion est logique et indiscutable, l’échec de Yoland Velleyen étant circonscrite à Saint-Paul. La dynamique qu’a su mettre en œuvre la Plateforme va vraisemblablement s’étendre et finir par arrimer les élus tamponnais, takistes estampillés, après avoir déjà ramené Jean- Paul Virapoullé dans ses filets.
Nassimah Dindar est assurée de voir son mandat de présidente renouvelé au Palais de la Source
A gauche, le travail de régénération va être long et compliqué : autour de quelle figure ? pour quel projet ? dans quel cadre ? et avec pédagogie ? Et dans cette nasse, où les divisions se multiplient, c’est sans doute autour d’une alliance du Progrès, de Patrick Lebreton et de ses amis, et d’Huguette Bello, et de son micro-parti, le PLR, qu’un faible espoir peut apparaître. Le Progrès résiste et le PLR envoie au Palais de la Source, trois élus. Il y a le binôme portois et aussi Michèle Caniguy, qui, jusqu’ à preuve du contraire, est du PLR. Mais pour que cet espoir se fortifie, encore faut-il que la Gauche renonce à sa course à la partition micro cellulaire et autre paratomie.
Le PS, grand perdant
En tout cas l’espoir n’est certainement pas du côté du PS aux mains de Gilbert Annette, de sa parentèle, et de ses créatures. Des créatures, dont les "explications" de leur défaite ne manquaient pas de piquant hier soir. Gilbert Annette, qui est à la manœuvre, depuis plusieurs années, pour tout verrouiller, tant au PS qu’à Saint-Denis, est le grand perdant de ces élections.
Ne disons rien du PCR, même si la performance du fils de Roland Robert, Philippe, est à signaler. Yves Dejean, son Secrétaire général, est soulagé de la performance de son parti. Laissons-le à son soulagement. Mais qui, au fait, Yvon Dejean, de micro en micro, ne cesse depuis quelque temps de vitupérer contre les politiciens analphabètes ?
Autre perdant, le LPA, et son si drolatique leader, Thierry Robert. Même si, entre, pitreries, vociférations, invectives et discours victimisants, Thierry Robert va continuer à chercher à exister. Mais il devra surtout se trouver des alliés. Ce qui ne sera pas simple du tout, d’autant que la politique "autrement" d'Alain Armand est décidé à lui rappeler qu’il en est le premier et légitime représentant. Bien avant Thierry Robert, et le nouvel élu de Saint-Denis est bien décidé à faire fructifier les potentialités de cette marque.
La route vers les Régionales est plutôt dégagée pour Didier Robert, sa stratégie et ses alliés, même si aucune élection n’est une répétition de la précédente et qu’aucune dynamique ne s’impose naturellement.
Aux Régionales donc, pour la suite.


