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[20 désamb] Schoelcher et l'esclavage : un héritage complexe entre célébration et contestation

Ecrit par Lucas Candessoussens – le vendredi 20 décembre 2024 à 14H06

D’origine alsacienne, Victor Schoelcher a mené, toute sa vie durant, le combat pour l’abolition de l’esclavage. Journaliste, député puis sénateur, il a traversé les crises politiques de l’histoire de France et porté ses idées dans les anciennes colonies. Si aujourd’hui il est inhumé au Panthéon, son action est moins célébrée à La Réunion, occultée par le rôle de Sarda Garriga. Lumière sur Victor Schoelcher dans notre dernier épisode de cette série consacrée au 20 décembre, sur Zinfos974.

Tantôt salué pour son combat, tantôt décrié pour avoir indemnisé les « maîtres » lors de l’abolition de l’esclavage, Victor Schoelcher est, comme le reste des « figures » historiques, un homme nuancé. Ces dernières années, plusieurs de ses monuments ont été vandalisés aux Antilles et en Guyane par des personnes accusant l’ancien homme politique d’avoir privilégié l’indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves, tout en vouant ces derniers à la précarité. Ces mêmes militants estiment que l’histoire ne retient que le nom des « hommes blancs ».


Mais qu’en était-il réellement ? Quelle a été l’action de cet homme, issu d’une famille alsacienne originaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin ? De journaliste à député, Victor Schoelcher a, toute sa vie, milité et agi pour la condition et l’égalité des êtres humains. En 1948, à l’occasion du centenaire de l’abolition de l’esclavage, ses restes vont entrer au Panthéon aux côtés de Félix Éboué, résistant de la première heure et homme politique guyanais (premier homme noir à recevoir cet honneur).

La naissance d’un combat

C’est lors d’un voyage à Cuba pour étendre l’activité de l’entreprise de porcelaine familiale que Victor Schoelcher voit la réalité de l’esclavage. Dans un premier temps, l’homme prendra position pour une abolition étape par étape, dans son premier ouvrage qu’il rédige en 1833, De l’esclavage des Noirs, et de la législation coloniale. Si l’approche du sujet est poussive, le futur député revendique déjà l’égalité des peuples dans son livre : « L’esclavage des nègres est une injure à la dignité humaine, parce que l’intelligence de l’homme noir est parfaitement égale à celle de l’homme blanc. » Cet ouvrage préconise ainsi une loi pour accorder plus de droits aux esclaves.
Son approche du sujet va radicalement changer lors d’un voyage en Martinique. Aux Antilles, l’Alsacien plaide désormais pour une abolition totale de cette pratique inhumaine.

Victoire humaine, échec parlementaire

Victor Schoelcher s’engage pleinement dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage. Ses écrits fustigeant cette pratique sont recueillis dans un livre et lui valent d’entrer dans le gouvernement de l’éphémère Deuxième République. Il est nommé sous-secrétaire d’État à la Marine et aux Colonies aux côtés de François Arago.

Ainsi, c’est le 27 avril 1848 que le décret actant l’abolition de l’esclavage est signé de la main de Victor Schoelcher, mettant fin à 46 ans de pratique après son rétablissement par Napoléon Bonaparte.

Or, c’est face aux corps législatifs que l’homme politique va buter. Il échoue à obtenir l’indemnisation des anciens esclaves. Il souhaitait offrir des terres aux anciens esclaves, évitant ainsi la précarité. Il en sera autrement, et seuls les anciens propriétaires seront indemnisés.

Un personnage méconnu à La Réunion ?

« Le problème, c’est que Victor Schoelcher est beaucoup plus lié à la Martinique et à la Guadeloupe […]. Lorsque vous dites 'abolition de l’esclavage' à La Réunion, on pense à Sarda Garriga, mais pas à Schoelcher ou Arago », explique Mario Serviable, géographe et professeur académique.


Sur notre île, un établissement porte le nom de Schoelcher, le lycée professionnel de Saint-Louis, ainsi que plusieurs rues. En Martinique, une commune porte son nom. En Guadeloupe, un musée qui a vu le jour grâce à Victor Schoelcher lui-même. Un devoir de mémoire qui est régulièrement secoué depuis quelques années.


En Guyane, une statue représentant Victor Schoelcher et un affranchi a été déboulonnée en 2020 par la population. En Martinique, des monuments en sa mémoire sont également vandalisés, voire détruits. Au-delà de son combat pour l’abolition de l’esclavage, Victor Schoelcher soutenait la colonisation.

Son combat s’est aussi porté contre les « bastonnades » dans les bagnes et l’abolition de la peine de mort. Après 1848, Victor Schoelcher sera élu député de la Guadeloupe et de la Martinique. Il choisira cette dernière. Après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte et la proclamation du Second Empire, il s’exilera un moment, avant de revenir en France à l’avènement de la Troisième République.

« Son action politique est déterminée par sa lutte pour la liberté des noirs. Sa dernière action en tant que député, c'est avec Victor Hugo : Ils vont se battre pour l'amnistie des rebelles kanaks en Nouvelle-Calédonie. Tout le long du 19ᵉ siècle, il s'est battu pour les opprimés », conclut Mario Serviable.

Etiquettes : 20 Décembre

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