Revenir à la rubrique : Patrimoine

Wetzell, méthode scientifique et rigueur mathématique

Joseph Martial Wetzell, Polytechnicien ingénieur français, célèbre à La Réunion pour ses recherches, méthodes et machines axées sur le développement de l'industrie du sucre. Le nom de l’inventeur de la chaudière à basse température et à rotateur, est marqué à jamais dans le milieu de l’industrie sucrière.

Ecrit par Sabine Thirel – le samedi 27 juin 2009 à 08H01

Alors que l’île Bourbon se met à la culture et à l’exploitation intensive de la canne à sucre (1783-1848), Joseph Martial Wetzell  nait à Arras le 27 octobre 1793. Il grandit à Paris où il est inscrit au lycée en 1808-1809. Reçu à l’école Polytechnique en 1812, il suit des cours de mathématiques, de physique, de chimie et de dessin industriel. Diplôme en poche, Wetzell débarque à Bourbon le 3 avril 1815 où il exerce les fonctions de professeur d’hydrographie et de mathématiques au Lycée de Saint-Denis.  Malade, Wetzell rentre en métropole en 1819.  Pour compléter sa formation scientifique, il visite près de 14 raffineries et fabriques, s’intéresse aux machines à sucre et aux presses à levier et prend des notes précises.

 

En 1828, Joseph Martial Wetzel décide de revenir à Bourbon où les moulins à vapeur sont en augmentation (en 1822, ils concernent 12 % des moulins ; en 1836, 65 %, en 1842, 72 % des moteurs et en 1847, 78 %). Wetzell demande  une mission officielle au ministère de la Marine et des Colonies. Demande accordée.  Il revient sur l’île le 11 janvier 1830. L’essor de la culture et de l’exploitation de la canne à sucre ont été secouées par des évènements comme le cyclone de 1829, la crise de 1830 et encore l’interdiction de la traite des esclaves en 1831. Plusieurs usines ferment ou changent de propriétaire. Chacun sait qu’une réforme des techniques de fabrications est nécessaire.  L’administration coloniale ne recrute pas l’ingénieur qui lance alors une souscription pour ses travaux. La famille Desbassayns, Bellier et Rontaunay répondent favorablement, il se met donc à la disposition de ses souscripteurs. Les résultats positifs d’extraction de sucre et de mélasse des campagnes sucrières suivantes encouragent les autorités coloniales à lui proposer un accord.

 

En février 1831, Wetzell est attaché au Conseil Général en qualité d’ingénieur chimiste. Mais ses travaux ne sont pas suffisamment financés et il n’est pas rémunéré. A partir de 1834, à Saint-Gilles les Hauts, dans la sucrerie de Mme Desbassayns,  en qualité d’ingénieur libéral, il  met en marche un appareil à 4 chaudières pour cuire le sucre à basse température au moyen de la vapeur du vesou,  une amélioration à la fabrication du sucre tant en gain de temps que  de main-d’œuvre.  Le sucre de Bourbon va devenir le meilleur sucre colonial français. Dans les travaux de Wetzell, on perçoit son approche globale et moderne de la question du sucre.

 

En 1839, il est nommé par le gouverneur, membre du Comité d’Agriculture. Le 7 septembre, l’ingénieur assidu au travail, pose un brevet pour ces machines inventées après 1836, nommées « basses-températures, rotateurs, rotateurs-évaporateurs, chaudières Wetzell ou  Wetzell » ou machine de fabrication à filtre ou encore nouveau système de purgerie. Il a aussi adapté des nouveaux procédés de presse et rentabilisé  celui de la cuite du sirop.
Techniquement, la méthode de Wetzell est d’assécher le vesou en le chauffant, puis le faire cristalliser en évitant de trop chauffer, éviter de caraméliser le sucre et de manquer la cuite. D’après J-F Géraud, docteur en histoire, à l’Université de La Réunion : « Comment évaporer sans trop chauffer ? Wetzell propose  à cuire le vesou épuré dans une chaudière à basse température. La chaudière de Wetzell associe deux éléments essentiels : un bac demi-cylindrique de cuivre, peu profond, qui reçoit le vesou, maintenu en principe à la température de 63° ; au-dessus, et dans l’axe longitudinal de la chaudière, un tambour cylindrique garni de baguettes, est animé d’un lent mouvement de rotation ; le tambour plonge légèrement dans le sirop, et par cette agitation favorise l’évaporation alors que la partie du liquide qui est entraînée retombe en gouttelettes refroidies qui empêchent la température de s’élever au-dessus de 60/63°. On peut ainsi achever l’évaporation sans trop chauffer ». Il s’agit d’un procédé solide, efficace, adapté aux conditions climatiques tropicales et moins cher que les machines importées. Le succès est  immédiat, l’île est  à la pointe de la technologie sucrière mondiale.  De plus, ces machines à vapeur peuvent être conduites sur place par des esclaves qui assurent aussi bien la manœuvre que la maintenance. Par ailleurs, à partir de 1837, ils savent aussi réparer et fabriquer les rotateurs de Wetzell dans des ateliers locaux.

 

Les travaux de Joseph Wetzell, par une approche scientifique et mathématique, révolutionnent l’industrie sucrière à La Réunion. Il modernise et améliore les usines, conseille avantageusement les usiniers, assure la formation les utilisateurs des nouvelles machines. Ses avancées permettent de produire un sucre de qualité en  réduisant la main-d’œuvre et  le coût de fabrication. En 1841, la direction de l’Intérieur, sentant l’abolition proche, lui commande une enquête et une liste d’usines pour un regroupement des productions. Wetzell rejette tout choix fait précédemment par les mairies qui ne privilégient pas les critères de progrès techniques. De même, l’ingénieur voulant garder le contrôle de la modernisation des sucreries, refuse tout regroupement. Il écrivait : « La nature des choses et les circonstances fera seule les sucreries modèles, indépendamment de toute volonté ou désignations particulières« . La crise des années 1860 rendra la concentration des moyens inévitable.
 

 

Nommé  à la Chambre Consultative d’Agriculture en 1852, puis en 1854, à la présidence de la Commission des Sucres à la Chambre d’Agriculture, il est chargé par Charles Desbassayns,  président de la Chambre, d’une enquête sur les procédés de fabrication de sucre par usiniers. 21 établissements utilisent  la cuite à basse température. En 1858, le système Wetzell est employé par 84 % des sucriers. Ces appareils fonctionnent jusqu’au début du XXe siècle à Mayotte, à Maurice ou aux Seychelles.  
Le 10 décembre 1855, Wetzell a 60 ans, il se marie à Marie Henriette Louise Enault âgée de quatorze ans  pour qui son père a demandé une dispense d’âge.
Joseph Martial Wetzell décède deux ans plus tard, le 6 décembre 1857 à Saint-Denis de La Réunion.

Sources : – Jean-François Géraud , Wetzell : une révolution sucrière oubliée à la Réunion, Revue historique des Mascareignes n° 1 p,113-156 AHOI/ Archives départementales de la Réunion 1998 .
– Sudel   FUMA , Une colonie île à sucre-économie de La Réunion au XIXème siècle, La Réunion, Océan éditions,1989.

 

Thèmes :
Message fin article

Avez-vous aimé cet article ?

Partagez-le sans tarder sur les réseaux sociaux, abonnez-vous à notre Newsletter,
et restez à l'affût de nos dernières actualités en nous suivant sur Google Actualités.

Pour accéder à nos articles en continu, voici notre flux RSS : https://www.zinfos974.com/feed
Une meilleure expérience de lecture !
nous suggérons l'utilisation de Feedly.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dans la même rubrique

Gran Mèr Kal en spectacle pour sauver les pétrels noirs de Bourbon

Le 11 novembre, le Vieux Domaine à la Ravine-des-Cabris accueille le spectacle « Kala le fantôme de Mahavel ». Un concert précédé d’une exposition photo afin de raviver la légende de Gran Mèr Kal, mais également afin de sensibiliser le public à la protection de son animal totem : le pétrel noir de Bourbon.

La Montagne: Réouverture du sentier des Anglais

Après un an de réaménagements, l'ancien "sentier marron" qui descendait La Montagne pour rejoindre Saint-Denis, a été inauguré ce matin par l'ONF et le Conseil Général. Sur les 3,5 km de sentier...

Zinfosblog de Robert Gauvin : Défendre le passé ou préparer l’avenir?

D’aucuns nous accusent d’être des passéistes, des rétrogrades, des égoïstes arc-boutés sur leurs privilèges, nous qui voulons défendre le patrimoine architectural réunionnais ? C’est assurément une manière un peu simpliste sinon caricaturale de voir les choses, car pour nous, défendre le patrimoine, c’est prendre le parti de ce qui fait la beauté, l’originalité de nos villes et qui est bien menacé ; nous voulons par exemple dans la zone patrimoniale de Saint-Denis, œuvrer à la restauration d’un « quartier créole » comme on parle du « Carré français » de la Nouvelle-Orléans. Nous pourrions pour cela nous inspirer de ce que des villes et villages du monde entier, en France, en Allemagne, en Italie ont su faire ; nous pourrions restaurer nos cases créoles avec leurs varangues, leurs barreaux, leurs jardins, leurs guétalis, leurs fontaines ? Ne serait-ce pas là une belle contribution au patrimoine de l’humanité ?