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Une opération de lutte contre les espèces exotiques envahissantes à Cilaos

La Ligue Réunion de la Montagne et de l’Escalade (LRFFME) a organisé le week-end dernier une opération de lutte contre les espèces exotiques envahissantes et un inventaire de la biodiversité sur le Piton de Sucre à Cilaos.

Ecrit par N.P. – le jeudi 23 novembre 2023 à 17H33

Le communiqué :

Une nouvelle opération de lutte contre les Espèces Exotiques Envahissantes (EEE*) et d’inventaire de la biodiversité a eu lieu le week-end dernier, sur le Piton de Sucre, à Cilaos.

Cette action s’inscrit dans le cadre du programme PARADE (Programme Associatif de Restauration et d’Aménagement Durable en Escalade), porté par La Ligue Réunion de la Montagne et de l’Escalade (LRFFME), en partenariat avec l’ONF. Il s’agit de restaurer une relique de forêt semi-sèche, située au sommet du Piton de sucre, à proximité d’un lieu emblématique de pratique de l’escalade sur l’île, et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son caractère unique au niveau de la géologie et de la biodiversité. L’ONF s’implique auprès de la LRFFME dans le cadre de la MIG BIO, mission permettant des inventaires de la biodiversité dans les forêts publiques les plus remarquables, comme celles du Piton de Sucre. Celle-ci contient en effet des espèces
rares et protégées, telles que le Bois de Mussard ou encore le Bois de Poivre, pour ne citer qu’elles. Cette biodiversité remarquable se trouve en danger face à la prolifération des EEE.

La mission menée ce WE avait pour but de poursuivre la lutte contre ces EEE, mais aussi d’amener des scientifiques pour poursuivre l’inventaire de la faune et de la flore sur ce site. Des botanistes de l’ONF, mais aussi des membres d’associations naturalistes telles que « mission Spider », « ARCAM » (Association pour la recherche et la conservation des arthropodes et des mollusques) et « ARBRE » (Agence de Recherche pour la Biodiversité à la Réunion) étaient présents. Ainsi, ce partenariat original a permis de réaliser un premier inventaire des araignées et des insectes présents sur le plateau sommital du Piton de Sucre, et de compléter l’inventaire des espèces floristiques.

Pour cela, les naturalistes ont bénéficié de l’aide et des compétences des grimpeurs qui leur ont permis de rejoindre cette zone difficile d’accès, et qui nécessite d’être encordé.

Eric POULLAIN, Responsable de la gestion des sites naturels d’escalade pour le compte de la LRFFME explique: « Tout comme la dernière fois, cette action s’inscrit dans le cadre d’un programme local « PARADE », porté par la LR FFME. La finalité de ce programme est d’améliorer la biodiversité des sites naturels de pratique de l’escalade sur l’île. Des actions de lutte contre les EEE, des replantations de piéd’bois endémiques ou encore la mise en place de nichoirs à paille-en-queue ont par exemple déjà été réalisés sur d’autres sites d’escalade réunionnais. Le site de Fleurs Jaunes est un site phare de l’escalade sur l’île. Nombreux sont les grimpeurs qui y viennent en famille pour profiter des voies d’initiation, ou entre initiés pour se frotter aux voies de 300 m de hauteur, uniques sur l’île. Mener des actions de préservation et de sensibilisation à la protection de l’environnement sur ce site est une évidence pour nous. La forêt sommitale du Piton de Sucre n’est accessible qu’avec des cordes, ce qui en fait l’endroit rêvé pour nous d’allier escalade et action environnementale ! »

Lorane Deriancourt, brevet d’état d’escalade et bénévole au sein de PARADE, était là pour assurer la progression et la sécurité du groupe d’une 20aine de personnes (bénévoles de l’escalade et scientifiques) vers cette forêt sommitale du Piton de Sucre.

Avant de s’encorder pour aller au sommet, Julien Triolo, Responsable du pôle écologie à l’ONF, rappelle aux participants : « Le Piton de Sucre fait partie des 4 sites classés comme exceptionnels dans le patrimoine mondial de l’UNESCO (avec le Piton d’Anchaing, la Grande Chaloupe et le bas de la forêt de Mare Longue). Il se trouve hors du cœur du Parc National de La Réunion. C’est également un site classé forêt départemento-domaniale et donc géré par l’ONF.

On a commencé à restaurer 0,5 hectare de forêt au pied du Piton de Sucre, il y a quelques années, avec le Parc National de La Réunion et le Conservatoire Botanique National Mascarin. La zone était envahie par les Galaberts. On a replanté des espèces protégées et rares comme par exemple, ce benjoin qui vient de Cilaos. Lorsque Éric Poullain de la LRFFME est venu me voir pour me parler de son projet de restauration des espaces
naturels d’escalade, je lui ai parlé de cette relique de forêt sur le Piton de Sucre. Pour lui qui est grimpeur, l’accès était facile, alors que pour nous, c’est compliqué. On a donc eu l’idée d’associer les gens de l’escalade au projet de restauration.

L’idée, c’est de mailler les deux mondes, escalade et écologie, et de propager les connaissances, nos connaissances. La forêt du Piton de Sucre est la plus préservée de ce type de milieux. C’est une forêt semi sèche, il n’en reste quasiment plus à Cilaos. Or là, on est vraiment sur une relique encore préservée, avec pas mal d’espèces rares telles que le bois de senteur bleu, le poivrier, le bois de Mussard, espèce endémique de Cilaos, qui est très rare mais abondant dans cette forêt. L’objectif, c’est d’éliminer ou de continuer à éliminer les espèces invasives, le galabert, le troëne, le choca, etc. »

Plusieurs associations naturalistes participaient également à ce week-end sur le Piton de Sucre. Une véritable opportunité de prospection sur un site pas forcément connu des naturalistes.

Grégory CAZANOVE, aranéologue et entomologiste du Muséum d’histoire naturelle, est ravi : « Je suis Grégory du Muséum d’histoire naturelle de La Réunion, accompagné de Brice. Nous sommes membres de ‘Mission Spider- Antenne La Réunion’. Nous étudions les araignes de La Réunion et nous n’avons aucune connaissance d’inventaire d’araignées sur le site du Piton de Sucre. Donc ce sera une première pour La Réunion. Je vais faire du battage de la végétation, et tous les insectes et araignées qui vivent dans cette végétation vont se retrouver sur le drap blanc. Je vais ensuite pouvoir collecter les bêtes avec un aspirateur à bouche puis les identifier. »

Brice DEREPAS, arachnologue et entomologiste au CIRAD, est équipé d’un gros aspirateur fait maison. Il explique : « L’association ‘Mission spider’ existe en métropole, avec des antennes un peu partout, notamment en Guyane et aux Antilles. On a donc créé une antenne à La Réunion. Pour ma part je vais utiliser cet aspirateur à feuilles pour collecter des petits morceaux de végétation, des insectes et des araignées. Cette méthode d’échantillonnage a permis de montrer que des insectes ou araignées que l’on pensait très rares, car ils n’avaient été trouvés qu’une fois ou deux, étaient largement répandus. »

Des bénévoles de l’ARCAM (Association pour la Recherche et la Conservation des Arthropodes et des Mollusques) étaient également présents. Cette association est née de la passion d’une équipe de jeunes pour les macro-invertébrés, avec l’ambition d’explorer, d’étudier et de mettre en valeur la richesse exceptionnelle de cette faune unique et précieuse à La Réunion.
Valentin et Nicolas expliquent : « Notre association a pour but la protection, la conservation et la sensibilisation autour des Arthropodes et Mollusques de La Réunion principalement. Nous essayons d’appuyer les projets de ce type en apportant une expertise sur ces groupes peu étudiés, et en profitons pour réaliser des photographies, qui seront utilisées dans nos futures actions de sensibilisation. Nous espérons améliorer les connaissances sur ces espèces ainsi que leur répartition à l’échelle de l’île, et de voir quel est leur rôle dans le milieu dans l’optique future de pouvoir mettre en place des mesures de protection. Ce sont des espèces très discrètes et bien moins populaires que d’autres, mais qui ont un rôle important à jouer au sein des écosystèmes. Les mollusques, par exemple, participent à la dégradation des matières organiques végétales, ce qui permet d’obtenir un sol riche. »

Cette journée de lutte et de prospection a porté ses fruits. Elle a permis d’inventorier de nouvelles espèces (faune et flore), mais aussi de constater la repousse naturelle de nombreuses espèces endémiques grâce à l’opération effectuée 6 mois plus tôt. Une régénération de bon augure pour la survie de cette forêt relictuelle. Lors de la deuxième journée du week-end, Lorane Deriancourt s’est employée à initier les bénévoles et scientifiques aux joies de l’escalade.

En parallèle, des discussions ont eu lieu pour poursuivre le projet et en porter d’autres.

En effet, d’après Eric Poullain : « L’action de restauration de cette forêt est bien lancée, et nous sommes ravis de voir l’enthousiasme qu’elle suscite. Nous organiserons de nouvelles journées de lutte courant 2024, et nous espérons que de nombreux grimpeurs viendront se joindre à nous ! Mais nous avons également d’autres projets sur le site de Fleurs Jaunes, voisin du Piton de Sucre :

-L’accès à certaines voies d’escalade nécessite quelques aménagements pour la sécurité de tous, et nous avons entamé des discussions avec les différents acteurs en ce sens (ONF / Parc National / Département, Commune de Cilaos).

-Nous travaillons également sur la création d‘un sentier botanique, permettant de sensibiliser bien entendu les grimpeurs, mais aussi les nombreux touristes et campeurs qui utilisent ce site de bivouac bien connu.

-2 colonies de Salanganes ont été identifiées ce WE. Nous allons nous rapprocher de la SEOR (Société d’Études Ornithologiques de la Réunion) pour voir s’ils auraient besoin de nos compétences sur cordes pour les étudier.»

(*) Les EEE constituent la principale cause d’érosion de la biodiversité à La Réunion. De nombreuses plantes amenées par l’Homme sont devenues aujourd’hui très envahissantes et constituent un grand danger pour les milieux et les espèces locales. Poussant plus vite et donnant plus de graines, ces plantes exotiques remplacent progressivement les espèces indigènes en place et les menacent de disparition. Leur prolifération peut perturber les milieux naturels et les espèces, poser des problèmes sanitaires et nuire à certaines activités économiques. Ces EEE menacent aujourd’hui l’intégrité du bien reconnu par l’UNESCO.

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