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Vous avez aimé le feuilleton du candidat au poste de Premier ministre? Vous allez adorer celui de président de l'Assemblée

Pierrot Dupuy consacre son podcast du jour aux nouvelles négociations en cours au sein du Nouveau Front populaire : celui autour de la candidature de la présidence de l'Assemblée nationale
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 17 juillet 2024 à 17H38

 

 

Vous avez aimé le feuilleton de la désignation d’un ou d’une candidat(e) au poste de Premier ministre par le Nouveau Front Populaire ? Vous allez adorer celui qui commence aujourd’hui de l’élection du président de l’Assemblée nationale.

Mais avant d’en parler, faisons un dernier point sur les négociations pour la désignation d’un potentiel Premier ministre par le NFP. C’est peu dire qu’elles sont toujours bloquées.

Celle qui est la plus « cash » sur le sujet est Marine Tondelier la patronne des écologistes. Elle s’est dite "en colère" et "écœurée" ce matin par la guerre de leadership entre Insoumis et socialistes pour proposer un nom pour Matignon, lançant un appel à la reprise immédiate des négociations arrêtées "depuis plusieurs jours". "Chaque heure, chaque minute de ridicule qu’on offre […], on est en train de fabriquer du vote RN et ce ne sera pas la peine de venir me chercher avec ma veste verte en 2027 entre les deux tours pour dire "Au secours, il faut un front républicain" […] On ne peut pas susciter l’espoir et décevoir autant", a-t-elle déclaré sur France 2, regrettant qu’il n'y ait « plus de table des négociations » depuis au moins lundi.

De son côté, François Ruffin, l’ex-LFI désormais apparenté au groupe écologiste à l’Assemblée nationale, tape également du poing sur la table. Selon lui, ces longues négociations stériles « donnent raison évidemment à Emmanuel Macron qui peut se dire : « Franchement, s’ils ne sont pas capables de se donner un nom de Premier ministre, comment vont-ils gouverner le pays ? », a-t-il déclaré sur RTL.

Pour sortir de cette impasse, François Ruffin propose que le candidat du NFP soit désigné par un vote de l’ensemble des députés du groupe. « On fait comme en 1789, quand les députés du Tiers État s’étaient réunis à la salle du Jeu de Paume. Et on permet aux gens de voter », a-t-il proposé. « C’est incroyable, on a des partis de gauche, mais qui au fond, sont allergiques au vote », a-t-il ajouté. Il faut dire qu’en cas de vote, les Insoumis risqueraient d’être mis en minorité par le PS et les écologistes. Normal qu’ils n’en veuillent pas. Dans l’esprit de Jean-Luc Mélenchon, la démocratie, c’est bien, à condition d’être sûr de gagner !

Même position de la part de Fabien Roussel, le patron du PCF. « Les attentes de nos concitoyens sont immenses », selon lui. « Nous ne pouvons courir plus longtemps le risque de laisser le gouvernail à Emmanuel Macron » et « laisser le mécontentement gagner du terrain ». Et l’ensemble des députés communistes d’appeler eux aussi « à soumettre au vote des députés la désignation d’un Premier ministre » pour le Nouveau Front populaire.

Comme on le voit, la situation est certes toujours bloquée, mais un espoir de sortie de crise se fait jour. À condition que Jean-Luc Mélenchon accepte le principe d’un vote. Et de cela, rien n’est moins sûr. Le risque, sinon, est d’assister à une explosion du Nouveau Front Populaire.

Mais revenons à notre sujet du jour. C’est demain, à l’ouverture de la nouvelle session, que l’ensemble des 577 députés doit élire son président.

Ce n’est pas un geste anodin. Il s’agit en effet d’élire le troisième personnage de l’État dans l’ordre protocolaire, derrière le président de la République et celui du Sénat. Outre le fait de loger à l’Hôtel de Lassay, un des plus beaux et des plus prestigieux logements de fonction de Paris, et d’être escorté par la Garde républicaine pour présider les séances, le président de l’Assemblée nationale cumule une multitude d’activités.

Bien sûr, et c’est que nous voyons souvent à la télévision lors notamment de la session des questions au gouvernement, c’est lui qui préside les séances de l'Assemblée nationale. Il assure également le maintien de l'ordre et veille au respect du règlement intérieur. A ce titre, il a le pouvoir de sanctionner les députés en cas de manquement, les sanctions pouvant aller de rappels à l'ordre jusqu’à des exclusions temporaires.

C’est lui qui fixe l'ordre du jour de l'Assemblée en collaboration avec la conférence des présidents. Il a le pouvoir de soumettre au Conseil constitutionnel les lois votées par l'Assemblée pour vérifier leur conformité à la Constitution.

Et un rôle moins spectaculaire, mais crucial pour notre démocratie, il procède à la désignation de membres dans plusieurs institutions clés de la République. A titre d’exemple, il nomme trois des neuf membres du Conseil constitutionnel, une institution qui joue un rôle crucial en matière de contrôle de la constitutionnalité des lois et de la régulation des élections.

Comme on le voit, il s’agit d’un personnage important et on comprend pourquoi ils sont nombreux à se battre pour obtenir le poste. Et au vu de la multiplicité des candidatures et du morcellement des partis, la lutte s’annonce aussi féroce et indécise que celle pour la désignation d’un candidat Premier ministre. Avec cependant deux bémols qui ont leur importance : dans le cas du vote pour le « perchoir », il existe une date butoir. L’élection aura lieu demain à 15h, heure de métropole et toutes les négociations « de derrière la cuisine » devront donc obligatoirement être terminées d’ici là. Et par ailleurs, l’élection se déroulera en trois tours, ce qui permet encore bien des arrangements, et donc bien des surprises, entre chaque tour.

Sont candidats Yaël Braun-Pivet, la présidente sortante, qui ne bénéficie du soutien que d’une partie des Macronistes, puisque le groupe Horizons d’Edouard Philippe a prévu de présenter, au moins au premier tour, Naïma Moutchou. Le groupe LIOT présentera Charles de Courson, Les Républicains Annie Gennevard et le Rassemblement national Sébastien Chenu. À ce sujet, il se dit que le RN pourrait faire voter au 2ème ou 3ème tour en faveur de Yaël Braun-Pivet, en échange de contreparties. Lesquelles ? On ne sait pas mais on devrait finir par le savoir. Tout finit par se savoir…

Les quatre partis composant Le Nouveau Front Populaire ont convenu de leur côté de présenter un seul candidat. À l’heure où j’enregistre ce podcast, cinq noms sont sur la table des négociations : Cyrielle Chatelain pour les Ecologistes, Boris Vallaud pour le PS, André Chassaigne pour le PCF. La France Insoumise elle, a déposé deux noms, ceux de Mathilde Panot et d'Eric Coquerel. Il sera intéressant de voir si le NFP réussit à tomber d’accord sur le nom d’un candidat unique, comme ils s’y sont engagés, et par quel processus ils y sont arrivés. Grâce à un vote ? À la suite d’un consensus ? La façon d’y arriver sera aussi importante que le résultat.

Ce vote de demain sera également déterminant dans le choix du président de la République pour le poste de Premier ministre. Dans sa lettre aux Français, il avait estimé qu’aucun camp n’était sorti victorieux des législatives et avait appelé à « bâtir une majorité solide » dans l’Hémicycle.

Si le Nouveau Front Populaire réussit à se faire élire au perchoir, cela indiquera qu’il est en position de gouverner et de résister à une éventuelle motion de censure. En revanche, en cas d’échec du NFP, le président pourrait s’en servir pour justifier de ne pas nommer un Premier ministre de gauche.

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