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Violences et privation d’aliments : Une famille d’accueil devant la justice

Coups de ceinture ou de savates, griffures, vêtements et chaussures trop petits et pas de goûter pour aller à l'école. Les faits décrits par les deux enfants placés et dénoncés par les enseignantes sont graves. La défense dénonce une enquête pénale “assez légère”.

Ecrit par Prisca Bigot – le dimanche 02 juin 2024 à 08H11

Devenue famille d’accueil pour se faire de l’argent sur le dos des enfants placés ? Cette question s’est posée en filigrane lors du procès de la famille P*, hier au tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Mireille et Jérôme* sont poursuivis pour violences et privation de soin à l’encontre d’Alice* et Mathis*. Les deux enfants, soumis à des violences dans leur famille biologique, ont été placés à l’âge de 3 ans et 13 mois.

Ce sont les enseignantes des deux enfants scolarisés en primaire dans l’Ouest de l’île qui ont donné l’alerte en 2019. Dans leur signalement, elles font état de vêtements et chaussures trop petits pour les enfants ou aucun goûter donné. La maitresse d’Alice a également remarqué une griffure de 10 cm sur le bras de la fillette qui s’est également confiée sur les violences subies. Alors que son frère était malade, Alice a dû ramasser le vomi par terre. L’enseignante pointe par ailleurs l’absence remarquée de celle que les enfants appellent tatie lors des spectacles de fin d’années. Elle indique que Mireille lui aurait aussi confié refuser les cadeaux faits par les enfants et ne pas leur montrer d’affection parce qu’elle n’est pas leur mère. L’épisode durant lequel Mireille a inscrit en gros le prénom de Mathis au dos de son pull pour ne pas le perdre une énième fois a aussi marqué l’enseignante.

Face aux violences, elle s’est arrêtée de grandir

Durant son audition, Alice a confirmé avoir subi des violences : coups de poings, griffures, obligée de nettoyer le vomi de son frère… 20 jours d’ITT ont été délivrés par un médecin. Un certificat médical important qui s’explique par le retentissement psychologique important subi. Alice présente même un arrêt du développement de ses compétences comportementales. Mathis confie que sa Tatie lui enfonçait les doigts dans la bouche pour le forcer à manger. Sans trace visible et avec une expertise psychologique difficile à réaliser à cet âge, un jour d’ITT a seulement été délivré au petit garçon de 4 ans au moment des faits.

Face à la justice, Mireille et Jérôme nient les faits. “Les enfants mangent à la maison le matin et je leur donne des fruits au goûter. Mais je retrouvais souvent les fruits dans le panier à linge d’Alice”, assure Mireille qui est la titulaire de l’agrément famille d’accueil. “Quand Mathis est arrivé à 13 mois, il venait d’être sevré. Alice faisait beaucoup de cauchemars alors je dormais dans leur chambre sur un matelas pas terre. Ça se passait bien avec eux, je ne comprends pas”, livre maladroitement la tatie qui accueillait au moment des faits deux autres enfants placés.

Si Mireille ne se rappelle plus pourquoi Alice présentait une griffure, elle assure n’avoir jamais refusé d’affection, collectionner les dessins des enfants et lors de l’épisode de maladie gastrique, “tout le monde était malade, tout le monde a aidé à nettoyer”, rétorque-t-elle. Les enfants ont depuis été retirés à Mireille, ont été séparés et placés chacun dans une nouvelle famille.

« Une exigence plus forte que celle attendue des parents”

Pour les intérêts d’Alice et Mathis, Me Florence Boyer insiste sur des faits “inacceptables d’autant plus lorsqu’on est famille d’accueil”. L’avocate pointe notamment un certificat de 2021 qui indique qu’Alice s’exprime correctement pour son âge tandis que le dernier évoque de graves troubles, “que s’est-il passé entre ces deux rapports ”, blâme Me Florence Boyer.

Reste que pour appuyer le dossier, les deux autres enfants placés chez Mireille n’ont pas été entendu par les enquêteurs, ni l’équipe du Centre Médico-Psychologique Enfants Adolescents que fréquente Alice, et qu’aucune constatation n’a été réalisée au domicile de Mireille et Jérôme.

Pour le substitut du procureur, les faits sont caractérisés par les témoignages des deux enseignants, les conclusions de l’expert psy “rarement aussi sévère” alors que l’enquête sociale est elle “impartiale” puisque réalisée par les services de l’enfance qui ont recruté Mireille. La balance pencherait ainsi plus du côté des accusations de comportements agressifs envers les enfants que vers “cette famille qui dit qu’elle ne leur veut que du bien”. Un an de sursis probatoire, l’obligation de travailler, de réparer les dommages et d’effectuer 100 heures de TIG ont été requis. Le ministère public a également demandé l’interdiction d’exercer une activité professionnelle en lien avec les mineurs durant 10 ans. Des réquisitions motivées par “la particulière vulnérabilité des victimes et une exigence plus forte que celle attendue des parents”.

Si Alice souffre d’un arrêt de développement, c’est en raison des violences subies avec ses parents biologiques, commence par poser le contexte Me Flora Paraveman. “Pourquoi les enquêteurs n’ont interrogé personne à part la directrice de l’école”, fustige la défense qui décrit une “enquête assez légère”. Pour la robe noire, “la directrice a voulu être la sauveuse de ces deux enfants blessés” alors que ce “n’est pas une famille d’accueil qui voulait se faire de l’argent”. Me Flora Paraveman termine sa plaidoirie en demande la relaxe “puisqu’il n’y a pas de lien entre le préjudice allégué et la matérialité des faits”.

Le délibéré est attendu pour le 27 juin prochain.

Thèmes : Enfants | Tribunal
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