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Violences en prison sur fond de racisme : De lourdes peines pour quatre détenus

Si les affaires de violences sont monnaie courante lors des audiences de comparutions immédiates, rares sont celles qui émanent des centres de détention. La raison est simple, tout se règle en interne au niveau de la commission de discipline. Cette fois, des coups de couteau artisanaux ont été portés. Quatre prévenus étaient jugés ce lundi dont deux pour violences avec arme.
Ecrit par Régis Labrousse – le mardi 19 décembre 2023 à 11H47

Les faits se sont produits au centre de détention du Port le 8 novembre dernier. Il apparait clairement que des tensions apparaissent depuis les transferts de prisonniers de Mayotte entre locaux et transférés, et ce, malgré les mises en garde des syndicats de surveillants pénitentiaires. Le centre de détention du Port est le seul de la région océan Indien à pouvoir accueillir les condamnés purgeant de longues peines. 

Le 8 novembre dernier, la tension est à son comble lorsqu'un détenu local fait courir le bruit que ça va "fish-fisher". Le "fish-fish" est une arme fabriquée par les prisonniers, c'est une brosse à dent dont le manche est aiguisé. L'après-midi, il croise les trois détenus mahorais et met sa menace à exécution. Il sort un couteau artisanal, menaçant l'un d'entre eux. Pour se défendre, ce dernier avait sur lui un "fish-fish". Au final, le Réunionnais qui est l'instigateur de l'échauffourée n'a pas le dessus. Il et se fait piquer à neuf reprises et reçoit des coups par les différents protagonistes. Il aura une ITT d'un jour, les lésions étant superficielles. 

Au final, tout ce beau monde se retrouve devant la commission de discipline puis devant la justice. À la barre, les trois Mahorais tiennent le même discours : "lI est raciste, il n’arrête pas de nous dire qu’ici, c'est le 974 et pas le 976. Il veut nous crever. S’il n'avait pas sorti son couteau, on ne serait pas ici. Nous, on a grandi dans la violence à Mayotte, chaque jour, c'est comme ça. On n'a pas eu le choix", répondent de concert les trois prévenus. Pour sa part, le détenu réunionnais indique à la cour en guise d'explication : "Ils parlent tout le temps en mahorais, ça nous énerve".

L'auteur des neuf coups de "fish-fish" purge une peine de 10 ans

"Pourquoi ne pas en avoir parlé aux surveillants ?", demande la présidente au Réunionnais : "J'assume seul", répond celui qui reconnait avoir fait courir le bruit qu'il allait "fish-fisher". Il fait état d'un casier judiciaire avec 11 mentions. Le trois prévenus mahorais ont peu de mentions sur leurs casiers, mais ont écopé de peines lourdes à Mayotte pour des faits graves. L'auteur des neuf coups de "fish-fish" purge une peine de 10 ans pour viol avec violence. 

"Ce sont des faits très graves, souvent gérés au centre de détention", fustige le procureur pour qui il était "nécessaire de juger les prévenus devant le tribunal correctionnel". Le parquet ajoute qu'on a "dépassé le stade de la violence ordinaire", et qu'il s'agit là de "violences sur fond de racisme".  Le magistrat requiert pour les quatre des peines allant de quatre à huit ans. La plus lourde étant pour l'auteur des coups de "fish-fish". La défense du Réunionnais, qui plaide la relaxe, évoque un "problème de surpopulation carcérale" et affirme que son client "était en état de légitime défense". 

"La réalité de la détention, avec ces tensions entre communautés, est révélée au grand jour", tance la défense de deux des prévenus transférés de Mayotte. "Ils ont grandi dans la violence, chez eux c'est un réflexe", ajoute la robe noire qui demande la clémence du tribunal.

Reconnus coupables, les quatre prévenus écopent, en fonction de leur implication respective, de 1 à 4 ans de prison avec maintien en détention. Le Réunionnais victime des coups de "fish-fish" est condamné à 4 ans de prison, le tribunal considérant que tout est parti de lui, ce dernier ayant brandi une arme. L'auteur des coups écope également de 4 ans de prison. "Il y a une banalisation de la violence, ce n'est pas acceptable", conclut la présidente. 

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