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Dix ans loin du volcan pour la Vierge au Parasol

Ecrit par Philippe Madubost – le lundi 28 avril 2025 à 19H24
Cela fait 10 ans que la célèbre statue a quitté le Grand-Brûlé (photo François Martel-Asselin).

Jour pour jour, cela fait dix ans aujourd’hui que la Vierge au Parasol a quitté le Grand-Brûlé après une ultime agression dont elle fut la victime. Depuis, tout le monde appelle à son retour, mais rien ne semble (toujours) vraiment bouger. La mairie et des habitants lancent un appel à son retour au pied du volcan.

C’était le 28 avril 2015. Un peu plus d’un an après avoir été retrouvée décapitée, la célèbre statue était victime d’un ignoble acte de vandalisme. Recouverte de peinture rouge et de croix gammées, des larmes avaient été dessinées autour de ses yeux et sur son corps.
Les relevés des gendarmes terminés, la statue était enlevée par la paroisse pour être nettoyée et mise à l’abri.

À l’époque, le père Antaya appelait à la réflexion et à une autre gestion de la Vierge au parasol « pour un respect de la foi et de la vénération ». L’idée de créer un sanctuaire à côté de l’église Notre-Dame des Laves était notamment lancée par le curé.

Dix ans plus tard, la réflexion n’a toujours débouché sur aucune décision malgré les tentatives ponctuelles de certains acteurs du dossier de relancer le dossier, comme ce fut le cas il y a quelques mois de la part de l’ONF.

Une multitude d’acteurs

C’est un des points épineux du dossier : l’accumulation des acteurs. Si le promontoire de la Vierge est situé sur le territoire de Sainte-Rose, il se trouve aussi au cœur du Parc national et d’une forêt départemento-domaniale placée sous la gestion du Conseil départemental et de l’ONF.

Aujourd’hui, c’est à l’église Notre-Dame des Laves que la « copie » de la statue est exposée.

Reste enfin le propriétaire de la statue en elle-même, la paroisse Sainte-Rose de Lima, et au-dessus d’elle, l’évêché de La Réunion.
Pour l’heure, la statue originelle est conservée par la paroisse et c’est sa copie qui est exposée à l’église de Piton Sainte-Rose.

À l’occasion des dix ans du départ de la Vierge au Parasol du Grand-Brûlé, des voix s’élèvent pour son retour au pied du volcan. Là où elle fut installée en 1896 pour protéger les cultures de vanille des fureurs de La Fournaise.

Toujours référencée par la Réunion tourisme et l’IGN

Habitant de Bois-Blanc, à l’origine de la redécouverte de l’histoire de la catastrophe de 1947 (ravine Boi-Blanc), Christophe Esparon garde le souvenir des pèlerinages organisés dans le Grand-Brûlé et des fidèles qui faisaient la marche depuis le village jusqu’au pied de la Madone.
À ses yeux, comme pour beaucoup d’habitants, « sa place est au volcan, pas dans une église, c’est son histoire ». La raison même de l’existence de son parasol, pour la protéger des intempéries…

« Je regrette que la Vierge ne soit pas revenue dans le Grand-Brûlé, on a l’impression que l’affaire a été abandonnée. C’est dommage alors que des gens continuent de venir et de déposer des fleurs », réagit la propriétaire du célèbre camion-bar du Grand-Brûlé, Armande Ravily.
Des touristes notamment, induits en erreur par le propre site de La Réunion Tourisme sur lequel la Vierge est toujours présentée comme installée au Grand-Brûlé. Même chose concernant les cartes IGN et même sur le site Géoportail. Les mises à jour se font attendre !

La « décapitation » de la Vierge en janvier 2014 avait choqué les paroissiens et au-delà La Réunion tout entière (photo D.R).

Au contraire, les habitués du site se désolent de l’arrêt de l’entretien du promontoire : « Il y a beaucoup de saletés, des gens jettent même leurs poubelles », fustige la restauratrice.

Interrogé, le maire, Michel Vergoz, se dit ouvert à la réinstallation de la statue « là où elle était, là où elle est née, c’est-à-dire dans le Grand-Brûlé. Je suis prêt à prendre ma part, non seulement à la réflexion mais aussi à l’action qui suivra ». 

Selon lui, « nous ne sommes pas loin, il faut maintenant une volonté opérationnelle. Arrêtons de réfléchir maintenant. La Vierge doit-elle retrouver son site originel ? Je réponds sereinement, fermement, oui ».

Un « non-sens historique »

Pour un fin observateur du dossier : « Il est certain que la Vierge au Parasol à Piton, même dans l'église, c'est un non-sens car le contexte historique de son origine disparaît complètement ». Nouveau curé de Sainte-Rose depuis septembre, le père Antony se dit en « réflexion » tout en précisant que la décision reviendra pour finir à l’évêché. « Il y a plusieurs avis sur la question, il y a l’Histoire mais aussi le besoin d’avoir un lieu de culte calme, des paroissiens sont favorables à un lieu situé plutôt dans le village ».

La possibilité de laisser la statue originelle dans l’église et sa copie dans le Grand-Brûlé est une réflexion en cours.

À titre personnel, il ne se dit pas opposé à un retour de la Vierge, mais sous quelle forme ? Et de quelle façon sécuriser demain le site ?

La Vierge au Parasol, c’est une histoire dans l’Histoire de La Réunion, ici lors de son sauvetage lors de l’éruption de 2025 (photo Alain Bertil).

Des caméras et une statue surélevée ?

Grand connaisseur du volcan dans toutes ses dimensions et chargé de mission au développement d’activités liées au volcanisme à la mairie de Sainte-Rose, Alain Bertil propose de surélever la statue et de la placer sous la surveillance de caméras.
Un éclairage permanent du promontoire semble lui moins compatible avec le règlement du Parc national.

Jugeant comme d’autres que le fond du problème est une crainte de chaque acteur de prendre en charge la responsabilité du retour et la gestion du site, le spécialiste n’écarte pas de jouer un rôle de médiateur afin de mettre tout le monde autour d’une table.
« La Vierge au Parasol n’est pas une statue comme les autres, sa place est au Grand-Brûlé. Dire le contraire, c’est donner raison à ceux qui l’ont vandalisée », estime le passionné.

Au-delà d’être un objet de dévotion, la Vierge au Parasol, c’est un morceau de l’Histoire de La Réunion : « Quand j’allais chez mon grand-père, au Tremblet, nous traversions le Grand-Brûlé en car courant d’air et la Vierge marquait l’entrée dans l’enclos du volcan », se souvient Alain Bertil.

Comme d’autres, il est bien décidé à ouvrir une nouvelle page dans l’Histoire de la Vierge au Parasol.

La Vierge au Parasol, c’est une histoire dans l’Histoire de La Réunion, ici lors de son sauvetage lors de l’éruption de 2025 (photo Alain Bertil).

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