Vie chère : Audrey Bélim détaille ses amendements pour un projet de loi "plus concret"

Comment lutter efficacement contre la vie chère à La Réunion ? Pour Audrey Bélim, sénatrice socialiste, il ne suffit pas de beaux discours : des amendements concrets sont nécessaires pour protéger le pouvoir d’achat et réguler les prix.
La sénatrice socialiste de La Réunion, Audrey Bélim, a présenté ce lundi 27 octobre ses amendements au projet de loi de lutte contre la vie chère dans les Outre-mer. Face à un texte jugé "insuffisant", elle propose des mesures "concrètes" pour améliorer le pouvoir d’achat des Réunionnais et adapter la législation aux réalités locales. "En l’état actuel, ce projet de loi, même s’il est bienvenu parce qu’il pose enfin la problématique de la cherté de la vie dans nos territoires, il est vide. Il ne va rien révolutionner et surtout, il ne va pas du tout impacter le portefeuille des Réunionnais", a déclaré la parlementaire socialiste.
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Avec son collègue Victorin Lurel, la sénatrice a déposé près de 70 amendements (40 pour l'ancien ministre des Outre-Mer et 31 pour Audrey Bélim), afin de densifier le texte et le rendre "réellement utile" pour les habitants des Outre-mer. L’objectif est clair : "passer des intentions aux résultats tangibles", mesurables dans le quotidien des consommateurs.
Encourager la consigne et le réemploi pour réduire les coûts
Parmi les principaux amendements présentés, Audrey Bélim insiste sur l’encouragement des pratiques de consigne et de réemploi, déjà présentes à La Réunion pour certains produits comme la bière. Selon elle, cette approche permettrait de réduire la dépendance aux emballages importés, de diminuer les coûts de gestion des déchets et de renforcer le pouvoir d’achat des consommateurs. Elle précise : "La consigne représente une solution concrète pour améliorer la circularité des emballages et développer des circuits courts adaptés aux réalités insulaires."
L’amendement propose d’intégrer cette logique dans les dispositifs existants du bouclier qualité-prix (BQP) et d’ouvrir la voie à un appui de l’État, en concertation avec les collectivités locales.
Déconcentration de la régulation des prix et protection contre les hausses abusives
Autre proposition majeure : la déconcentration de la régulation des prix, permettant aux préfets de prendre des mesures temporaires en cas de hausse abusive des produits essentiels. Ce dispositif vise à remédier à la lourdeur du cadre actuel, illustrée lors du cyclone Chido à Mayotte en 2024, où le décret nécessaire a été publié quatre jours après la catastrophe.
Parallèlement, Audrey Bélim souhaite préciser la notion de "circonstances exceptionnelles", afin de sécuriser juridiquement l’intervention rapide de l’État lors de crises climatiques, sanitaires ou logistiques qui affectent régulièrement les prix des biens de première nécessité.
Fin de la double taxation et transparence financière des entreprises
La sénatrice propose également de supprimer la double taxation des colis postaux échangés entre particuliers, un mécanisme qui frappe injustement les consommateurs ultramarins et accentue la cherté de la vie. Elle défend par ailleurs un renforcement de la transparence financière des entreprises bénéficiant d’aides publiques, qu’il s’agisse de défiscalisation LODEOM, de crédits d’impôt spécifiques ou de subventions, afin de garantir l’usage correct des fonds et responsabiliser les bénéficiaires.
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Plusieurs amendements visent à protéger la concurrence locale et à sanctionner les pratiques discriminatoires des acteurs intégrés verticalement. Audrey Bélim souhaite aussi lutter contre l’acquisition de licences pour bloquer l’arrivée de nouvelles enseignes, une stratégie utilisée par certains acteurs pour préserver leur position dominante, et mettre fin aux pratiques de géoblocage numérique, qui limitent l’accès aux biens et services pour les habitants des Outre-mer.
La sénatrice propose également la création d’un service dédié à l’Autorité de la concurrence, chargé des dossiers ultramarins, afin de mieux prendre en compte les spécificités locales et d’assurer une supervision efficace dans les territoires où monopoles et oligopoles demeurent très présents.
Agriculture et économie circulaire : réduire les coûts et sécuriser les filières
Dans le domaine agricole, Audrey Bélim plaide pour la possibilité d’importer des semences depuis l’hémisphère Sud, notamment pour la filière pomme de terre, afin de réduire les coûts de transport et soutenir la production locale. Elle défend également un soutien fiscal à l’économie circulaire, permettant de stimuler le réemploi, la réparation et le recyclage. Cette mesure vise à réduire la dépendance aux importations tout en créant de nouvelles filières industrielles adaptées aux spécificités géographiques et logistiques des Outre-mer.
Audrey Bélim souhaite également porter de 20 % à 33 % la part maximale des marchés publics pouvant être réservée aux TPE et PME locales, afin de soutenir le tissu économique ultramarin. Cette mesure, qui s’inscrit dans la continuité de la loi Égalité Réelle Outre-mer, permettrait de favoriser le développement des entreprises locales, d’augmenter leur compétitivité et de contribuer à la lutte contre la vie chère.
"Rendre les choses palpables"
Pour la sénatrice, la lutte contre la vie chère doit se traduire par des mesures concrètes : "Nous allons travailler pour densifier le texte et aller arracher les amendements qui permettront d’avoir un impact réel sur la quotidienneté des Réunionnais et des ultramarins."
Elle conclut : "Il faut qu’on rende les choses palpables : que les Réunionnais le voient directement à l’ouverture de leur ticket de caisse ou dans leur panier de courses."
Avec ces amendements, Audrey Bélim ambitionne de transformer le projet de loi en un outil opérationnel pour améliorer le pouvoir d’achat, soutenir les filières locales et répondre aux spécificités économiques et sociales des territoires ultramarins. Reste à voir quelles propositions seront adoptées et comment elles s’appliqueront localement.


