Revenir à la rubrique : Société

Vanille : la coopérative de Bras-Panon franchit un (nouveau) cap dans l’innovation

Ecrit par P.M. – le jeudi 14 mai 2026 à 17H55
Le vitroplants de vanille sont d'abord destinés aux planteurs mais seront aussi commercialisés par la coopérative.

À la fois héritière d’une tradition revendiquée et tournée résolument vers l’innovation, la coopérative de vanille (Provanille) a officiellement inauguré, ce jeudi à Bras-Panon, son unité de production de vitroplants. Un outil présenté comme “fondamental” pour l’avenir de la filière, confrontée aux effets du changement climatique et à une “dégénérescence” des lianes, posant des problèmes de rendements.

C’est le président de la Chambre d’agriculture qui résume le mieux le sentiment général : “Chaque année que je viens, il y a une nouvelle innovation”, a salué Olivier Fontaine devant un parterre d’une centaine de planteurs réunis ce jeudi à la coopérative à l’occasion de la traditionnelle journée des adhérents, organisée chaque année par la coopérative à l’occasion de la Foire agricole de Bras-Panon.

Malgré la fermeture de la RN2, ils ont tenu à être présents, bien qu’originaires pour la plupart du Sud Sauvage, patrie de la vanille réunionnaise. Un rendez-vous convivial, marqué cette année par une innovation majeure pour la coopérative.

Après les serres photovoltaïques destinées à répondre à la fois aux problématiques de vols et de réchauffement climatique, la nouveauté ne mesure cette fois que quelques centimètres : des vitroplants de vanille, produits directement par la coopérative elle-même, dans un laboratoire d’une soixantaine de mètres carrés, petit par la taille mais grand par sa technicité et l’avancée qu’il permet à la filière.

Sains, les vitroplants sont avant tout destinés à renouveler les plants dans les exploitations et à relancer les rendements.

La réponse à un "besoin majeur” de la filière

Pour le directeur de Provanille, Jimmy Péribé, cette unité répond à une problématique devenue centrale pour les quelque 170 adhérents de la coopérative.

“La filière vanille est confrontée depuis une dizaine d’années aux effets du changement climatique et à une baisse importante des rendements”, explique-t-il. “Là où certains producteurs récoltaient auparavant jusqu’à 70 kilos, ils se retrouvent parfois aujourd’hui autour de 30 kilos.”

Parmi les causes, une difficulté croissante à renouveler les lianes. La variété principalement cultivée à La Réunion, la Vanilla planifolia, présente aujourd’hui des signes de “dégénérescence”, en même temps que les méthodes classiques de bouturage restent limitées pour répondre aux besoins des producteurs en plants.

L’unité inaugurée repose sur la technique du vitroplant, créée à partir de méristèmes — les bourgeons apicaux de la liane — démultipliés en laboratoire. Inspiré d’outils déjà utilisés à Tahiti, le projet a été développé en partenariat avec le CIRAD.

Concrètement, la coopérative estime les besoins de la filière autour de 70 000 plants par an. La nouvelle unité pourra en produire plus de 90 000 annuellement. Un investissement de plus de 250 000 euros, financé à 70 % par l’Odéadom (État), la coopérative et par un partenariat avec la BRED pour “l’accompagnement en trésorerie”.

L'inauguration a eu lieu en présence notamment de Jeannick Atchapa, du président de la chambre d'agriculture, de l'ARMEFLHOR et du président et du directeur de Provanille, Willy Boyer et Jimmy Péribé.

Produire des plants sains et former les planteurs

Une phase d’acclimatation et de maturation des jeunes plants est ensuite nécessaire, d’où les formations à destination des planteurs qui vont être délivrées par Provanille.

Le but est aussi de former des producteurs pépiniéristes capables de faire maturer ces jeunes lianes jusqu’à leur mise en culture. Une phase qui se déroule pour l’instant dans une ombrière spécifique au sein de la coopérative. Les plants produits bénéficieront d’une certification sanitaire pour garantir qu’ils sont exempts de toute maladie.

“Les vitroplants sont très petits et nécessitent une technicité particulière pour arriver jusqu’à une liane productive”, souligne Jimmy Péribé. “L’objectif est aussi de former les producteurs et de créer des zones de maturation sur différents secteurs.”

L’outil permettra également de travailler sur d’autres variétés de vanille, en complément de la Planifolia actuellement dominante, mais aussi d’ouvrir d’autres perspectives de valorisation autour des orchidées ornementales ou de la cosmétique.

Objectif : augmenter les rendements, mais aussi les débouchés pour, au final, toujours améliorer et pérenniser le prix payé aux planteurs. Les bénéfices sont réinvestis dans l’innovation et distribués localement entre les planteurs, l’ADN même de la coopérative.

Un hommage a été rendu à Antoine Jeanette, planteur récemment décédé à Sainte-Rose, en présence de sa famille.
Un portrait de Antoine Jeanette a été dévoilé en hommage au planteur décédé.

Hommage à Antoine Jeanette, planteur de Bois-Blanc

Son président depuis 2007, Willy Boyer, défend un “modèle à part" : "Nou lé fier de notre petit modèle coopératif, fait de l’unité de petits planteurs, notre force, ce sont nos adhérents”. Un esprit à part qui dénote avec l'ambiance délétère qui existe dans d'autres coopératives de l'île, "ici, c'est la famille", défend le planteur de Saint-Philippe.

C’est d’ailleurs avec émotion que ce dernier a rendu hommage à un planteur de Bois-Blanc, Antoine Jeanette, décédé à l’âge de 76 ans dans son carreau de vanille. Une photographie a été remise à son épouse et à son fils, tandis qu’un grand portrait a été dévoilé au sein de la coopérative. 

Willy Boyer rappelle le chemin parcouru et rappele que les planteurs de vanille se sont “pris en main”, il y a une vingtaine d’années, au moment de la liquidation de la coopérative.

Avec cette technique, plus de 90 000 plants sains pourront être produits par an.
Une centaine de planteurs étaient présents malgré la fermeture de la RN2.

Le pari réussi des planteurs de vanille

Un pari réussi, parti de rien : “Au début des années 2010, le prix payé aux producteurs tournait autour de 20 euros le kilo, contre plus de 100 euros aujourd’hui”. Le fruit d’un leitmotiv : garder la plus-value au sein de la coopérative, sans intermédiaires.

La coopérative produit, transforme, commercialise et valorise tout directement, afin de maintenir un revenu stable pour les planteurs.

Lire aussi : Coopérative de Bras-Panon : 20 ans après, le pari réussi des planteurs de vanille

“Quand il y a de l’argent, on le redistribue dans le prix. Et quand ça va moins bien, la coopérative serre la ceinture pour stabiliser les revenus”, poursuit le planteur de Saint-Philippe.

Depuis, la coopérative a également obtenu plusieurs avancées majeures : la première IGP de La Réunion pour la vanille et trois médailles d’or lors du dernier Salon de l’agriculture de Paris, le développement d’une unité d’extraits naturels et l’acquisition progressive du site de Bras-Panon, aujourd’hui détenu à 80 % par les planteurs eux-mêmes.

A l'image de ses vitroplants de patate douce, la technique peut être dupliquée demain à d'autres cultures, fruit à pain en tête.

Un outil au service de l’agriculture et de l'Est

Provanille voit déjà plus loin. L’unité de vitroplants a vocation à devenir l’un des “premiers piliers” du futur centre technique de la vanille, devant sortir de terre à proximité du parc de la vanille et des orchidées, en cours de finition. Un site de 2 500 m² qui permettra à Provanille de réaliser des démonstrations et des formations autour de tous les types de cultures. Une vitrine et un outil technique pour la coopérative.

Via l’unité de vitroplants, des partenariats sont déjà noués, notamment avec la commune de Bras-Panon, pour travailler demain sur d’autres espèces végétales : fruit à pain, bananiers, voire orchidées ornementales.

Lire aussi : Foire agricole : Bras-Panon accélère la structuration de la filière fruit à pain

Demain, des fruits à pain, bananes, orchidées ornementales… 

“Cet outil est consacré d’abord à la vanille, mais il peut aussi devenir un véritable outil de développement et d’innovation agricole en faveur de l’Est, qui a besoin d’un rééquilibrage”, plaide Jimmy Péribé.

La suite d’une histoire débutée il y a 50 ans pour la coopérative de vanille, où sont désormais écoulées près de 80 % des vanilles de l’île, met en avant Provanille, entre sauvegarde de la tradition et modernisation via des innovations visant à doter la filière d’outils capables de répondre aux défis agricoles et climatiques d’aujourd’hui et de demain.

Etiquettes : Agriculture | Bras-Panon | Vanille

Dans la même rubrique

0💬
Tri :