Une nouvelle étude remet en question la norme hétérosexuelle

Plus de la moitié des femmes auraient déjà éprouvé du désir pour d'autres femmes, relève l'autrice Mathilde Ramadier, dans un essai sur la bisexualité féminine. Dans son livre "Vivre fluide - Quand les femmes s'émancipent de l'hétérosexualité", elle tisse avec délicatesse des récits intimes à l'histoire laissée dans l'ombre de la bisexualité, et dessine un nouvel horizon pour le féminisme.
Selon son essai éclairant, l'hétérosexualité est une norme et une construction sociale : avec l'évolution de la société, les femmes sont plus ouvertes aux différentes possibilités offertes par la sexualité.
" J'invite les lectrices (mais aussi les lecteurs) à questionner l'hétérosexualité patriarcale, qu'on nous présente depuis la nuit des temps comme une norme, à laquelle il faudrait, au mieux, se conformer, et à partir de laquelle on pourrait, éventuellement, 's'orienter'. Dans mon livre, je montre que cette norme se fissure de toutes parts", avance-t-elle dans un entretien accordé au journal Le Point. Questionnée sur la "libération sexuelle" des années 1960-1970, l'autrice explique qu'elle la trouve toute relative. "Certes, elle a constitué le terreau de grandes avancées pour les droits des femmes et leur sexualité, je pense bien évidemment à la loi Veil et à l'accès à la contraception… Mais au fond, en ce qui concerne les manières d'aimer autrement que dans le cadre de l'hétéronormativité que j'évoquais, les avancées ont été très lentes, ponctuées de ruptures", précise-t-elle à nos confrères.
"Au début du XXe siècle, les scientifiques (principalement des hommes à l'époque) ont commencé à comprendre que nous sommes tous et toutes faits d'un mélange de féminin et de masculin. Même s'ils se sont fourvoyés parfois par la suite, en tombant dans l'écueil du sexisme, les choses ont changé dans la façon de percevoir la sexualité et la psyché humaines", explique-t-elle encore.
Coincées entre les hétéros et les homosexuelles, les bisexuelles n'en restent pourtant pas si visibles. Son travail s’est ainsi cousu par un travail de terrain avec une quarantaine de femmes interrogées sur la manière dont elles exploraient tout le potentiel de leur désir.
Elle retire de ses entretiens que l'immense majorité des femmes interrogées a déjà éprouvé du désir, un fantasme, un trouble ou eu une expérience physique, sexuelle ou amoureuse avec une autre femme, rapporte Le Point.
Mathilde Ramadier est d’avis qu’en ce qui concerne la sexualité humaine, il y a de nombreux avantages à l'envisager comme fluide. "Le sexe est politique, et ce qui libère une personne dans sa sexualité la libérera inévitablement dans les autres domaines de sa vie, qu'elle s'en rende compte ou non", résume-t-elle.


