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Une enquête pour vol à main armée permet de démanteler un trafic de stupéfiants

Ecrit par E.L. – le mercredi 27 août 2025 à 06H28
Image d'illustration : Tribunal judiciaire de Saint-Denis

Lundi, deux frères ont été condamnés à trois ans de prison, dont deux avec sursis probatoire pour un trafic naissant de résine de cannabis et de cocaïne au Port. 

Visage poupin, chemise blanche à manche longue et pantalon noir, les frères M. se présentent devant leurs juges à la manière de premiers communiants. C'est d'ailleurs leur baptême du feu face à la justice puisque leur casier est vierge. Comme ils comparaissent pour trafic de produits stupéfiants, les deux jeunes portois n'ont pas fait dans la demi-mesure. Le plus jeune, tout juste 18 ans, est poursuivi pour avoir fait commerce de résine de cannabis et son aîné, 24 ans, pour s'être essayé à la revente de cocaïne.

L'histoire a pour théâtre le quartier Titan en ville du Port. Tout commence le 2 juillet dernier alors que les policiers enquêtent sur un vol à main armée. Ils auditionnent un mineur au sujet d'un braquage quand ils découvrent dans son téléphone une vidéo mettant en scène “quelqu'un qui manipule des liasses de billets et du cannabis”. Pressé de questions, le suspect révèle prêter main forte à un certain Matthias M. pour livrer des clients en quête de cannabis sur le parking de la ZAC II. Il évoque un sac plein de savonnettes de shit revendues pour un total de 13 500 euros. Deux tiers de la somme pour Matthias et le reste pour lui.

Un colis de 1,5 kilo de résine, du cash et un peu de cocaïne

Au fil des investigations, les enquêteurs découvrent que le frère aîné de Matthias est lui aussi dans la boucle du trafic de drogue naissant. Un renseignement parvient aux oreilles de la police qu'un colis postal est en cours d'acheminement. La livraison, placée sous étroite surveillance, a lieu le 7 juillet au domicile de Matthias. Dix savonnettes pour un total de 1,52 kilo de résine de cannabis se mêlent à des pots de pâte à tartiner. 

Parallèlement, une perquisition a lieu chez son aîné, Warren T., où les enquêteurs saisissent une balance de précision, un pochon de cocaïne et 1 360 euros en espèce. Dans le logement, de nombreux bijoux, des vêtements de marque à foison, un scooter, une Golf 7 et des trottinettes témoignent d'un train de vie peu conforme au modeste du salaire du conducteur de travaux. Celui-ci reconnaît avoir consommé de la cocaïne avant de se livrer progressivement au conditionnement et à la revente de pochons. 

“J'ai commencé par une consommation festive”

Sur 10 grammes achetés, Warren T. raconte en écouler 7 auprès d'une dizaine de clients réguliers. Le reste lui sert à se repoudrer le nez. Son gain est estimé à environ 25 000 euros au cours des quatre mois de son trafic naissant. Des virements douteux sont retracés pour des vacances à Bali ou à Dubaï. “C'est un mauvais choix. Je me suis laissé entraîner. J'ai commencé par une consommation festive et, pour m'en sortir, j'ai débuté la vente”, admet Warren à la barre du tribunal. 

Pour sa part, son jeune frère revient sur ses aveux pour mettre en cause un certain Elias comme étant le véritable destinataire du colis de cannabis à qui il aurait rendu service. Interrogé sur ce mystérieux commanditaire, Matthias M. est évasif. Rencontré à la mosquée, il le dépeint comme mince et d'origine mahoraise. Un signalement plutôt flou pour une connaissance dont il aurait accepté de réceptionner un colis suspect. “J'étais naïf, je ne savais pas ce qu'il y avait dedans”, indique-t-il à la barre. 

Beaucoup de photos avec des liasses de billets

Mis en cause dans la vente de cannabis, Matthias prétend qu'il s'agissait de CBD. Quant aux photos retrouvées avec une poudre blanche, il s'agirait de sel “pour faire le malin”. Les liasses de billets avec ce commentaire : “Ah la la, n'a partout...” Matthias parle là encore de vantardise : “C'était l'argent de la vente de la moto par mon frère.” Une autre image couverte de billets de banque ? “Ce sont mes économies pour prendre une villa pour un anniversaire.” Ou encore de l'argent gagné autour d'un rond de cartes. Les savonnettes de cannabis ? “Ce sont des olivettes”, rectifie Matthias M. comme pour minimiser son trafic. 

Pour sa part, le substitut du procureur s'inquiète de la présence d'autres images qui mettent en scène une décapitation. “C'était dans l'euphorie. J'ai été influencé par la télé...” “De telles images ne sont pas diffusées à la télé”, coupe le magistrat. “J'ai voulu faire le malin”, tente à nouveau Matthias. “Vous n'avez pas plutôt cherché à communiquer en faisant le gros dur pour votre trafic...”, opte le substitut du procureur.

“Une violence érigée en contre-culture”

Dans son réquisitoire, le magistrat estime que “cette affaire est de loin la plus grave de l'après-midi (Ndrl : lundi). Elle est l'illustration d'un trafic qui charrie une violence érigée en contre-culture et qui n'épargne aucun compartiment de la société, comme l'a récemment indiqué un rapport des offices centraux”. Le substitut du procureur rappelle que les mules écopent de peines sévères, comme l'une des dernières en date qui a été condamnée à trois ans de prison ferme pour 127 grammes de cocaïne. Il ne voit donc pas pourquoi la justice devrait être plus clémente à leur égard, sachant qu'ils ont fait entrer des mineurs dans leur trafic. 

Il réclame trois ans de prison ferme dont un an avec sursis probatoire pour les deux frères, assortis d'un mandat de dépôt à effet différé ainsi que 10 000 euros d'amende pour chacun d'eux. Pour Me Sébastien Navarro, il s'agit “de peines hors sol pour son client qui n'a jamais fait parler de lui”. L'avocat estime que Matthias doit bénéficier d'une peine mixte alternative à son incarcération “pour qu'un avenir soit possible pour lui”. Tout comme sa consœur, en défense de Warren, qui soutient qu'un mandat de dépôt est aberrant s'il veut poursuivre un accompagnement.

“Éviter un choc carcéral”

Le tribunal a entendu les avocats de la défense. Les frères M. sont finalement condamnés à trois ans de prison, dont deux avec sursis sans prononcer de mandat de dépôt, laissant à la discrétion du juge d'application des peines le soin d'aménager la sanction. La présidente, tout en indiquant que les faits sont graves, a tenu compte de leur absence de casier judiciaire et de la durée du trafic limitée à quatre-cinq mois pour leur “éviter un choc carcéral”. Par ailleurs, la Golf 7 de Warren est confisquée et ils devront s'acquitter d'une amende à hauteur de 3 000 euros chacun.

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