Une certaine idée de Noël à la Réunion, avant la société de consommation

A Noël, à la Réunion, du temps de nos grand-parents, les bûches européennes laissaient avantageusement la place au fameux pâté créole. Le champagne et autres vins de table se laissaient plutôt tenter par un petit verre de liqueur Marie Brizard, jamais éloigné par des i["toujours pas assez"]i boudoirs, histoire i["d'arrange la bouche"]i. Un moment de communion intergénérationnel, le temps d'un soir, qui prenait place sous la lumière bienveillante des lampes à pétrole, loin, bien loin des illuminations dévorantes en énergie qui ornent les rues des villes de 2010.
b[Le cryptomeria en lieu et place du "roi des forêts"]b
Les letchis, eux, n'ont pas d'équivalent, ou peut-être si finalement. Suivez mon regard vers les rayons des supermarchés de maintenant et tendez le bras vers ces dizaines, centaines de boîtes de chocolat. A une époque où le réfrigérateur n'était encore qu'un luxe, point de chocolat en abondance comme maintenant. La chaleur ambiante n'aurait fait qu'une bouchée des petits délices.
Mais les adaptations locales sont également ailleurs, sous la varangue ou dans le salon. Il s'agit du sapin de Noël, ce roi des forêts importé directement du grand nord canadien sans doute, mais qui sous nos cieux, prend plutôt l'allure d'un cryptomeria, d'un araucaria voire d'une branche de filaos, quand les moyens venaient à manquer, bien avant l'ère du sapin plastique, n'en parlons même pas…
Dans les cours et sur les bords des routes, les flamboyants se couvrent, en ce mois de décembre, de centaines de petites fleurs rouges comme le sapin peut se couvrir de flocons de neige en métropole.
b[Minuit n'est plus minuit ]b
Selon la coutume chrétienne, la messe de minuit avait forcément lieu à…minuit. Une évidence qui n'est plus, faute d'avoir su résister aux appels de la société de consommation qui veut qu'un 24 au soir, vers minuit, on aide les enfants à allumer leurs pétards, chose encore impensable il y a cinquante ans. Les seuls artifices étaient réservés, quand il y en avait, au soir du 31, pas avant. Tout ce tintamarre d'aujourd'hui ne pouvait être raisonnablement imaginé par nos anciens.
Une crèche de Noël, aussi, à la maison trônait fièrement dans le salon avant que la famille, un tant soit peu pratiquante, ne rende visite à celle qui se trouve au coeur des églises.
Il y a une chose qui, cependant, n'a jamais évolué, c'est bien la température sous nos cieux à pareille période. A coup sûr, une chaleur étouffante qui aurait de quoi rebuter plus d'un père Noël emmitouflé, même le plus professionnel qui soit. Un Noël à 30 degrés "sous la tôle" c'est aussi ça…un Noël à la Réunion aujourd'hui, comme il y a cinquante ans.


