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Une bande « du ghetto » se défoule façon « Orange mécanique »

Ecrit par Eric Lainé – le mardi 2 septembre 2025 à 14H38

Lundi, quatre jeunes désœuvrés, âgé de 21 à 29 ans, ont été jugés par le tribunal judiciaire pour avoir commis deux agressions en plein jour à Saint-Paul. Chamsidine A. Darmi M., Ben Halidi M. et Salim I. ont écopé de peines allant de 2 ans de prison ferme à un an avec sursis.

A plusieurs reprises, les quatre prévenus, en rang d’oignon à la barre du tribunal judiciaire de Saint-Denis, peinent à comprendre et à répondre aux questions du président Bernard Molié. Le magistrat tente de comprendre le pourquoi du comment des deux agressions gratuites auxquelles Chamsidine A., 26 ans, Darmi M., 29 ans, Ben Halidi M., 26 ans, et Salim I., 21 ans, ont pris part dans la journée du 27 août dernier à quelques heures d’intervalle.

La première scène se joue en pleine rue, en fin de matinée. Un homme, qui souffre de handicap, se fait accoster par trois des quatre prévenus en quête d’un mauvais coup. Ils sont sous l’effet conjugué de l’alcool, de la cocaïne et du cannabis. Ils lui distribuent des claques à tour de bras. L’un d’eux renverse son verre de rhum sur sa tête. « Pourquoi avez-vous fait cela ? Vous aviez trop à boire et trop bu ? », fait remarquer le président Molié à l’un d’eux. « Trop bu ». Pourquoi l’avoir frappé ? « Je ne savais rien du différend mais je l’ai claqué… pas plus », poursuit le prévenu. « C’est un réflexe pavlovien ? », tente le président Molié, toujours aussi joueur avec les mots. Perdu, le prévenu répond « oui » par principe.

« Le groupe de Mahorais le rattrape dans la gare pour le rouer de coups »

Rouée de coups, la victime a été touchée à l’épaule et à l’omoplate. Son œil gauche a été souligné par un cocard. Dans la foulée de l’agression, Chamsidine A. en a profité pour enfourcher son vélo. Un vol qui a davantage chamboulé la victime que les coups reçus. « J’ai pris le vélo pour lui faire une blague. J’ai fait un tour en ville puis je l’ai ramené. C’était un emprunt… », oppose Chamsidine A. « La soustraction frauduleuse est une infraction qui vous échappe », coupe le président Molié. Le prévenu fait des yeux ronds et ne pipe plus un mot.

Mais la petite bande n’en est pas resté là ce fameux 27 août. Salim I., flanqué de Darmi M. et de Ben Halidi M., cheminent en direction de la gare routière de Saint-Paul. Vers 15 heures, ils repèrent une seconde victime que Salim I. désigne du doigt. Un sans domicile fixe est accoudé en face du Super U où il boit un coup. « Il raconte que le groupe de Mahorais court après lui et le rattrape dans la gare pour le rouer de coups », lâche le président Bernard Molié. Coups de pied et de poing dans la tête et dans le corps, le trio se déchaîne de façon inouïe sur le pauvre bonhomme. Impossible pour eux de nier l’extrême brutalité de l’agression puisque les images de vidéo-surveillance de la gare ont immortalisé la scène.

« Il l’a mérité… J’aurais dû le frapper plus fort »

Interrogé, Ben Halidi M. ne peut « rien dire car j’étais soûl ». Mais il l’admet à demi-mots puisque « les autres le disent… » « Nous ne sommes pas allés sur les bancs de l’école ensemble et nous n’avons pas regardé les mêmes films au cinéma », enchaîne le président Molié. Ainsi, le magistrat plante le décor avant de faire un parallèle entre les faits et un film culte de 1971 qui a marqué toute une génération, dans les années 80. « On se dit que c’est du Orange mécanique ni plus ni moins », compare le magistrat.

Sans doute n’a-t-il pas tort de comparer la manière d’opérer du trio aux héros du film de Stanley Kubrick, violents et gavés d’alcool et de drogue comme eux. Car, à titre d’exemple, voici ce que dit d’abord Darmi M. en garde à vue : « C’est lui qui a commencé. Il l’a mérité… J’aurais dû le frapper plus fort. » Salim I., quant à lui, avoue qu’ils ont « frappé tous les trois à grands coups de pieds quand il était au sol » avant de préciser : « On a été pris dans le truc, on s’est emporté sous l’effet de la cocaïne et du cannabis. »

« C’est quoi et où le ghetto ? »

Salim I., à la fois le meneur et le plus jeune de la bande, est aussi le plus capé au plan judiciaire. A seulement 21 ans, il est déjà passé deux fois par la case prison et son casier comporte des condamnations pour des affaires de violences pures et de vols avec effraction ou avec violence. Il n’a pas un sou en poche et il loge chez sa mère quand il ne rejoint pas le reste de la bande qui vit « dans le ghetto », comme l’indique Ben Halidi M. « C’est quoi et où le ghetto ? », coupe le président Molié, intéressé. « En gros, les cases abandonnés », précise le prévenu.

Darmi M., à l’image de Chamsidine A., a un casier plus modeste où figure tout de même des vols aggravés, une rébellion et des destructions de bien. Seul Ben Halidi M. dénote mais pas pour longtemps. Car son premier fait d’arme, qui lui a valu huit mois de prison dont six avec sursis en février dernier pour des violences aggravées, n’est pas définitivement inscrit dans son casier. Il est susceptible d’être rejugé puisqu’il était absent à son procès.

« Comme des sauvages en lynchant un homme sur la voie publique »

Quoi qu’il en soit, la vice-procureure de la République souligne qu’ils ont eu « une attitude sauvage » en s’attaquant à une personne vulnérable puis de s’être de nouveau « comportés comme des sauvages en lynchant un homme sur la voie publique ». Et la magistrate d’ajouter : « Le ministère public n’a pas de pitié car il ne s’agit plus pour eux d’un accident de parcours. » Elle requiert deux ans de prison ferme pour Darmi M., Salim I. et Chamsidine A. et un an ferme pour Ben Halidi M.

Les avocats de la défense décortiquent la part de responsabilité de leurs clients tout en relativisant les mentions portées à leur casier. Ils demandent surtout au tribunal de leur donner une chance encore de se réinsérer avec un aménagement de peine sous bracelet électronique, sans repasser par la case prison. Les juges ont finalement individualisé la sentence. Salim I., le meneur à gros casier, écope de deux ans de prison ferme. Darmi M. et Chamsidine A. sont respectivement condamnés à 18 et 12 mois de prison ferme. Seul Ben Halidi M., défendu par Me Fabian Gorce, échappe à la prison avec douze mois de prison avec sursis. « Je trouve que ce n’est pas très sévère au vu de la sauvagerie que vous avez développée et de vos antécédents judiciaires », commente le président Bernard Molié en guise de conclusion.

Etiquettes : Agression | Gare | Saint-Paul

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