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Un pêcheur de bichiques jugé pour non-respect de la réglementation

Un Saint-Louisien a été jugé hier par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour n'avoir pas respecté les règles concernant la pêche aux bichiques. Il s'agit du premier procès de ce type depuis la nouvelle réglementation instaurée en 2021. Alors que les autorités favorisent l'accompagnement pour permettre aux pêcheurs de se mettre en conformité, c'est la mauvaise volonté du prévenu qui l'a amené à la barre du tribunal. Le jugement sera rendu le 7 décembre.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le samedi 4 novembre 2023 à 06H36
Photo d'illustration

L'enjeu du procès qui s'est déroulé hier au tribunal correctionnel de Saint-Pierre a une portée autant culturelle qu'environnementale : adapter la tradition de pêche aux bichiques afin qu'elle puisse perdurer dans le temps. Bien que l'Office français de la biodiversité, la DEAL et la Fédération de pêche de La Réunion, qui se sont constitués partie civile, soient plus dans une démarche d'accompagnement depuis le nouvel arrêté préfectoral de 2021, la mauvaise volonté de Désiré l'a conduit à la barre du tribunal.

S'il est à noter que la complexité des normes et réglementations est même difficile à comprendre pour les magistrats, certains critères relativement simples ont été promptement ignorés par le Saint-Louisien. C'est d'ailleurs son attitude qui est reprochée, puisque comme l'a rappelé l'agent de la DEAL : "On pourrait attaquer toutes les installations de l'île."

La première infraction qui lui était reprochée concernait le nombre de vouves qu'il utilisait. Pour rappel, les pêcheurs de loisirs ont le droit d'utiliser deux vouves avec une limite de pêche de 3 kg par jour, sans autorisation de vente. Les pêcheurs qui se sont déclarés professionnels ont le droit à 4 vouves. Dans son espace réservé dans la rivière Saint-Etienne, Désiré a été surpris avec 9 vouves.

La deuxième infraction concerne le barrage du canal bichique qu'il utilise. La réglementation prévoit qu'un canal principal soit laissé libre afin d'assurer la reproduction de l'espèce. C'est à partir de ce canal principal, défini selon des critères précis, que doivent être faits les canaux pour pêcher. Ici, il est reproché au Saint-Louisien d'avoir déclaré comme canal de pêche celui qui aurait dû servir comme canal de reproduction.

La constitution du barrage n'est également pas aux normes. Ces barrages doivent être constitués d'éléments naturels (pierres, bois) et surtout pas avec du plastique. Malgré les avertissements, le prévenu n'a jamais retiré la bâche en plastique de l'ouvrage.

"Vos petits-enfants ne sauront même pas ce qu'est un bichique"

Pour le prévenu, "vous mettez en place des lois, mais personne n'est venu voir comment les pêcheurs pêchent. Ils ont basé leur loi sur une rivière pilote." Il ajoute même que ce qui fait la raréfaction des bichiques n'est pas la surpêche, mais les herbes dans la rivière.

Malheureusement pour le prévenu, le procureur avait déjà eu à gérer une affaire en Vendée où la civelle, un équivalent du bichique, est voie de disparition et se trouve à présent au cœur d'un trafic en bande organisée. Les prix y sont d'ailleurs compris entre 300 et 400 euros le kilo.

Pourtant, le représentant du ministère public va favoriser la pédagogie : "Les agents ne viennent pas vous embêter pour le plaisir. Ils font ça pour que vous puissiez le faire dans 20 ou 30 ans. Si ça continue, vos petits-enfants ne sauront même pas ce qu'est un bichique. Les autres pêcheurs ont compris que c'est dans leur intérêt de s'adapter. Tout ce qu'on vous demande, c'est de vous adapter au milieu où vous vivez si vous voulez que La Réunion reste La Réunion."

C'est pourquoi il requiert une peine de 2000 euros avec sursis, afin de laisser une chance au prévenu de se mettre aux normes, ainsi que la suppression du barrage. Il demande également que la décision soit affichée près des zones de pêche afin que les pêcheurs soient avertis.

"On a l'impression qu'il est là pour l'exemple"

Après 2 h à parler normes environnementales et administratives, Me Ghislain Chung To Sang, qui assure la défense de Désiré,veut ramener les débats sur son terrain : celui du droit. Rappelant la complexité des normes, la robe noire va déjà rappeler que la construction du barrage provient d'avant la date de prévention des faits qui sont reprochés au prévenu.

L'avocat va ensuite rappeler que la législation diffère si en fonction de la taille du barrage, plus ou moins 100 m, un élément jamais évoqué durant les débats. Sur le nombre de vouves, il rappelle qu'ils étaient quatre pêcheurs le jour où Désiré a été contrôlé. Un nombre de pêcheurs qui correspondait parfaitement au nombre de vouves présentes.

Concernant le plastique, Me Chung To Sang va également indiquer que le plastique était présent avant la date de prévention des faits et que les agents ont constaté qu'il y en a actuellement moins qu'avant, prouvant que du plastique a été enlevé. "Vous avez les preuves par A + B que vous ne pouvez pas entrer en voie de condamnation. On a l'impression qu'il est là pour l'exemple, que c'est l'homme à abattre, que c'est un cobaye", argue-t-il.

Le jugement a été mis en délibéré pour le 7 décembre.

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