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Un collectif de promoteurs privés dénonce “la défaillance totale” du Sidelec

Ecrit par Eric Lainé – le lundi 14 avril 2025 à 06H42
Le programme des Seniorales du Tampon compte parmi les nombreuses constructions achevées mais dont la livraison est empêchée faute de courant.

Un collectif de promoteurs immobiliers, en proie à la problématique du raccordement électrique des logements neufs, dénonce l'incurie du Sidelec et l'immobilisme de la préfecture. Ils estiment essuyer les plâtres de l'affaire de corruption qui éclabousse le syndicat depuis plus de deux ans. Explications.

Les promoteurs immobiliers font rarement part de leurs difficultés. Ils tapent encore moins souvent du poing sur la table pour manifester leur ras-le-bol. Il faut donc croire que le souci est majeur, que leurs interlocuteurs font la sourde oreille et que la coupe est pleine. Si bien qu'ils se sont alliés de manière inhabituelle et sans doute inédite sous la bannière d'un collectif regroupant pour l'heure pas moins de 14 promoteurs. A leur tête, Stéphane Sanz, président de la Fédération des promoteurs de La Réunion, et Simon Cazal, dirigeant de la société foncière de la Plaine. 

Chacune des sociétés - comme par exemple Colas (Bouygues), OCIDIM (Vinci), Pierre et Vacances ou encore la SPAG - leur ont donné le feu vert pour porter leur voix. Pour bien comprendre l'enjeu du bras de fer qui se profile, il faut préciser que ces 14 promoteurs privés font sortir de terre 80% des logements intermédiaires et 50% des logements sociaux de l'île à l'année. Autant dire que les difficultés auxquelles ils se heurtent se répercutent sur un grand nombre d'habitants. 

La plupart des agréments détenus par des sociétés condamnées”

La problématique est assez simple en apparence. Elle tient dans l'étirement des délais de raccordement électrique des ensembles neufs en milieu rural qui sont sous la coupe du Sidelec. “Cela est lié aux difficultés de renouvellement des marchés publics du Sidelec”, explique Simon Cazal. Pour raccorder les immeubles neufs au réseau EDF, il est souvent nécessaire d'installer un transformateur en plus des travaux de câblage. 

Ces installations sous haute tension nécessitent un agrément spécial que peu de sociétés de travaux électriques détiennent à La Réunion. “Le Sidelec ne parvient plus à attribuer ces marchés de travaux spécialisés car la plupart des agréments étaient détenus par les sociétés qui ont été condamnées par la justice (dans l'affaire de corruption présumée avec les responsables du SIDELEC, NDLR) et qui ne peuvent plus répondre aux appels d'offres”, poursuit Simon Cazal. 

Lire aussi : Marchés truqués au Sidélec : le Parquet national financier frappe fort avec de lourdes condamnations contre les entreprises

Pris en otage par le Sidelec”

Au Sidelec, les interlocuteurs des promoteurs préfèrent mettre les difficultés sur le dos des “ententes illicites” des entreprises mises en cause et dont la plupart ont été lourdement sanctionnées par la justice en mode plaider-coupable. Mais c'est évidemment faire un peu vite l'impasse sur le président du Sidelec, Maurice Gironcel, et son bras droit, le DGS Yves Gigan, qui doivent comparaître en mai prochain devant le tribunal judiciaire de Paris, notamment pour des soupçons de corruption.

Lire aussi : Sidélec : dans les coulisses du pacte de corruption

Le collectif de promoteurs ne porte pas de jugement sur la procédure en cours mais ils estiment “être pris en otage par le Sidelec”.Car faute de nouveaux agréments, les délais de raccordement s'allongent. “Aujourd'hui, le Sidelec veut nous faire signer des conventions avec des délais de livraison portés à 36 mois depuis le troisième trimestre 2024 au lieu de 18 mois et même de un an auparavant”, déplorent en coeur Stéphane Sanz et Simon Cazal. Des conventions par lesquelles le Sidelec cherche à se couvrir en anticipant des retards de livraison de 6 mois à un an. “Le Sidelec est un service public des communes de l'île totalement défaillant. Cela fait trois ans que nous nous manifestons auprès d'eux mais rien ne bouge. Est-ce de l'incompétence ou de la mauvaise volonté ?”, poursuivent-ils.

800 logements achevés mais bloqués faute de courant”

Le phénomène est loin d'être marginal. “Nous avons établi un listing de 800 logements qui sont achevés mais bloqués faute d'avoir le courant”, pointe Simon Cazal. La situation est d'autant plus incompréhensible que les promoteurs se doivent de signer une convention et de faire valider le volet électrique au moment du dépôt du permis de construire. Ce qui, en principe, laisse largement le temps au Sidelec de faire le nécessaire. “Nous n'avons pas ces problèmes avec EDF qui s'occupe directement des raccordements en centre-ville de Saint-Denis ou de Saint-Pierre par exemple. Ils commandent les transformateurs au fur et à mesure et les travaux représentent généralement dix jours de travail”, compare Stéphane Sanz. 

Pour illustrer leur propos, Simon Cazal prend l'exemple de 67 logements sociaux en VEFA destinés à la SHLMR et achevés en 2023. “Il y avait 100 mètres de raccordement. Ils ont mis moins de dix jours à faire les travaux mais neuf mois pour venir...” Pire encore pour un lotissement de Saint-Paul sans transformateur à poser mais avec 100 mètres de câblage. “Ils ont pris deux ans pour faire les travaux de raccordement parce qu'ils avaient des difficultés à joindre le Département pour traverser la route...”. Simon Cazal a d'autres cas dans sa besace comme celui des Seniorales du Tampon mené par le groupe Pierre et Vacances avec 69 logements à la clé. “Les travaux sont achevés mais il n'y a aucune visibilité sur la date de raccordement...”

Le silence de la préfecture, des maires et du Sidelec

Empêtrés dans des recours coûteux qui se multiplient et dont ils estiment être les victimes collatérales, les promoteurs n'ont eu de cesse d'alerter le Sidelec et la préfecture mais aussi les maires des 24 communes de l'île qui adhèrent au syndicat. Sur documents,

Zinfos 974 a pu mesurer les efforts des promoteurs pour tenter d'établir un dialogue constructif avec les uns et les autres. Sans résultat à ce jour. Depuis avril 2023, une série de courriers envoyés au Sidelec est restée lettre morte. Idem pour la préfecture, alertée depuis octobre 2023 et pour la dernière fois en avril 2025 au moyen de lettres en accusé/réception parfois co-signées par les futurs acquéreurs.

Depuis 2023, les promoteurs alertent en vain la préfecture des dysfonctionnements du Sidelec en matière de raccordement électrique des programmes immobiliers.

Le phénomène ne date pas d'hier. Les promoteurs sont confrontés aux défaillances du Sidelec depuis 2022 avec des difficultés à la pelle. Par exemple le programme Ségatier au Guillaume Saint-Paul où une convention avait été signée avec le Sidelec en septembre 2022 pour la pose d'un coffret d'alimentation et de travaux de raccordement de sept parcelles viabilisée, achevée en décembre de la même année. En juin 2024, le Sidelec n'avait toujours pas levé le petit doigt. Même chose pour le programme Le Saunier à l'Etang-Salé avec une convention signée en juin 2022 pour 24 logements collectifs terminés en octobre 2023. Le promoteur a dû “patienter une année pour que l'immeuble soit raccordé avec des conséquences financières graves pour les clients”.

Des préjudices importants pour les bailleurs sociaux et les futurs locataires”

Voici un extrait de la lettre transmise à Serge Hoareau, premier magistrat de Petite-Ile et surtout président des maires de La Réunion, le 2 avril dernier : “Les services du Sidelec sont défaillants, les délais contractuels de réalisation de leurs travaux ne sont pas respectés, ce qui génère des préjudices importants pour les bailleurs sociaux et les promoteurs mais surtout pour les futurs locataires de ces logements.” Et de détailler : “Pour les futurs propriétaires, ce sont des intérêts intercalaires qui courent parfois pendant un an, obligeant certains à rembourser le prêt bancaire en plus de leur loyer. Pour les locataires ayant déjà donné leur préavis, ce sont des dépenses pour se loger entretemps dans des conditions incertaines (..)”

La sonnette d'alarme a été tirée auprès de l'association des maires qui n'ignore rien des difficultés de raccordement électrique puisque les 24 communes de l'île adhèrent au Sidelec.

A l'heure où La Réunion est confrontée à une grave crise du logement social et où plusieurs maires s'alarment de tensions autour de leur mode d'attribution, il est surprenant que les promoteurs soient confrontés à un mur du silence...

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