« Je vais te couper la tête » : un homme condamné pour menaces de mort et violences conjugales envers son ex-compagne

Le déni est un outil terrifiant. C'est en tout cas ce qui ressort du procès de Bernard*, appelé à la barre pour répondre de violences commises sur son ex-compagne. L'homme, en couple avec la victime de 2014 à 2023, a eu trois enfants avec elle, le plus jeune étant âgé d'à peine un an. Déjà condamné pour violences en 2019, il a écopé d'un an d'emprisonnement avec sursis en 2024 pour des violences sur conjoint commises en 2023, lors d'une première séparation.
Bernard* a cependant enfreint son interdiction d'entrer en contact avec la victime afin de reprendre la vie commune. Il affirme avoir agi « pour les enfants », qui seraient, selon lui, « mal quand il n'est pas là ». Livreur Uber Eats, il est accusé d'avoir adopté un comportement violent à répétition envers son ex-compagne, jusqu'à l'agression de trop.
Le déni face aux violences
Un soir, alors que la victime lui reproche son adultère, qu'il reconnaît devant le tribunal, il s'emporte et lui assène de multiples coups de poing ainsi que des coups de pied, le tout sous les yeux de leurs enfants. Après que la victime a pris leur plus jeune enfant dans ses bras, il cesse de la frapper et quitte le domicile. Peu après, il lui adresse un message dans lequel il menace de « lui couper la tête et de la déposer devant chez sa famille ».
Les conséquences sont lourdes. La victime se voit prescrire cinq jours d'incapacité totale de travail (ITT). Elle présente de nombreuses ecchymoses, éprouve des difficultés à tendre un de ses membres et s'est fait arracher une boucle d'oreille.
À l'audience, le prévenu livre une version bien différente des faits. Il reconnaît avoir porté des coups, mais affirme que c'est la victime qui était violente. Il soutient n'avoir cherché qu'à la « repousser », expliquant qu'elle « dégénérait devant les enfants ». Il l'accuse de l'insulter en raison de ses échanges avec d'autres femmes, de rester avec lui uniquement pour son argent et affirme avoir arrêté de travailler « pour elle ». Il ajoute que sa « soi-disant violence » n'a pas empêché son ex-compagne de lui demander un troisième enfant et estime qu'elle exagère ses blessures.
Concernant les menaces de mort, il reconnaît avoir envoyé le message alors qu'il était en colère, mais assure : « Au fond de moi, je ne serais pas capable de faire ça. »
Lorsque la procureure lui rappelle qu'il a déjà giflé son fils, Bernard* répond que celui-ci « n'a pas fait exprès, qu'il était sur la trajectoire de son coup ». Lorsqu'elle lui fait remarquer que l'enfant cherchait en réalité à protéger sa mère, le prévenu ne répond pas. Elle souligne également qu'il avait nié les violences lors de sa garde à vue. Bernard* réplique alors qu'il passe davantage de temps avec ses enfants que leur mère.
Le témoignage du fils fragilise sa défense
Un autre élément vient toutefois fragiliser sa défense : le témoignage de leur fils aîné, recueilli par les gendarmes. L'enfant explique que « papa frappe maman » très souvent et que, cette nuit-là, « il a frappé trop maman ».
La partie civile rappelle ensuite les certificats médicaux attestant de la gravité des violences subies. Elle évoque également les témoignages de voisins faisant état de disputes répétées, les infidélités qui dureraient depuis 2020 ainsi que les messages de menaces retrouvés dans le téléphone du prévenu. Elle ajoute que celui-ci est sans emploi, empêchait la victime de sortir de chez elle et, bien qu'il soit soumis à une obligation de soins et suivi par le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP), il ne bénéficie d'aucun suivi psychologique. La victime sollicite finalement 1 000 euros de dommages et intérêts pour elle-même et 1 500 euros pour son fils.
La procureure rappelle que Bernard* connaissait parfaitement son interdiction d'entrer en contact avec la victime et qu'il a refusé de se présenter aux gendarmes. Elle requiert 18 mois d'emprisonnement, la révocation de son sursis prononcé en 2024 ainsi que l'interdiction d'entrer en contact avec la victime pendant trois ans.
La défense insiste, de son côté, sur une longue relation de couple qui aurait progressivement dégénéré. Elle demande au tribunal d'apprécier les faits dans leur contexte global. « On dit que dans un couple, c'est 50/50 », plaide-t-elle. Elle soutient également que la victime poussait Bernard* à bout en le questionnant sans cesse sur ses infidélités, citant le témoignage de leur fils : « C'est maman qui commence, qui pose des questions sur les bêtises de papa. » Elle rappelle enfin que le prévenu est parti de lui-même après les faits.
Le tribunal condamne finalement Bernard* à deux ans d'emprisonnement, avec révocation de son sursis probatoire. Il lui est également interdit d'entrer en contact avec la victime et de se rendre à son domicile pendant trois ans. Il devra enfin verser 1 500 euros à son fils et 1 000 euros à son ex-compagne au titre des dommages et intérêts.
* Prénom d'emprunt.


