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"Un cimetière à ciel fermé" : un chirurgien réunionnais témoigne de l’enfer humanitaire à Gaza

Ecrit par P.M. – le jeudi 7 août 2025 à 06H22
La conférence s'est déroulée mercredi à la Région (Photos Région Réunion).

De retour de deux missions humanitaires à Gaza, le docteur Yacine Haffaf a livré mercredi à la Région un témoignage bouleversant sur la situation dans l’enclave palestinienne.. Alors qu’une flottille internationale doit prochainement tenter de briser le blocus, avec lui à son bord et une “Réunionnaise”, le chirurgien à la retraite appelle “à se lever” face à ce qu’il considère comme l’effondrement du droit international.

Dans un hémicycle silencieux et plein, les mots du docteur Yacine Haffaf frappent. De Gaza, il rapporte l’odeur de la mort, le vacarme incessant des drones, les cris d’enfants amputés, les hôpitaux éventrés par les bombes. « J’ai participé à 25 missions humanitaires dans le monde, mais j’avoue avoir eu du mal à encaisser, j’ai été dévasté par moments”, confie-t-il, ému. « Je ne savais pas si j’allais tenir une semaine. », témoigne l’ancien chirurgien du CHU Felix-Guyon, aujourd’hui à la retraite.  

Des soins sans rien pour soigner

En 2024, il est intervenu à deux reprises dans l’enclave palestinienne. En juillet, avec la Croix-Rouge, dans un hôpital de campagne monté à El-Mawasi, dans le sud de Gaza. Puis en décembre, dans le nord, à l’hôpital Al-Khidma, avec l’ONG PalMed. Il évoque des structures de soin réduites à des tentes, des bâtiments criblés d’impacts. « Deux étages de l’hôpital ont été soufflés. L’hygiène est catastrophique. La zone rouge, censée être protégée, est constamment bombardée. » Par manque de tout, c’est parfois sans anesthésie que les chirurgiens doivent opérer désormais. 

"j’ai été dévasté par moments”, a confié à la salle le chirurgien "dans l'enfer de Gaza", Yacine Haffaf (photo Région Réunion).

Il décrit une population assiégée, traquée : « Le ciel, la mer, la terre : tout est fermé. Même en mer, les vedettes militaires empêchent les bateaux de dépasser cinq mètres. C’est un piège à poissons. Une prison. Un cimetière à ciel fermé. » Pour le médecin, "à un moment il faut témoigner", décrivant les "drones et les avions qui bombardent en zone rouge où sont massés des gens qui espèrent être à l'abri".

Lire par ailleurs : De Bellepierre à Gaza : le combat humanitaire de Yacine Haffaf

« Je vis avec ça depuis 44 ans "

La conférence a été ouverte par la présidente de Région, Huguette Bello. Elle a salué « le travail extraordinaire du docteur Haffaf et de tous les humanitaires ». L’élue dénonce une « immense tragédie » et une « politique d’apartheid et d’épuration ». « Ce n’est pas une guerre, c’est un massacre. Nous devons porter la voix des peuples opprimés », a-t-elle affirmé, en réitérant son soutien au peuple palestinien.

Manal Chourafa, franco-palestinienne et membre du collectif Réunion Palestine, a livré un témoignage poignant : « Mon père a dû fuir Jaffa en 1948. Nous vivons hors-sol depuis. Nos terres ont été volées, nos proches massacrés, notre dignité piétinée. Ce n’est pas un accident. C’est un plan. Un crime. Une stratégie d’effacement (...) Je vis avec ça depuis 44 ans, mon père depuis 77 ans et il a 79 ans".
Face à la salle, elle lance un appel : « Allez-vous encore regarder ailleurs ? Dire que la cause est compliquée ? Ou allez-vous agir ? Je vous demande de vous tenir du côté de la justice. Que La Réunion devienne un territoire de solidarité active. Vive La Réunion et vive la Palestine libre

Huguette Bello a dénoncé une « politique d’apartheid et d’épuration » (photo Région Réunion).

“Pas le peuple israélien, Netanyahou”

La députée Karine Lebon intervient pour préciser que cette colère “ne vise pas le peuple israélien, dont beaucoup sont vent debout contre la politique de Netanyahou ».

A son tour, le médecin appelle chacun à “se lever contre ce qui se passe à Gaza, à participer aux manifestations, à s’insurger contre cette situation”. Pour le docteur Haffaf, la situation actuelle dépasse le seul cadre gazaoui : « Cette guerre va changer la donne sur le plan du droit international. Si les textes signés à Genève après la Seconde Guerre mondiale deviennent caducs, il n’y aura plus rien pour nous protéger. »

Pour lui et beaucoup d’autres, la mobilisation prendra la forme de la flottille internationale baptisée Global Sumud Flotilla, qui doit prendre la mer dans les prochaines semaines pour tenter de briser le blocus imposé à Gaza. La flottille devrait se composer de 50 à 100 bateaux “représentant 40 pays, avec à bord des journalistes et des personnalités”, indique le chirurgien qui sera au départ avec l’association Waves of freedom France.Objectif : acheminer de l’aide humanitaire, mais aussi dénoncer le silence international.

Waves of Freedom

Pas de soutien direct de la Région

Huguette Bello a annoncé qu’une Réunionnaise pourrait embarquer dans cette flottille.Selon nos informations, il pourrait s’agir de Pauline Lauret, récemment élue présidente de l’Union des Femmes Réunionnaises (UFR). 

Interrogée sur un possible soutien direct de la Région, la présidente réfute, en rappelant que les questions d’affaires étrangères “relèvent du Quai d’Orsay, nous c’est le militantisme, la Région ne peut pas intervenir directement et mettre l’argent des Réunionnais”. Elle renvoie la balle à l’Etat, “qui doit s’occuper de cela et il est bien lent à agir, après les déclarations de reconnaissance de l’Etat palestinien, nous attendons que les Etats occidentaux agissent plus fermement”.

Les deux étages supérieurs d'un des hôpitaux où le médecin est intervenu ont été détruits par un missile.

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