Un an après Garance, les ravines de Saint-Denis placées sous vidéosurveillance

Depuis le passage du cyclone Garance en février dernier, la Cinor a engagé environ 1,9 million d’euros de travaux pour garantir le bon fonctionnement de ses systèmes d’endiguement. Lesquels sont en cours d’équipement de caméras de vidéosurveillance, pour prévenir de tout débordement.
Les images des flots d’eau emportant tout sur leur passage et traversant des quartiers entiers de Saint-Denis ont marqué les esprits et endeuillé La Réunion (5 morts). Mais les pluviométries très élevées enregistrées ce funeste 28 février 2025 (433 mm d’eau en 6 heures dans les hauteurs de la commune) n’expliquent pas tout : en l’absence de plan de curage des ravines, des énormes galets ont été emportés par les eaux, jusqu’à obstruer les parties endiguées de certains chenaux de la ville, occasionnant des débordements et des inondations.
Pas partout : la ravine Patate à Durand a plutôt bien résisté. Son endiguement a été réalisé dans les années 1980, après le passage du cyclone Hyacinthe au tout début de la décennie, occasionnant d’importantes inondations dans le quartier de Sainte-Clotilde.
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« Patate à Durand, son comportement a très bien fonctionné pendant Garance, pour la simple raison qu'en amont de l'endiguement se trouve une grande fosse à matériaux, qui permet de faire tampon. C’est ce qu’on appelle un piège à galets, pour éviter que tout ne descende pas et ne vienne pas bloquer les endiguements », explique Yoland Savrimoutou, DGA de la Cinor en charge du pôle Transition écologique.
350.000 tonnes de matériaux piégées en amont de Patate à Durand
Preuve de son efficacité, le piège à galets avait capturé près de 350.000 mètres cubes de matériaux après le passage de Garance. Pour l’intercommunalité du Nord, qui a hérité de la compétence de l’entretien des ouvrages endigués dans le cadre de la Gemapi (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) instaurée à partir de 2018 par des lois de décentralisation, le remplissage du piège signifiait la nécessité de le vider au plus vite, afin qu’il puisse être de nouveau fonctionnel.

La collectivité a accordé une concession à la société de concassage Teralta, lui permettant de collecter les rochers dans la fosse à matériaux pour les revaloriser sur son site du Port, avant de les réinjecter dans la filière du BTP. Un modèle d'économie circulaire.
Dans les semaines qui ont suivi Garance, la Cinor a engagé 700.000 euros de travaux immédiats. Des chantiers qui ont consisté à dégager les blocs restant dans les chenaux, enlever la végétation et effectuer les réparations urgentes sur les structures en béton endommagées.
Des travaux ciblés sur 9 cours d'eau
Concernant les travaux qualifiés d’urgents, ceux considérés comme devant être achevés avant la fin de l’année 2025, l’intercommunalité du Nord (Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne) a passé une convention avec l’État afin de se partager les interventions ciblées sur 9 cours d’eau.
Il s'agit d'opérations de curage des ravines en amont des parties endiguées, consistant à enlever les blocs gênants et à conforter les berges. « On vient reconstituer le lit de la ravine. On essaie de faire un pavage, de façon que cela ne reparte pas au moindre flux d'eau », précise Yoland Savrimoutou, en indiquant que la Cinor avait rempli dans les délais sa part de contrat, pour un coût de 1,2 million d’euros (dont environ 400 000 euros d'aides de l’État).

La collectivité avait en charge les ravines Montplaisir, Laverdure, la Source, Khâ-Khâ et la rivière des Pluies, tandis que l’État devait s‘occuper des ravines Butor, Foutaque, la Glacière, du ruisseau Emmanuel (Sainte-Suzanne) et d’une autre portion de la rivière des Pluies.
Des roches brisées par explosif dans la ravine la Glacière
L’une des interventions les plus sensibles est prévue dans les prochains jours, en fonction des conditions météorologiques. Après une phase d’élagage entamée le 12 janvier, elle consiste à la fracturation de blocs rocheux à l’aide d’explosifs dans la ravine la Glacière, au-dessus du quartier de la Providence.
Sollicitée par Zinfos974, la direction de l’Environnement (DEAL), qui supervise l’opération confiée à une entreprise privée, explique que ces blocs rocheux ont été identifiés comme pouvant modifier la trajectoire des écoulements, même lors de faibles crues, avec un possible impact sur les berges déjà fragilisées. Le site ne permettant pas le passage d’une pelle hydraulique, c’est le choix de la fracturation des rochers qui a été retenue.
Autre innovation technique, celle-là à l’initiative de la Cinor : la pose de caméras de vidéosurveillance sur les parties endiguées des ravines, qui représentent un linéaire de 40 km. Un marché d’appel d’offres a été attribué en ce sens en décembre dernier, mais la Cinor a, sans attendre, déjà fait installer des caméras sur la ravine Butor, dont le débordement lors de Garance avait notamment failli coûter la vie à des habitants de la résidence Carricubes.
Les riverains des ravines responsables de l'entretien des berges
Ces caméras, alimentées par énergie photovoltaïque, permettront de visualiser en direct la montée des eaux dans les parties endiguées, pour éventuellement déclencher des alertes et inciter la population à se mettre à l’abri à l’étage de leur logement, où à se rendre dans un centre d’hébergement. Le dispositif de vidéosurveillance sera complété par des marquages sur les murs indiquant la hauteur de l'eau.

Interrogée sur les mesures d’information et de prévention à l’attention du public, notamment les personnes habitant au bord de ravines, la Cinor rapporte avoir tenté, sans réel succès, de sensibiliser des riverains pour qu’ils deviennent des « sentinelles » en charge de prévenir leurs voisins et la collectivité en cas de danger.
Faute de disposer de médiateurs sur le terrain, le service Gemapi de la Cinor, qui compte 8 personnes, s’en remet aux deux nouveaux PAPI (Programme d’action de prévention contre les inondations) votés en décembre dernier pour Saint-Denis et Sainte-Marie d’une part, et Sainte-Suzanne et Saint-André d’autre part.
Pour rappel, l’entretien des berges des ravines incombe aux riverains, propriétaires privés y compris. Dans le quartier de la Providence, certains habitants dont le jardin ou la fenêtre d’appartement donnent sur la ravine Butor ont ainsi dû mettre la main à la poche, parfois via leur syndicat de copropriété, pour engager des travaux de renforcement de leur berge. Sous peine de craindre de voir leur logement dévasté ou emporté par la prochaine grosse crue cyclonique.




