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Un agriculteur témoigne: "Pour faire de l’agriculture biologique à La Réunion, il faut avoir la foi!"

Au pays de la canne à sucre, tout n’est pas rose pour les agriculteurs qui ont choisi de cultiver le bio. Rencontre avec l’un de ces rares irréductibles à la Saline, sur son exploitation.
Ecrit par zinfos974 – le mercredi 11 juillet 2018 à 17H24
Pour Xavier Hennebelle, agriculteur biologique, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Comme le cyclone Fakir, qui a récemment impacté ses champs, son choix est accompagné des vents violents du retour à la réalité. Sans langue de bois, il se livre et n’hésite pas à critiquer le système.

"L’agriculture traditionnelle m’a rendu malade"

Il s’est tourné vers l’agriculture biologique, non pas par choix mais par nécessité. "J’ai commencé par avoir des problèmes de santé, qui ont eu un impact irréversible. J’en suis venu à la conclusion flagrante que l’agriculture conventionnelle arrivait à bout de souffle.

Je faisais également face à un dilemme éthique: Je ne pouvais pas donner à mes clients en confiance des légumes et des fruits pleins des mêmes produits qui me rendaient malade. Forcément, en bout de cycle c’était les consommateurs que cela pouvait rendre malades. Je n’avais plus aucun plaisir et j’ai changé mon mode de production", se souvient-il.

"Pour moi, les subventions, c’est de la poudre de perlimpinpin"

C’est donc avec un certain idéalisme que l’agriculteur se lance dans la filière biologique. Depuis, il reconnait, "des déboires, il y en a eu, des échecs également, on s’est pris pas mal de gamelles. Cela s’est fait dans la douleur."

Et pour cause, en pleine terre sacrée de la canne à sucre, il se heurte très vite à une différence entre les discours officiels et la réalité du terrain. "Pour moi, les subventions, c’est de la poudre de perlimpinpin. Les Mesures Agro-Environnementales vouées à aider les agriculteurs pour les inciter à produire mieux et différemment ne sont pas au point. On me doit 18.000 euros depuis 2015!

Je ne travaille pas pour avoir des aides. Je travaille pour avoir un prix de vente qui soit correct, une rémunération honnête et renforcer mon outil de production pour que je puisse me passer des aides. Et non pas être totalement au crochet des aides de l’état."

"Pour faire de l’agriculture biologique à La Réunion, il faut avoir la foi !"

Xavier Hennebelle fait face, et avoue que son activité ne lui permet pas de vivre. Il dénonce un manque de volonté et de courage des institutions. "Je me pose des questions mais quand on voit qu’au niveau de la Chambre d’Agriculture de La Réunion, il n’y a qu’une personne dédiée au bio, l’explication est simple. Pour faire de l’agriculture biologique à La Réunion, il faut avoir la foi!" ironise-t-il.

Aujourd’hui, il a pu continuer grâce au soutien de ses consommateurs. Après Fakir, il a traversé une période très difficile financièrement. Aucune aide immédiate des pouvoirs publics, manque de réactivité, "on a eu la chance d’avoir eu du soutien, et même des gens qui nous ont prêté de l’argent. Quand les banques n’ont pas suivi, ils ont mis la main à la poche et nous ont avancé de la trésorerie, que nous leur avons remboursé en légumes" se souvient l’agriculteur.

"Que le Préfet mette en place des quotas d’importation pour les fruits et légumes"

Aux intempéries vient s’ajouter la conjecture particulière de notre île. À l’heure de "l’autonomie énergétique" ou de "l’auto-suffisance alimentaire", l’agriculteur doit faire face à la concurrence déloyale de l’importation. Il soulève plusieurs questions. "Pourquoi par exemple les grossistes importent autant d’agrumes en pleine saison de production? Pourquoi ne sont-ils pas plus fortement taxés à l’importation pour que l’on arrive à un équilibre?

Pourquoi sommes nous à égalité avec l’importation en termes de tarif? Quand on est en période de production, priorité à l’agriculture locale, on bloque l’importation. Il faudrait simplement que le Préfet mette des quotas.

En plus, aujourd’hui, on demande aux agriculteurs locaux de ne plus utiliser certaines molécules et d’avoir une bonne traçabilité mais on les laisse passer sur des produits d’importation. Il faut vraiment se poser les bonnes questions…" conclut Xavier Hennebelle.

Découvrez le mode de production alternatif de l’agriculture biologique dans cette vidéo:

 

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