Trois-Bassins : La peine maximale pour le père de famille qui détenait 30.000 fichiers pédopornographiques

Au total, ce sont 30.000 fichiers pédopornographiques qui ont été retrouvés par l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) lors de la perquisition en février 2022. Ces enquêteurs, experts en cybertechnique et rodés dans les façons de mener un interrogatoire, ont reçu le signalement concernant Gwendal C, père de famille, expert géomètre, résidant à Trois Bassins, en décembre 2021.
L'homme de 38 ans à ce moment-là consulte, exporte des images pédopornographiques et discute avec d'autres pédophiles sur le darknet. Lors de ces discussions, il noue le contact avec un homme qui se trouve être en réalité un policier australien habilité à faire de l'infiltration sur Internet. Gwendal s'obstine à vouloir une photo de la prétendue fille de son interlocuteur. Ce dernier lui promet finalement de lui envoyer des images de sa fille si lui-même en fait autant. Gwendal s'exécute et envoie une photo de la partie intime de sa propre fille alors âgée de neuf ans. Le policier australien infiltré envoie directement son signalement à l'OCRVP en décembre 2021. Le profil de l'expert géomètre accroche aux radars de l'OCRVP qui traite pourtant des dizaines de milliers de dossiers.
L'enquête se poursuit à distance dans les méandres du darknet, mais aussi sur place. Quelques semaines plus tard, le 14 février 2022, trois officiers de police judiciaire de l'OCRVP, basée à Nanterre, se déplacent directement à La Réunion et procèdent à l'interpellation de Gwendal. Le matériel informatique du géomètre calé en informatique est saisi. Sa garde à vue dure trois jours. Présenté à un juge d'instruction, le trentenaire est mis en examen pour exportation, détention et diffusion d'images pédopornographiques. Gwendal C., casier judiciaire vierge jusqu'à présent, passe un an en prison le temps de l'instruction avant d'être placé sous contrôle judiciaire. Un non-lieu est aussi prononcé quant à sa mise en examen pour viol et agression sexuelle incestueuse.
Procès à huis clos
L'homme depuis retourné dans l'Hexagone est venu spécialement ce mardi répondre aux questions de la justice. Face à l'abominable, la présidente demande finalement un procès à huis clos. Les vidéos retrouvées dans l'ordinateur du prévenu sont insoutenables.
Son ex-femme et sa fille n'ont pas fait le déplacement, mais sur le banc des parties civiles se trouvent la famille d'une amie de sa fille. Gwendal C. est également accusé d'avoir récupéré dans le téléphone de sa femme les photos de l'enfant qui posait avec sa fille.
Pour ces anciens amis de la famille, les extraits des vidéos sont insupportables. Larmes aux yeux, ils préfèrent quitter la salle d'audience du tribunal correctionnel de Saint-Pierre. À leur sortie, passant les lourdes portes du tribunal, les cris de douleur et d'effroi provenant des vidéos d'enfants abusés s'échappent quelques secondes.
Une consommation addictive
Le délibéré tombe au terme de plusieurs heures de débats restés confinés dans le prétoire. Gwendal C. est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. Il écope de la peine maximale de cinq ans de prison ferme et à l'interdiction définitive d'exercer des activités en lien avec des enfants. Son autorité parentale lui a aussi été retirée. “Une peine sévère au vu du nombre de vidéos et d'un début de passage à l'acte. Vous avez baissé le pantalon et la culotte de votre fille pour prendre des photos”, lui explique le tribunal. Durant les cinq ans de suivi socio-judiciaire prononcés, il devra également se soigner. Son nom est désormais inscrit au fichier des délinquants sexuels. Une peine prononcée avec exécution provisoire. L'homme retournera derrière les barreaux dès son retour dans l'Hexagone.
Si le prévenu reconnait les faits, il n'explique toujours pas son passage à l'acte sur sa fille, indique à la sortie du procès, Me Ingrid Blameble, conseil de l'ex-compagne du condamné et de sa fille. L'homme consommait derrière son écran des contenus mettant en scène des violences exercées sur des enfants, et cela, de manière addictive. Une plongée de plus en plus abominable dans un monde qui n'est que virtuel, a-t-il expliqué, refusant de croire qu'il pourrait faire du mal à sa fille. Me Nathalie Pothin, également conseil de la partie civile, retient l'expertise psychologique qui évoquait “la dangerosité modérée” du père de famille quant à son éventuelle réinsertion dans la société.
Pour l'avocat de la défense, Me Nicolas Normand, la peine maximale infligée à son client est "une décision aberrante”. La robe noire compte faire appel.


