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Tribune de Frédérique Welmant : Manifeste pour les femmes réunionnaises

Ecrit par Frédérique Welmant – le dimanche 23 mars 2025 à 18H46

Ce 20 mars 2025, le Sénat a adopté une proposition de loi historique visant à réhabiliter les femmes condamnées pour avortement avant la loi Veil de 1975. Cette décision marque un pas de géant vers la reconnaissance des injustices passées infligées à ces femmes. Le vote unanime reflète une volonté collective de reconnaître les souffrances subies par celles qui ont osé contrôler leur corps dans un contexte répressif. Cette loi est un acte de justice pour les milliers de femmes qui ont vécu dans la honte et le silence.

Je me réjouis de cette victoire historique pour les droits des femmes alors que le Sénat réhabilite enfin celles jugées et humiliées pour avoir osé contrôler leur propre corps avant la loi Veil de 1975.

 Je me réjouis que ce vote brise enfin l’omerta sur ces milliers de condamnées dont les corps furent traités comme des crimes sous un régime répressif qui hantait encore leurs dossiers judiciaires. 

Je me réjouis que leur dignité soit enfin reconnue, elles qui furent punies pour avoir refusé de sacrifier leur autonomie à un système patriarcal. 

Je me réjouis que cette loi brise un demi-siècle de silence imposé à des milliers de femmes, forcées de risquer leur vie dans des avortements clandestins sous le joug d’une législation répressive.

Je dénonce les conséquences de ces lois obscurantistes : avortements réalisés à l’aiguille à tricoter ou au permanganate, infections mortelles, stérilité, et une honte institutionnalisée.

Je sais que cette précarité insulaire aggrave les risques sanitaires et perpétue une violence systémique là où la République devrait protéger.

En tant que femme engagée aux côtés des Réunionnaises, je rends hommage à deux élues qui ont porté la voix des femmes réunionnaises jusqu'à l'Assemblée Nationale et le Sénat : Huguette Bello et Anne-Marie Payet. Huguette Bello, première députée de La Réunion en 1997, a marqué l'histoire en brisant les barrières pour les femmes dans la politique réunionnaise. Anne-Marie Payet, sénatrice de La Réunion, a continué ce combat en portant les préoccupations des femmes réunionnaises au Sénat, notamment en votant pour l'inscription de l'IVG dans la Constitution.

Leur travail a contribué à une meilleure représentation politique et à une sensibilisation accrue en améliorant l'accès à la santé reproductive et renforçant l'égalité des chances pour les Réunionnaises. Bien que la situation à La Réunion présente des défis, ces femmes ont montré que l'engagement politique peut être un levier puissant pour améliorer la vie des Réunionnaises.

Ce combat pour les droits des femmes réunionnaises est également porté par des intellectuels réunionnais, des artistes engagés, des associations, des relais d'opinion et par des hommes et des femmes qui dans l'ombre œuvrent pour cette cause au quotidien.

Je sais que cette avancée majeure par la reconnaissance des droits des femmes à disposer de leur corps dans l’illégalité avant la loi Veil de 1975 encourage à porter les combats actuels des Réunionnaises, notamment :

  • Violences sexistes : briser l’omerta d’une île championne de France des féminicides
    Avec 14,6 victimes de violences conjugales pour 1.000 femmes (2ᵉ rang national) et +77% de violences sexuelles depuis 2019, chaque jour 12 Réunionnaises osent porter plainte – mais combien se taisent encore par peur ou honte ;
  • Égalité salariale : 97 centimes/heure volés, 1.630€/an de manque à gagner
    Les Réunionnaises gagnent 7% de moins que les hommes, écart qui bondit à -17% chez les cadres. Pire : 61% des mères célibataires vivent sous le seuil de pauvreté, condamnées aux débrouilles ;
  • Santé reproductive : 60% des IVG hors hôpital, un droit mais une précarité réelle
    Malgré des délais d’accès parmi les plus courts de France (6 jours), le taux d’IVG y est double de la métropole, avec 5% de mineures concernées – symptôme criant du manque d’éducation sexuelle ;
  • Parité politique : 4 femmes maires sur 24 communes
    Les lois sur la parité masquent l’apartheid des postes clés : 0 femme à la tête des intercommunalités ou chambres consulaires, 19% seulement de dirigeantes dans les grandes entreprises.

Ces chiffres ne sont pas des données statistiques : ce sont des visages. Chaque pourcentage représente une ouvrière du CHU, une brodeuse de Cilaos, une artisane de paniers en vacoa à Saint-Joseph, une agricultrice bio à Saint-Leu ou une lycéenne de Saint-Louis réinventant le maloya contre les féminicides…

Je suis convaincue que l’émancipation collective ne s’écrit pas contre les hommes, mais avec eux, car le patriarcat emprisonne tous les genres. Je crois en des alliés masculins conscients, capables de dénoncer les privilèges toxiques et de bâtir des ponts entre nos expériences. Je refuse la division stérile : c’est en co-construction que nous déconstruirons les stéréotypes, des pères élevant des fils féministes aux collègues défendant l’équité salariale. Je vois dans cette alliance une responsabilité partagée : libérer les femmes, c’est aussi libérer les hommes des carcans de la virilité imposée. Ensemble, nous ferons de l’égalité un chantier commun, pas une frontière. Car l’humanité n’a qu’un camp : celui où chaque individu respire libre, au-delà des genres. 

Je conclus par une déclaration dans laquelle je souhaite formuler l’esprit de résistance des femmes réunionnaises : « Notre voix est notre arme, notre culture notre force, nos différences notre choix » 

Cette voix, c’est celle de Maya Kamaty chantant « Mon maloya n’est pas un folklore, c’est un cri contre le silence imposé ». Cette culture, c'est celle d’Huguette Bello ou de Anne Marie Payet qui ont fait de l’histoire réunionnaise une arme contre l’oubli. Cette force, c’est celle des mères célibataires organisant des débrouilles solidaires pour payer les frais scolaires, ou des infirmières du CHU dénonçant les retards dans les prises en charge IVG.

J’assume ce choix dans ce métissage de toutes couleurs, nos corps ne sont pas des territoires à conquérir, mais des océans à libérer, où chaque fil unique de nos différences tisse un tissu de résistance et d’égalité, qu’il convient d’achever.

Etiquettes : Frédérique Welmant

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