Trésor de la Buse : le Service régional de l'archéologie a fait des prélèvements dans la ravine à Malheur

Aux Seychelles, à Maurice ou à La Réunion, la folle quête du trésor rêvé de la Buse n'en finit plus d'accaparer les passionnés de l'âge d'or de la piraterie dans l'océan Indien. Si de nombreux spécialistes mettent en doute la possibilité d'un butin caché, issu du pillage de la Vierge du Cap survenu le 20 avril 1721 en rade de Saint-Denis, le mythe d'Olivier Levasseur continue de produire des émules, trois siècles après sa pendaison à Saint-Paul.
Sur la côte ouest de l'île Maurice, à Albion, les autorités mauriciennes semblent ainsi enclines à engager des fouilles sur un site découvert par de simples randonneurs. « Le problème, c'est que s'il y a bien un point sur lequel s'accordent tous les historiens, c'est qu'Olivier Levasseur n'a jamais remis les pieds à Maurice après le pillage de la Vierge du Cap. Ni aux Seychelles ou à Rodrigues, d'ailleurs », commente Cyrille Lougnon, auteur du livre « Olivier Levasseur dit La Buse, piraterie et contrebande sur la route des Indes au XVIIIè siècle » (Riveneuve, 38 euros).
Le petit-fils d'Albert Lougnon croit cependant dur comme fer en l'existence du trésor de la Buse. Il affirme même en avoir trouvé la cache, dans la ravine à Malheur à La Possession, en s'appuyant sur le fameux cryptogramme qu'aurait jeté le pirate à la foule venue assister à sa mort. De nombreux scientifiques estiment que le document est un faux grossier, imaginé au XXè siècle.
Selon nos informations, la responsable du Service régional de l'archéologie Virginie Motte, accompagnée pour l'occasion d'autres représentants de la Direction des affaires culturelles (Dac) dont la directrice Marie-Jo Lo-Thong, a récemment effectué une visite officielle d'inspection du cairn décrit par Cyrille Lougnon à la ravine à Malheur, plus de dix ans après qu'il ait signalé le site aux services de l’État. L'archéologue de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) Thierry Cornec figurait aussi parmi la délégation.
Déterminer s'il y a eu une activité humaine sur le site
Mais la visite sur site n'aurait absolument pas convaincu le Service régional de l'archéologie de l'existence d'une potentielle cache pirate, selon les premiers échanges ayant filtré. « Je suis surpris de l'apprendre, je n'ai pas eu de contact avec la Dac depuis la visite sur place et je ne pense pas que les résultats des analyses soient déjà connus », commente Cyrille Lougnon, en précisant que l'inspection s'est déroulée le 31 mai.
Sa théorie pourrait se résumer ainsi : durant les trois jours qui ont suivi le pillage du navire portugais la Vierge du Cap, considéré comme le plus gros coup de l'histoire de la piraterie, la Buse et ses complices auraient planqué une partie du butin sous un amas de roches, le fameux cairn, lesquelles auraient été scellées avec de la chaux. Cyrille Lougnon affirme avoir déjà vérifié par des analyses la présence de chaux sur certaines pierres. Il ajoute que la Dac a effectué ses propres prélèvements, qui ont été envoyés à Lyon pour analyse afin de déterminer s'il y a bien eu une activité humaine sur le site. Et si oui, à quelle période.
« La visite s'est bien déroulée, même si malheureusement le site a été dégradé depuis mes interventions médiatiques », indique Cyrille Lougnon. « On a passé six heures ensemble. Ils ont dit qu'ils n'y croyaient pas du tout, que c'était tiré par les cheveux. Mais je leur ai dit que trouver de la chaux dans un tel contexte, c'est totalement inhabituel. Je leur ai dit : faites vous-mêmes vos carottages, vous allez trouver de la chaux et vous serez fixés sur le caractère anthropique du site. Et si vous avez une meilleure explication que moi, c'est bien. »
Pour Cyrille Lougnon, l'angoisse que le site ne soit pas fouillé par la Dac, donc abandonné aux mains mal intentionnées de certains chercheurs de trésor, semble prédominer. « Ce sont des fouilles de sauvegarde, à mes yeux. Si c'est un trésor historique, c'est revendiqué par l’État français et moi, je n'aurai aucun droit. Ce serait extraordinaire pour La Réunion, c'est pour ça que je le fais », confie-t-il.
Sollicité par Zinfos974, le Service régional de l'archéologie n'a pas été en mesure de nous répondre en raison de l'interdiction de communication observée en période de réserve pré-électorale, laquelle a été prolongée suite à la dissolution de l'Assemblée nationale.


