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« L’histoire de la Buse est assez emblématique de la carrière d’un pirate de l’époque »

Si le mythe réunionnais du trésor de la Buse se nourrit depuis plusieurs décennies des nombreuses annonces, jamais confirmées, de découverte d'une potentielle cache secrète, Charles-Mézence Briseul estime qu'il faut rompre avec la coutume de la chasse au trésor et privilégier une archéologie de la piraterie. L'auteur de « La Buse, la biographie du plus grand pirate français » souligne par ailleurs que les rares éléments tangibles disponibles témoignent des difficultés financières du marin calaisien après le célèbre pillage de la Vierge du Cap.

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 19 mai 2024 à 06H58
Charles-Mézence Briseul a édité de nombreux ouvrages sur le célèbre pirate la Buse.

« Les pirates ne parlent pas de trésor : ils parlent de butin, d’argent. Le trésor, c’est déjà une construction. » Pour Charles-Mézence Briseul, créateur de la maison d’édition Feuille Songe, le mythe du trésor caché de la Buse s’est construit sur l’imaginaire collectif, surfant sur le succès des romans d’aventure du 19è siècle popularisés par Robert Louis Stevenson, ou s’incarnant grâce à la forte personnalité des chercheurs de trésor réunionnais comme Joseph « Bibique » Tipveau ou Emmanuel Mezino.

De fait, la légende du trésor de la Buse prend naissance en 1934 dans le livre de Charles de la Roncière « Le flibustier mystérieux, histoire d’un trésor caché », qui divulgue un supposé cryptogramme attribué à la Buse dont la véracité est jugée très douteuse par de nombreux spécialistes, dont Charles-Mézence Briseul.

« Ma théorie est que le trésor de pirate est une invention littéraire. On a Stevenson avec L’île au trésor, le mythe du trésor caché, et on a cette nouvelle incroyable, le Scarabée d’or d’Edgar Allan Poe, qui prend l’histoire d’un corsaire devenu pirate à Madagascar et rajoute cette histoire de code secret, avec un message crypté. Il apporte cette dose d’imaginaire, cela donne une sorte de quête du Graal un peu moderne », avance l’âme de Feuille Songe.

338 millions d’euros de butin sur la Vierge du Cap

Auteur de « La Buse, la biographie du plus grand pirate français » (Feuille Songe, 166 pages, 18 euros), Charles-Mézence Briseul s’est passionné pour le parcours du marin calaisien Olivier Levasseur, pendu à Bourbon en 1730, après avoir découvert la piraterie au travers des rêveries de Jules Hermann.

« Je me suis attaché à faire la réédition de ses Révélations du Grand océan. Il avait aussi écrit un livre sur l’histoire de La Réunion qui s’appelle Colonisation de l’île Bourbon, qui est assez incroyable, je trouve. Et dedans, il parlait des pirates. Plus tard, j’ai lu la bédé Île Bourbon 1730, d’Appollo et Trondheim. Quand j’ai vu qu’il n’y avait pas de biographie qui avait été écrite sur la Buse, je me suis lancé dans des recherches. J’ai trouvé pas mal de choses sur la partie Caraïbes, qui étaient plus dans les archives anglaises à partir de 1716, donc j’ai pu retracer son parcours », relate celui qui est aussi éditeur de la fameuse maison de poésie Corridor Bleu.

« L’histoire de la Buse est assez emblématique de la carrière d’un pirate de l’époque, bien qu’assez exceptionnelle parce que très longue malgré tout. Il a eu beaucoup de prises parce qu’il a fait les trois grands théâtres – Caraïbes, Afrique et océan Indien -, dont celle de la Vierge du Cap, qui est une énorme prise », cadre Charles-Mézence Briseul, qui a évalué à environ 338 millions de nos euros actuels le butin volé en 1721 sur le vaisseau portugais, ancré près de Saint-Denis en raison d’une avarie.

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Une somme considérable, mais une fortune chanceuse dont ne semblera pas devoir profiter Olivier Levasseur. La suite du destin de la Buse sera en effet marquée par des revers, des humiliations et des petits métiers qui lui permettent de vivre à Madagascar, où il tente de se faire oublier après le coup retentissant de la Vierge de Cap.

Alors que son compagnon d’aventures John Taylor semble avoir pu accumuler suffisamment de richesses pour négocier son amnistie auprès de l’Espagne, Olivier Levasseur ne donne pas le sentiment de mener grand train de vie. Quand le gouverneur de Bourbon tente de le convaincre de revenir dans l’île, avec l’espoir de récupérer la couronne volée au comte d’Eiricera pour la restituer au Portugal, la Buse refuse la proposition d’amnistie.

« On a une lettre de lui où il dit : je n’ai pas assez d’argent, je ne vais pas venir à Bourbon avec si peu d’esclaves. C’est une lettre connue, Vaxelaire l’avait déjà trouvée en son temps », observe Charles-Mézence Briseul, qui ne croit pas la théorie selon laquelle la Buse aurait pu cacher un trésor à Bourbon, durant les trois jours qu’il y a passé après l’épisode de la Vierge du Cap.

« C’est de l’argent sale et il n’a pas le même prix que l’argent propre »

« On a le récit d’un prisonnier qui était à bord du bateau de la Buse, il est dit qu’ils restent trois jours à Bourbon, qu’ils font la fête, donc qu’ils dépensent un peu de l’argent du pillage, et ensuite il est dit qu’ils vont sur l’île de Sainte-Marie à Madagascar partager l’essentiel du butin et qu’ils font de nouveau la fête », fait valoir l’auteur de la biographie.

« C’est de l’argent sale et il n’a pas le même prix que l’argent propre », ajoute-t-il, pour rappeler que les butins des pirates étaient souvent difficiles à écouler. Voire bradés pour acheter des vivres, de l’eau et s’offrir femmes et alcool. « Enterrer un butin, pourquoi pas, mais alors on le fait là où on vit. Si vraiment il l’avait caché à Bourbon, quand il est revenu en 1730 il aurait eu quelque chose à négocier. Même si on a perdu l’intégralité des documents de son procès , il a été interrogé, voire torturé, et pourtant il ne dit rien. »

Pour Charles-Mézence Briseul, si des butins de pirates subsistent, ce serait donc plutôt à Madagascar. Ce qui ne l’empêche pas de publier plusieurs ouvrages sur le sujet, comme le récent « Trésors pirates de l’île Bourbon » de Pierre Brial (Feuille Songe, 176 pages, 22 euros), un livre qui « recense toutes les roches gravées » découvertes sur notre île.

« En fait il ne s’agit pas de chercher un trésor, mais il s’agirait plutôt de faire de l’archéologue de la piraterie, sur terre et plus encore en mer. A La Réunion, c’est difficile parce que souvent les roches gravées sont enlevées, déplacées, mutilées ou volées et c’est un vrai problème. Il arrive parfois que certains chercheurs amateurs utilisent de la dynamite », soulève Charles-Mézence Briseul qui plaide, comme d’autres, pour la création d’un musée de la Piraterie « dans une île où il y a beaucoup de descendants de forbans comme les Clain, Robert ou Adam et où il y a des traces, des événements historiques. »

Graffiti en hommage à la Buse à Saint-Paul.

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