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Trafic de stupéfiants : « La cocaïne n’est plus l’apanage des gens festifs et fortunés »

Ce n'est pas une, mais deux mules qui comparaissaient ce vendredi devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour avoir transporté de la cocaïne "in corpore", de Paris à La Réunion. Si les douaniers ont toujours du flair, leur interpellation s'est avérée quelque peu cocasse.

Ecrit par Régis Labrousse – le mardi 28 mai 2024 à 06H42

La consommation de cocaïne à La Réunion est devenue ces dernières années un véritable fléau que les autorités tentent d’endiguer avec les moyens qui sont les leurs. Au premier plan, les services des douanes portent une attention particulière au phénomène des mules qui sont un maillon essentiel du transport de cocaïne.

Le 10 avril dernier, l’attention des douaniers se porte sur un jeune homme qui indique voyager seul et n’avoir rien à déclarer. Derrière lui, un deuxième jeune passager qui lui déclare être accompagné du premier qui sortait allègrement de la zone de contrôle. Alertés par cet état de fait, les agents rattrapent le premier passager et décident d’un contrôle plus approfondi des deux passagers. Ce choix s’avère payant puisqu’ils transportaient respectivement 127 et 129 grammes de cocaïne « in corpore », dissimulés dans des ovules.

Les deux jeunes sont d’abord placés en garde à vue puis jugés ce vendredi dans le cadre de la comparution immédiate. Les deux jeunes sont âgés d’à peine 18 ans et, comme toujours, indiquent avoir fait cela pour l’argent. Ils viennent tous deux de Guyane où ils ont vécu toute leur jeunesse. Là où le bât blesse, c’est que le premier est déjà en récidive pour des faits identiques. Il a été condamné à 9 mois de prison sous bracelet électronique le 28 mars dernier pour un transport de 250 grammes de cocaïne. Il se fait reprendre la main dans le sac le 10 avril à son arrivée à La Réunion alors que son bracelet n’est toujours pas mis en place. « J’ai fait ça pour payer les frais d’avocats de mon premier procès« , explique-t-il au tribunal.

Lors de cette audience, on apprend également que la drogue est pure à 85%, conférant une possibilité de coupe d’au moins 8 fois, sachant qu’un gramme à la vente comporte environ 10% de cocaïne. Comme l’indiquent les services des douanes, « l’impact du narcotrafic est en constante augmentation. Au 15 avril, nous avons déjà intercepté 9 mules dont 6 ‘in corpore’ pour un total de 6,6 kilos. Le mois prochain, nous aurons atteint et dépassé les chiffres de 2023. Leurs réponses confuses ont entrainé le contrôle qui a mené à la découverte de 256 gammes ‘in corpore’ pour un montant de 38.400 euros si on considère le gramme à 150 euros à la revente à La Réunion« , indique l’agent des douanes au tribunal.

 

« La cocaïne n’est plus l’apanage des gens festifs et fortunés »

 

« Pour ce type de faits, la jurisprudence à La Réunion est sévère voire très sévère« , enchaine ensuite la procureure de la République, qui ajoute, « qu’il y a une part active de ce trafic qui est assurée par les transporteurs alors que les trafiquants acceptent la perte de quelques mules ». Pour la magistrate, « la cocaïne n’est plus l’apanage des gens festifs et fortunés ». « Il faut tenter coûte que coûte d’endiguer ce fléau qui pourrit La Réunion », conclut le parquet qui requiert 5 ans et 6 ans de prison à l’encontre des deux jeunes apprentis transporteurs et une interdiction de séjour sur l’île de 5 ans, ainsi que leur maintien en détention.

« Il convient de s’interroger, car il ne suffit pas de le placer en détention pour 6 ans« , répond la défense du récidiviste. Et de poursuivre : « C’est un jeune à peine majeur qui décide de se mettre hors la loi alors qu’il est déjà en récidive. Ils sont de plus en plus jeunes et appâtés par des réseaux sans scrupules. Ce n’est pas lui qui doit servir d’exemple« , plaide la robe noire qui demande une peine moins sévère. « On peut avoir pitié pour ces deux pieds nickelés du trafic de stups, il faut un peu d’humanité dans ce dossier. La jurisprudence de ce tribunal est de 2 à 3 ans pour 129 grammes. J’implore une peine moins sévère, car il n’a pas de casier », plaide l’avocat du second, qui conclut, « c’est encore un enfant« .

Après délibération, le récidiviste est condamné à 4 ans de prison dont deux avec sursis probatoire tandis que son comparse écope de 3 ans dont 18 mois avec sursis. À leur sortie de détention, il leur est fait interdiction de paraître à La Réunion pendant 5 ans et obligation de travailler. Ils devront également s’acquitter conjointement de l’amende douanière prononcée par le tribunal, équivalente à la valeur de la marchandise illicite de 38.400 euros.

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