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Trafic de drogue : les chiffres stupéfiants des saisies douanières à l’aéroport Roland Garros

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 12 décembre 2025 à 18H22

48 « mules » interceptées, 498.000 euros en liquide et 228 kilos de drogue saisis… Ces trois chiffres, livrés à l’occasion de la présentation du bilan annuel de l’activité des douanes à La Réunion, confirment la montée en puissance du trafic de produits stupéfiants dans l’île. Une plaie que les autorités gardent l’espoir d’enrayer pour empêcher les groupes criminels de s’enraciner sur le sol réunionnais.

Année après année, le bilan de l’activité des douanes à La Réunion confirme la progression significative des quantités de drogue qui entrent dans l’île. Car personne n’est dupe : l’explosion du nombre de « mules » interceptées et des quantités de drogue et d’argent saisies témoignent d’un trafic en pleine essor.

L’année s’achève dans une quinzaine de jours et, déjà, les douaniers ont arrêté 48 « mules » contre 22 en 2024. En début de semaine encore, ce sont les gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis qui ont d’initiative interpellé une « mule » à la sortie de l’aéroport Roland Garros à la faveur d’un tuyau. Un tuyau de première main puisqu’elle était chargée comme une mule - c’est le cas de le dire - transportant pas moins de 8 kilos de cocaïne et 30 kilos de résine de cannabis.

48 « mules », 31 kg de cocaïne et 183 kg de résine de cannabis

Le troupeau de « mules » grandissant au fil des ans, il est logique que les quantités de drogue augmentent proportionnellement. Ainsi, les douanes ont saisi 183 kilos de résine de cannabis, 31 kg de cocaïne, 6,5 kg d’ecstasy et 8 kg de cathinones au fil de l’année 2025. Si la résine marque un peu le pas au regard des 375 kilos confisqués l’an passé, il faut noter que l’herbe de cannabis en provenance d’Asie fait une entrée remarquée cette année avec deux saisies consécutives.

Lire aussi: Cocaïne: pourquoi La Réunion devient une terre convoitée par les trafiquants

Un phénomène nouveau puisque les quantités passent de 8 kilos en 2024 à 57 kg en 2025. La cocaïne n’est pas en reste, loin s’en faut, puisque les saisies passent de 39 à 43 kilos. L’ecstasy reste à peu près constante avec la découverte de 40 kilos contre 46 l’an passé. Les quantités saisies varient selon les portes d’entrées qu’elles soient aériennes, postales ou maritimes.

70% des saisies de drogue à Roland Garros

A ce propos, le mode opératoire a quelque peu évolué puisque le couloir aérien est désormais la voie royale empruntée par les trafiquants. L’aérien dépasse d’une tête la voie postale avec 70% des saisies de drogue. 296 kilos cette année contre 112 kg l’an passé. A l’inverse, les quantités saisies dans le fret postal passent de 323 kilos à 144 kilos.

Indubitablement, les contrôles opérés sur les colis sont payants. Et les « mules », chair à canon des trafiquants, sont prisées. Peut-être parce qu’elles sont la garantie d’une livraison plus rapide. Sans doute aussi parce qu’il reste aisé de les noyer dans la masse des passagers débarquant à La Réunion, sachant que le trafic fait état de 2.648.748 passagers ayant mis le pied à La Réunion en 2024.

498.000 euros en cash

L’autre avantage des « mules » est qu’elles se composent majoritairement de petites mains low-cost et qu’il est facile le cas échéant de pousser des leurres dans les bras des douaniers pour mieux en faire passer d’autres. Comme le trafic de drogue est lucratif à La Réunion avec des prix de revente au gramme prohibitif par rapport à l’hexagone sans parler de ceux qui se pratiquent aux Antilles, les gains engrangés sont mirifiques. La conséquence est que les commanditaires, généralement ancrés en région parisienne, doivent faire revenir l’argent à eux.

C’est ainsi que les douanes ont intercepté pas moins de 498.000 euros en liquide cette année. Certes, cet argent sale n’est pas systématiquement lié à la revente de la drogue mais la tendance est là. Des « mules » d’argent ont d’ailleurs été arrêtées au départ de l’aéroport Roland Garros avec des sommes faramineuses sur elles.

14 tonnes de tabac

A titre d’exemple, trois jeunes femmes ont été contrôlées avec 172.310 euros, 22.245 euros et 83.740 euros dans le courant de l’année 2025. Il n’en demeure pas moins qu’une grosse part de l’argent de la drogue échappe aux douanes en transitant par des banques en ligne, pas toujours regardantes sur l’origine des flux financiers.

Mis à part la drogue, les douanes ont confisqué une tonne de tabac de contrebande à l’aéroport. L’essentiel des saisies se font dans les conteneurs avec un total de 14,7 tonnes dont une quantité record de 11,5 tonnes opérée le 22 septembre dernier. Idem pour les articles contrefaits au nombre de 360.000 en 2025 dont 1.000 découverts à l’aéroport pour une valeur marchande de 96.600 euros.

Des contrefaçons et même des œufs de gallinacés

On y trouve pêle-mêle des jouets, des casques de moto, des jeux, de la nourriture, de la vanille, des parfums non conformes aux normes européennes, non homologués ou relevant de la contrefaçon pure et dure de marques prestigieuses. Au titre des produits inattendus, les douaniers ont saisi 424 œufs de poules et de pintades conformément à l’interdiction d’introduction d’espèces extérieures afin de préserver le patrimoine naturel de l’île.

Pour faire face au défi qui les attend, les douanes vont être dotées sous peu d’un camion-scanner de basses fréquences permettant de sonder les entrailles des conteneurs. Les deux maîtres-chiens en place sur l’île, l’un spécialisé dans la détection de drogue et l’autre dans celle du tabac et des billets de banque, doivent être prochainement renforcés d’un troisième binôme.

La guerre perdue aux Antilles, une bataille à gagner à La Réunion

Sans compter la livraison en mars 2024 de nouveaux locaux, notamment équipés d’une salle de ciblage permettant d’analyser des données en vue de procéder au repérage de passagers et de conteneurs de fret potentiellement suspects.

Reste que ces moyens humains et techniques demeurent insuffisants pour avoir une chance d’enrayer l’importation de produits illicites, en particulier de la drogue. Et ce n’est pas les douaniers engagés sur le terrain qui vous diront le contraire. Quant à la campagne d’affichage « Fais pas ta tête de mule », pondue par la préfecture pour dissuader les passeuses de croupir en prison, il n’est pas certain qu’elle soit d’un grand secours pour enrayer un phénomène déjà traité en long et en large dans les médias. Tout cela est bien dommage pour La Réunion quand on sait que l’Etat a déjà perdu la guerre face aux réseaux criminels qui gangrènent les Antilles et qui rongent l’Hexagone jusque dans ses campagnes.

Etiquettes : Douane

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