Thérèse Baillif: "Trop peu de femmes ont accès aux postes à responsabilité"

Thérèse Baillif est infatigable. Il y a quelques décennies, elle était à l’initiative de l’AMAFAR,(association des maisons de la famille à La Réunion). Elle avait réuni autour d’elle, des bénévoles et des professionnels de l’écoute pour favoriser l’épanouissement des femmes, des hommes, des enfants au sein de leur famille. Cette structure est devenue depuis, une référence, un point d’accueil et d’écoute à Saint-Denis.
Actuellement, elle développe les actions du CEVIF (collectif pour l’élimination des violences intrafamiliales). Un mouvement qui réunit l’ensemble des associations réunionnaises en lien avec la famille. Le CEVIF mène des actions pour une société sans violence donc davantage d’humanité et respectueuse des droits de la personne. Thérèse Baillif a accepté de répondre aux questions de zinfos.
Pensez-vous que la journée de la femme a encore sa raison d’être ?
Personnellement oui. Quand bien même les femmes ont obtenu des droits civils et citoyens, il y a encore des comportements, des situations inadmissibles. Trop peu de femmes ont accès aux postes à responsabilités dans le monde économique et politique. L’égalité et la parité sont encore loin devant nous. Cette journée n’est pas suffisante face aux injustices, aux discriminations insupportables que subissent les femmes.
Que répondrez-vous à une jeune femme qui a comme projet de vie de se marier, de faire des enfants et surtout ne pas travailler ?
J’ai un profond respect pour chacune d’entre elles. La prise de décision est intime et personnelle. J’ai l’occasion de par mes activités associatives de rencontrer des femmes impliquées dans des situations épouvantables. Parfois même violentées et battues. Lorsqu’elles me disent qu’elles ne sont pas disposées à quitter leur conjoint, je mène un dialogue pour faire comprendre à ces femmes que les coups et la violence ne sont pas dignes de l’existence. Les femmes les plus vulnérables sont hélas sans travail, sans formation. Elles deviennent facilement des proies et se sentent piégées. Il faut prendre le temps pour dialoguer, rassurer et trouver des solutions.
Je dirais à une femme qui souhaite s’investir dans sa vie de couple d’assurer ses arrières, d’avoir une formation solide. Il faut donner aux enfants l’image de parents capables de les aider, de les accompagner sur les rails de la vie.
Est-ce que l’homoparentalité est une nouvelle forme de famille ?
Pour moi, une famille est composée de parents et d’enfants. Ce débat fait actuellement polémique. Les scientifiques et les spécialistes des enfants n’ont pas eu assez de recul pour étudier les conséquences, les comportements des enfants qui ont vécu avec deux parents du même sexe. Aujourd’hui, un célibataire peut adopter d’une manière officielle un enfant. Ce n’est pas écrit sur son front si cette personne est homosexuelle. Il y a aussi un phénomène qui se répand actuellement, des hommes, des femmes qui sont mariés et ont des enfants, décident de vivre leur homosexualité. Pour l’instant ce problème est trop récent pour, il n’y a pas assez de recul sur cette nouvelle sphère familiale. C’est l’arrivée d’un enfant qui forme la famille. Pour moi, un enfant a besoin d’une image masculine et féminine pour construire son identité.
Avez-vous du faire des choix entre enfants et carrière ?
Je n’ai pas eu de choix à faire. Le partage des tâches des obligations familiales, le travail, tout cela n’était pas facile à l’époque pour une femme. J’ai moi aussi fait des erreurs comme tous parents. J’ai dû renoncer aux études supérieures par la suite je me suis rattrapée dans l’engagement associatif.
Qu’est ce que vous voudriez transmettre à vos imaginaires petites-filles ?
Nous sommes dans une société qui attend trop de l’autre, de l’Etat. Les valeurs fondamentales : le goût de l’effort, le sens des responsabilités sont essentiels pour avancer dans la vie. Je dirais à mes petits-enfants, de ne pas brûler les étapes. L’expérience n’est pas une chose transmissible. Bien sûr il y a des modèles mais chacun d’entre nous est unique et a besoin de faire sa propre expérience. Nos enfants ne sont pas comme nous, ils ont d’autres aspirations.


