Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

"Super Nanny - Super Nénène"!

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 14 octobre 2016 à 11H20

En début de semaine dernière, La Réunion toute entière a vibré aux rythmes d'un épisode inédit né de la diffusion d'une vidéo en direct sur facebook où l'on pouvait découvrir une mère de famille infliger une sévère correction à son adolescent de 16 ans convoqué pour violence et vol aggravé au tribunal.
 
Dans un moment où la détresse se mêlait visiblement à l'impuissance, cette maman indique avoir fait le choix de rendre son acte public afin de créer un déclic chez son fils. Elle entendait également faire passer un message aux autres parents qui refusent de voir les défauts de leurs enfants et aux autres jeunes qui ont une influence néfaste sur son "marmaille"."L'entrainement camarade" est clairement pointé du doigt.
 
En quelques heures, le nombre de Réunionnais ayant visionné cette vidéo a explosé jusqu'à dépasser les 500 000 vues. Il est vrai qu’à l'heure de la société de consommation et de zapping, faire le buzz n'est pas si compliqué, surtout si on met en avant non pas ce qui va bien, mais ce qui va mal.
A cette diffusion virale sur les réseaux sociaux, se sont ajoutés les nombreuses reprises dans la presse et les abondants commentaires de la population sur les ondes des radios locales.
 
Ainsi, force est de constater que cette vidéo a parlé au coeur et au quotidien des Réunionnais qui se sont exprimés :
- soit pour défendre la maman qui a de plus été placée dans la foulée en garde à vue, nourrissant ainsi un sentiment d'incompréhension totale face à l'action judicaire,
-  soit pour a contrario l'incriminer pour son geste et/ou pour la médiatisation de son geste.
 
Aujourd'hui, il ne s'agit pas de venir passer au crible du jugement le comportement de la mère, celui de l'adolescent ou encore l'intervention judicaire.
 
D'ailleurs, l'évènement était suffisamment grave pour ne pas réagir à chaud et prendre le temps de la réflexion pour analyser en profondeur le cri d'alarme de cette maman et formuler des propositions. De fait, cette affaire qui née dans le monde virtuel de facebook ne se résume pas à un simple fait divers. Elle met en lumière des problématiques profondes de la société réunionnaise et d'un modèle familial en mutation.
 
En témoigne la quantité et le caractère passionné des commentaires! Tout s'est passé comme si cette vidéo faisait écho aux difficultés quotidiennes rencontrées par les mères de famille réunionnaises dans le cadre de l'éducation de leurs jeunes adolescents, a fortiori lorsqu'ils commencent à prendre le chemin de la délinquance.
 
S'agissait-il d'un fait isolé? Du sommet ou de la face cachée de l'iceberg?
Aucun élément chiffré ne nous permet à ce jour d'objectiver cette situation, sans relativiser ni caricaturer. Mais tout porte aujourd'hui à croire que le cas de Sylvia et d'Alfredo est loin d'être unique.
 
Combien de mamans se sont reconnues au travers de Sylvia? Combien se retrouvent désemparées entre les 4 murs de leurs maisons ? Combien ont peur pour leurs enfants et passent des nuits blanches d'inquiétude et de stress ? Combien en sont aussi parfois arrivées à avoir peur de leurs enfants et n'osent plus rien dire?

 

De même, combien d'adolescents déboussolés finissent par entrer dans le cercle vicieux de la délinquance sans que le système - qu'il soit familial, éducatif, judiciaire - ne trouve le bon levier pour créer le déclic et les remettre sur le droit chemin?
Et pour cause, le jeune Alfredo faisait déjà l'objet d'un placement judiciaire en foyer...
Les failles sont nombreuses : de la défaillance éducative à l'inefficacité judicaire, en passant par la désespérance familiale. Nous sommes indéniablement arrivés à la croisée des chemins :
- la place et la vision de l'éducation ont évolué au point de laisser petit à petit place à "l'enfant-roi" et à l'interdiction totale de tout châtiment corporel, y compris la fessée...
- les cellules familiales ont été bouleversées : démultiplication des divorces, essor de la monoparentalité (le plus souvent au féminin), essor des familles dites recomposées,...
- la sanction judiciaire ne fait plus peur et le passage en prison est de plus en plus brandi par une frange de notre jeunesse comme un trophée.
 
Le système français se doit lui aussi d'évoluer et d'apporter des réponses plus adaptées aux mutations de la société, tant sur le plan législatif qu'en matière de politiques publiques concrètes.
 
Des réponses efficaces existent aujourd'hui pour les jeunes et les parents en situation de réussite éducative. Mais quid en cas d'échec scolaire et/ou de déstructuration de la cellule familiale?
 
Le système français est à bout de souffle et à cette tendance insidieuse d'écarter l'échec de son équation...Les défaillances sont, à mon sens, trop souvent traitées de manière exclusivement curative, alors même qu'elles exigent davantage de prévention et surtout de l'innovation.
 
De même, la plupart mesures existantes en matière d'éducation et d'aide à la parentalité sont centrées soit sur l'enfant, soit sur le parent. Or, ne serait-il pas grand temps de penser nos outils de lutte contre la délinquance et notre arsenal éducatif sur un méthode véritablement préventive et à l'échelle même de la cellule familiale prise dans son ensemble ?
 
L'innovation qui a le vent en poupe dans le domaine économique, doit aussi pouvoir s'appliquer en matière sociale. Pourquoi n'oserions nous pas créer de manière expérimentale sur un territoire pilote une équipe de "Super Nanny - Super Nénène "?
 
Il ne s'agit pas de dupliquer purement et simplement le modèle médiatique de l'émission télévisée connue du grand public, mais bel et bien de s'en inspirer pour inventer un nouveau métier.
La super "Super Nanny" de la télévision a pour avantage de permettre l'irruption d'un professionnel reconnu au coeur du cercle familial, de manière à ce que cette immersion dans l'intimité familiale aboutisse à un diagnostic fin des origines des maux et à des propositions de correctifs adaptés.
La "Super Nanny - Super Nénène" que j'appelle de mes voeux fonctionnerait suivant le même principe, mais en dehors des médias et sur un public incluant aussi bien les tout-petits que les adolescents.  Son profil pourrait utilement être retravaillé avec l'ensemble des professionnels de l'action sociale, de l'éducation, de la prévention de la délinquance , de manière à pouvoir la positionner véritablement sur un métier innovant et porteur. Un cursus de formation adaptée devra parallèlement être conjointement défini.
 
Par ailleurs, au-delà de leurs interventions dans le foyer familial,  ces "Super Nanny - Super Nénène" pourraient aussi élire domicile dans des "maisons de coaching familial" où parents et enfants se retrouveraient simultanément pour réapprendre ensemble la place et le rôle de chacun pour prendre un nouveau départ.
 
Tout n'est pas permis! Ni pour le parent, ni pour l'enfant! Et encore moins pour la société et les pouvoirs publics ont le devoir de prendre à bras le corps ce chantier, en raisonnant non plus in abstracto, mais en partant des réalités de terrain que la vidéo de cette mère de famille a mis en exergue.
 
Osons faire sauter les verrous de nos carcans habituels en matière d'aide à la parentalité et de prévention de la délinquance! Lançons une expérimentation de ce projet d'innovation sociale à l'échelle d'un territoire pilote! Si les résultats sont probants, alors la démarche pourrait être généralisée... Et si d'aventure, l'expérience ne s'avérait pas concluante, nous aurons au moins eu le mérite d'avoir tenter autre chose. Comme di le proverbe : Pa kapab lé mort sans essayer!
 
Juliana M'DOIHOMA,
Adjointe au Maire de Saint-Louis
Conseillère Régional

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :