Suicide à la prison du Port: "Il y a des paramètres qu'on ne peut maîtriser"

Cyril Famatura, 24 ans, s'est suicidé quelques jours après son mariage et quelques mois avant sa remise en liberté, hier, à la maison d'arrêt du Port, provoquant l'incompréhension de la famille. Christian Noël, représentant syndical Forces Ouvrières Pénitentiaire, évoquait une éventuelle erreur au niveau administratif, et des raisons personnelles au détenu, mais estime que le personnel pénitentiaire n'est pas en cause. "Il était en cellule avec deux autres détenus et a refusé d'aller en promenade, ce qui était tout à fait son droit", expliquait-il. L'enquête se poursuit.
Ce suicide, c'est malheureusement l'occasion d'évoquer la hausse des suicides dans les prisons françaises : 122 en 2009 contre 115 en 2008. Un bilan qui a amené Michèle Alliot-Marie à proposer un plan gouvernemental, en août dernier. Celui-ci prévoit, entre autres mesures, la formation du personnel face aux détenus à risque, la distribution à chaque admission d'un "kit anti-suicide" comprenant des draps en papier par exemple, l'humanisation de l'univers carcéral, ou encore la nomination de "détenus de soutien" pour éviter le pire.
"Une prison n'est pas une école maternelle"
Pour Christian Noël, ces mesures sont bonnes et viennent s'ajouter aux évolutions de l'univers carcéral de ces dernières années. Il décrit : "Il y a déjà eu un adoucissement des méthodes en prison. Il n'y a plus de grosses fouilles, les rondes de nuit se font en silence pour ne pas réveiller les prisonniers". Il réclame aussi la généralisation du port du bracelet de surveillance pour tous les détenus ayant moins d'un an de peine à purger, dans le but d'alléger les maisons de détention.
Mais comment, pour le personnel, éviter le passage à l'acte ? Difficile, selon le syndicaliste, de "mettre un surveillant derrière chaque détenu". Il explique : "Une prison n'est pas une école maternelle, et certains détenus ne sont pas des enfants de chœur. Il y a des paramètres qu'on ne peut maîtriser". Christian Noël se plaint par ailleurs du "sous-effectif croissant", au centre de détention du Port, qui donne aux individus en fin de détention et en voie d'intégration un maximum de liberté. Ils sont trois surveillants pour 286 détenus.
Des cas différents selon chacun
De plus, le représentant de FO Pénitentiaire souhaiterait pouvoir n'accueillir qu'une, voire deux personnes, si souhaité, par cellule, "afin qu'ils puissent par exemple se balader en slip sans gêner ou être gêné, et sans pression de quiconque". La difficulté étant toujours que chaque cas est différent, puisque certains détenus ne sont pas laissés seuls dans une cellule pour justement éviter tout geste malheureux.
Le syndicaliste met également l'accent sur la difficulté de la tâche : "On fait de notre mieux pour connaître chaque prisonnier, dresser un portrait psychologique de chacun d'eux, mais certains se confient, d'autres non". Sans compter les soucis extérieurs que chaque personne rencontre. "Il y a beaucoup de trafic de drogue, d'armes, de téléphones portables, donc on ne sait pas tout. On essaie d'empêcher tout ça mais c'est difficile", avoue-t-il.
Des suicides en cellule, rares à la Réunion
Comparé à la France métropolitaine, qui détient le plus haut taux de suicide en prison de l'Europe de l'Ouest, la Réunion reste extrêmement peu touchée, avec moins d'un cas par an. A la prison du Port, la dernière pendaison remontait à 1997. On se souvient aussi de la tentative de suicide à la prison de Domenjod - la première - en avril dernier, ou encore, le suicide du "boucher de la Châtoire", en décembre 2007. "Il y a encore beaucoup de progrès à faire, mais qu'on nous donne les moyens ...", conclut Christian Noël.


