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St-Louis : "J'étais fière de m'être vengée des hommes qui m'ont fait du mal"

Une Saint-Louisienne a été jugée vendredi dernier pour des violences précédées d'une soirée à consommer des anxiolytiques avec une mineure. Un drame a été évité de peu. La prévenue au passé tragique s'en sort avec une condamnation à deux ans de prison, dont une année avec sursis.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le dimanche 6 août 2023 à 08H50

C'est un dossier atypique que le tribunal de Saint-Pierre a eu a traité en comparution immédiate vendredi dernier. Faits suffisamment rare pour être souligné, c'est une femme qui était jugée pour violences avec armes. Une histoire complexe où la difficulté pour les magistrats a été de démêler le vrai du faux en raison des versions contradictoires.

Tout commence le 12 juillet au soir. Julia*, 24 ans, est chez elle et voir arriver Olivia*, 16 ans. Cette dernière est en couple avec Brice*, 27 ans, mais elle veut mettre un terme à cette relation. Julia et Brice ont également eu une courte relation quelques mois plus tôt.

Julia est polytoxicomane et consomme de nombreuses drogues en plus de médicaments, qu'elle se fait prescrire par plusieurs médecins. Elle va prendre des médicaments et en donner à l'adolescente. Cette dernière mettra 3 jours à s'en remettre. De son côté, Julia, énervée en apprenant ce que Brice a fait subir à la jeune fille, va s'écharper avec son ex par textos. Ils se donnent rendez-vous le lendemain au marché couvert pour régler leur compte.

Un drame évité de peu

Mais le lendemain, l'adolescente est dans un état comateux en raison de la consommation des produits. Julia annule le "rendez-vous", mais promet à Brice de lui régler son compte dès qu'ils se recroiseront. Ce dernier, accompagné de plusieurs autres hommes dont chaque camp donne un nombre différends, débarque chez Julia.

Voyant cela, elle appelle les gendarmes pour avertir qu'elle va les "piquer" avec un couteau s'ils rentrent chez elle. Brice saute par-dessus la clôture, possiblement armé d'une matraque selon les versions, et Julia va l'affronter avec son couteau de cuisine. Dans la bagarre, elle parvient à lui planter la lame dans le ventre.

Les amis de Brice arrivent et, encore selon les versions, frappent la jeune femme qui parvient à s'enfermer chez elle. Elle rappelle les gendarmes pour dire qu'elle a effectivement poignardé l'intrus. Brice est transporté à l'hôpital et se voit prescrire 10 jours d'ITT.

Une vie de cauchemar

Face aux juges, Julia va reconnaître les faits et assumer son geste. "J'étais fière de m'être vengée des hommes qui m'ont fait du mal. J'ai la haine de tous les hommes qui frappent, de tous les hommes qui mentent et qui manipulent. Je veux venger toutes les femmes victimes de violences. Je voulais montrer aux hommes que je n'ai plus peur d'eux" lâche-t-elle aux juges.

Ces derniers vont longuement revenir sur le passé difficile de la jeune femme. Livrée à elle-même depuis qu'elle a 6 ans, elle a subi des agressions sexuelles de la part d'un ami de son père lorsqu'elle avait 8 ans. Entre 11 et 14 ans, elle se prostituait pour pouvoir se payer de quoi subvenir à ses addictions.

À cet âge-là, elle se met en couple avec celui qui deviendra le père de ses trois enfants. Elle accouche de son premier enfant à 16 ans et c'est à partir de là qu'elle va être victime de violences intrafamiliales durant plusieurs années. Elle parviendra à mettre un terme à cette relation lorsque l'homme va menacer les enfants. Ces derniers sont d'ailleurs tous placés, notamment puisqu'elle a commis des violences sur sa fille.

L'expertise psychiatrique de Julia va conclure qu'elle a une dangerosité avérée, mais qu'elle est curable et réadaptable. Le médecin va reconnaître l'altération du discernement au moment des faits. Il ordonne une injonction de soin pour ses addictions et ses traumatismes.

"Il ne faut pas la valider dans ce qu'elle croit : être une héroïne"

Ce triste tableau ne va pourtant pas attendrir la procureure. "Il ne faut pas que ce parcours, que cette vie traumatique, vienne annihiler les faits commis" argue la parquetière qui rappelle qu'au moment des faits, la prévenue avait rendez-vous au CHU de Saint-Denis où son dernier-né est placé en pouponnière.

"Il ne faut pas la valider dans ce qu'elle croit : être une héroïne face aux violences conjugales. Pour moi, c'est surtout un sentiment de danger public qui prédomine" insiste la représentante du ministère public avant de requérir une peine de trois ans de prison, dont deux avec un sursis probatoire. Elle demande également une obligation de soins psuchologies et addictologiques.

De quoi faire bondir Me Delphine Savigny qui défend Julia. "Oui, elle a commis des faits extrêmement graves, mais elle en a pris conscience. Elle aurait pu tuer cet homme. On a frôlé le pire, mais elle aussi a frôlé le pire. Ils arrivent à 3 ou 4, peut-être plus, en disant qu'ils vont lui casser les dents", souligne-t-elle.

"Elle a ce détachement avec la violence parce qu'elle n'a connu que ça. Elle s'est dit qu'elle va la protéger comme on ne l'a jamais protégée. C'est une victime depuis toujours. Je demande donc au tribunal de constater l'état de légitime défense et de prendre en compte l'expertise psychiatrique qui fait mention de l'altération du discernement" ajoute la robe noire.

Finalement, le tribunal va la condamner à une peine de 2 ans de prison, dont un an avec sursis. La partie ferme est aménageable sous surveillance électronique. Elle a interdiction de contact avec la victime et l'adolescente et l'obligation de suivre des soins pour ses addictions et ses traumatismes.

*Prénoms d'emprunt

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