Affaire du cadavre démembré à Ilet Coco : le procès du meurtrier de « Prison Break » s’ouvre ce matin

A compter de mercredi 7 octobre et pour trois jours, les jurés de la cour d’assises de Saint-Denis vont devoir se pencher sur une affaire particulièrement sordide qui avait eu pour théâtre la commune de Saint-Benoît, en janvier 2024. Celui du crime sauvage de Christelle Jean François, 29 ans, poignardée puis démembrée dans un appartement de la cité bénédictine « Prison Break », à Bras Fusil. Amir Madi Combo, un mécanicien de 33 ans, s’était ensuite débarrassé de son macabre fardeau au lieu-dit Ilet Coco.
L’enquête des gendarmes débute le jeudi 25 février 2024 en début d'après-midi quand des ouvriers agricoles de la "Plantation Mélissa", venus ramassé des fruits le long du chemin Danglas au lieu-dit Ilet Coco, font une découverte macabre dans une buse d'écoulement des eaux, sous le passage bétonné d'une petite ravine.
Alerté par une odeur insoutenable, ils se retrouvent en présence d'un corps de femme, démembré et enveloppé dans un drap. Assez vite, le lien est fait avec la disparition d’une jeune mère de famille de 29 ans. Christelle Jean François n’a plus donné signe de vie depuis le dimanche précédent où elle a quitté son domicile de la cité Flagrance pour se rendre aux abords de la gare routière de Saint-Benoît.
Elle aurait alors été aperçue pour la dernière fois dans la voiture d’un inconnu…

Les gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis et de la compagnie de Saint-Benoît s’attendent à une enquête de longue haleine car les indices sont minces. Mais contre toute attente, une piste se dessine dès le vendredi matin. Les enquêteurs sont troublés par un événement sans lien formel avec leur affaire qui s’est produit 48 heures avant la découverte macabre d’Ilet Coco.
L’étrange ballet nocturne d’un résident de « Prison Break »
Dans la journée du mardi 23 janvier, un habitant de la cité « Prison Break » à Saint-Benoît compose le 18 pour signaler un fait étrange au Codis. Il aurait aperçu furtivement le corps inanimé d'une femme en se rendant chez une connaissance.
Selon ses dires, elle reposait dans la baignoire de la salle de bain. Ses révélations sont prises avec des pincettes car le témoin est en proie à des hallucinations et en rupture de traitement médicamenteux. Les gendarmes de Saint-Benoît prennent donc attache par téléphone avec le locataire absent. Ils lui font comprendre vouloir s'assurer que personne n'est en danger chez lui.

Une bonne heure s'écoule avant que le locataire, Amir Madi Combo, rejoigne la patrouille de gendarmerie. La visite de l'appartement numéro 72 peut commencer. Les militaires font le tour des différentes pièces mais ils ne remarquent rien de suspect. Ou presque. Car si tout est bien rangé à l'intérieur, ils notent tout de même la présence de traces brunâtres pouvant être du sang à plusieurs endroits. Dans le salon, la chambre à coucher, la porte de la salle de bain et sur le matelas.
« C'est bizarre, tu sais, il y a une femme qui dort dans ta salle de bain...»
Amir Madi Combo ne se démonte pas. Il justifie leur présence par des plaies saignantes qu'il se fait dans le cadre de son emploi de mécanicien. Il précise même aux militaires être repassé chez lui avant de les recevoir pour se débarrassé d'un pot de zamal. D'autres vérifications confirment que le témoin qui a contacté les pompiers a régulièrement des hallucinations.
Rapidement auditionné à la brigade de gendarmerie, le mécanicien raconte que le témoin est passé à son appartement. Il est allé aux toilettes à cette occasion et il lui a dit avant de partir : « C'est bizarre, tu sais, il y a une femme qui dort dans ta salle de bain...» Peut-être une façon de le discréditer.
Le luminol révèle des traces de sang chez le mécanicien
C'est finalement à la lumière de l’énigme du corps démembré de Christelle Jean François, retrouvé le jeudi 25 janvier à Ilet Coco, que les enquêteurs décident de retourner à l’appartement occupé par le mécanicien de 33 ans. Un homme déjà connu des services d'enquête pour des affaires de violence et de stupéfiants. Le vendredi matin donc, les techniciens en identification criminelle entrent en scène à « Prison Break ».
Même si les lieux ont été nettoyés, ils mettent en évidence de nombreuses traces de sang en aspergeant du luminol. Il y a des projections de sang sur le sol et sur le matelas mais aussi sur le matelas de la chambre à coucher. La salle de bain n'a pas été épargnée. Les constatations semblent indiquer que la pièce d'eau a été utilisée pour dépecer la victime après qu’elle ait été poignardée au thorax, comme le révèle l’autopsie. Des traces de sang apparaissent dans la baignoire, dans le lavabo mais aussi dans une bassine et sur une serpillère.
Le suspect parle d’un litige financier en lien avec de la prostitution
Placé en garde à vue, Amir Madi Combo, alias « Kira », ne se fait pas prier pour passer aux aveux. En préambule, il s'inquiète de savoir s'il pourra « choisir sa prison ». Il reconnaît avoir tué Christelle Jean François dans le huis clos de son appartement.
Pour expliquer son geste, il précise qu'ils auraient convenu d'un rapport sexuel tarifé à 50 euros. Comme elle lui aurait réclamé trois à quatre fois plus que le montant prévu, une dispute fleurie d'insultes aurait éclaté entre eux. Ils en seraient venus aux mains. Il aurait répliqué à un coup de pied porté sur ses parties intimes par deux coups de poings au visage qui l'auraient mise KO. « J'ai lancé des coups. c'était noir dans ma tête. Je ne réfléchissais plus. Elle est tombée. J'ai vu qu'elle ne bougeait plus… »

Plus tard, il dira lui avoir porté un coup de couteau au niveau de la poitrine. Ayant compris que le témoin de passage chez lui avait probablement vu le corps dans la baignoire, il a décidé de s'en débarrassé le mardi 23 janvier en découpant les membres inférieurs et supérieurs parce qu'elle « était trop lourde » à porter.
Puis il s'est débarrassé de son macabre fardeau en deux temps. Il a déposé les bras et les jambes, répartis dans deux sacs poubelle, en se rendant à pied chemin Prevoisy à Bras Canot. Non loin de chez lui.
Des zones d'ombre restent à éclaircir
Le corps sera quant à lui transporté en voiture jusqu'à Ilet Coco puis déposé là où les ouvriers l'ont découvert 48 heures plus tard. A l'appui de ses dires, il a mené les enquêteurs jusqu'aux sacs poubelle ainsi qu'à Bassin Mangue où il a jeté le couteau à manche noir et les habits de Christelle Jean François. Sachant que les gendarmes s'étaient intéressés à lui, il nettoiera son appartement à grande eau dans la soirée.
A-t-il tout dit pour autant ? Pas sûr et ce sera tout l'enjeu du procès. D'abord parce que les causes exactes du décès restent incertaines. La mort serait-elle consécutive à des coups de poing ? A un coup de couteau ? Ou à une asphyxie mécanique comme le laisse entrevoir le rapport du légiste ? Mystère. Ensuite, parce que des empreintes digitales avec le sang de la victime ont été mises en évidence sur les murs de la chambre ou encore que des lésions de défense ont été relevés sur elle sans que cela colle avec la version livrée par Amir Madi Combo.


