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Soupçons de fraude électorale à l’Etang-Salé : Deux proches de l’ancien maire à la barre

Un nouveau volet des soupçons de fraude électorale durant les municipales de 2020 s'est joué ce mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Johnny Cadet et Jean-Marie Calpétard, deux chefs d'entreprise de l'Étang-Salé, se sont expliqués sur des faits de “sollicitation ou agrément de don ou promesse pour influencer un vote”. Les plaintes portées dans ce dossier par Jean-Claude Lacouture dans un premier temps puis par Mathieu Hoarau aboutissent finalement à une prescription de l'action publique.

Ecrit par Prisca Bigot – le mardi 19 mars 2024 à 19H52

Dans l’affaire de soupçons de fraude électorale lors des municipales de 2020 à l’Étang Salé, les quatre fonctionnaires et l’élue, relaxés en première instance, sont toujours en attente de la décision de la Cour d’appel. Ce mardi, c’est au tour de Johnny Cadet et Jean-Marie Calpétard de se retrouver à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Les deux hommes, chefs d’entreprise bien connus sur la place, sont suspectés d’avoir tenté d’influencer le vote de cette élection rocambolesque.

Pour mémoire, à l’issue du deuxième tour des municipales 2020, Jean-Claude Lacouture avait été annoncé vainqueur avec seulement une voix d’avance. Sur décision du Conseil d’état, l’élection a finalement été annulée et rejouée en février 2022.

Johnny Cadet, chef d’entreprise spécialisé dans le textile, est accusé d’avoir tenté implicitement d’influencer le vote de six personnes. Des électeurs qu’il connaissait pour certains et d’autres qu’il a contactés via Facebook. Tous sont des militants de Mathieu Hoarau, voire sur la sur la liste du jeune candidat. Dans des enregistrements remis par Jean-Claude Lacouture, qui a porté plainte en premier, mais aussi par Mathieu Hoarau par la suite, Johnny Cadet parle d’argent, d’emplois ou encore de marchés à gagner en votant pour le maire sortant. L’homme sort parfois le grand jeu pour tenter de convaincre, assurant détenir 45.000 euros et être chargé de distribuer cet argent à ceux qui en ont besoin. D’autant que Johnny Cadet assure à qui veut l’entendre qu’il a l’oreille attentive Jean-Marie Calpétard et de Jean-Claude Lacouture. Un coup de fil passé à l’élu en charge des voiries et le lendemain les encombrants sont enlevés et les nids de poule bouchés.

Enregistré par les deux clans

À la barre du tribunal correctionnel, Johnny Cadet se montre plutôt fuyant et livre des réponses alambiquées. “La jalousie sur sa réussite”, expliquerait selon lui qu’il ait été enregistré par les militants des deux camps. Le quinquagénaire a en réalité la réputation d’être un conteur de sornette. Il reconnait toutefois les faits pour lesquels il est poursuivi, expliquant l’avoir fait de sa propre initiative et par “vengeance” contre son cousin Mathieu Hoarau.

Néanmoins, 106 échanges téléphoniques ont été relevés entre Johnny Cadet et Jean-Marie Calpétard de février à juin 2020. Pour Jean-Marie Calpétard, soutien indéfectible du maire Jean-Claude Lacouture, Cadet est un ami avec qui il n’avait plus vraiment de contact jusqu’aux élections. En revanche, il n’a jamais donné de consigne et au contraire avait des remontées des militants qui disaient que l’entrepreneur nuisait à la campagne. “Après 30 ans de militantisme, c’est la première fois que je me retrouve devant un tribunal pour fraude électorale”, ne saisit pas sa présence à la barre le transporteur à la retraite de 70 ans.

Pour Me Alain Antoine, conseil de la commune portée partie civile, cette affaire est “une caricature du clientélisme, mais version pieds nickelés”.

Quatre mois de prison avec sursis, 2.500 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité ont été requis à l’encontre de Johnny Cadet.

Un “désastre judiciaire”

Le Parquet a demandé la relaxe pour Jean-Marie Calpetard, car les 106 échanges téléphoniques émis entre les deux prévenus ne viennent pas confirmer que des ordres ont été donnés par ce dernier. « Au pire, il s’agit d’une abstention coupable parce qu’il savait ce que faisait Johnny Cadet et n’a rien fait. Pour autant, on est responsable que de son propre fait« , motive son choix, le parquet.

Son client “s’est convaincu de son importance », plaide le bâtonnier Thierry Gangate pour la défense de Johnny Cadet. “Une volonté de poursuivre tout et n’importe qui” dans ce “désastre judiciaire”, pointe également la robe noire qui remet en cause la “rigueur “du parquet.

Quant à Jean-Marie Calpétard, il n’est pas “le n°2 de l’Etang-Salé, pas sur la liste ni directeur de campagne” souligne son avocat Me Sébastien Navarro, “un entrepreneur connu mais pas un décideur politique et pas un faiseur de roi”.

Les deux avocats n’ont pas obtenu la relaxe, mais le tribunal a finalement décidé de la fin des poursuites en raison de la prescription de l’action publique.

 

 

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