SOS Solitude trouve "les mots pour parler des maux"

"Notre rôle est de libérer la parole, analyser les choses qui se passent en chaque personne", raconte Noémie, écoutante depuis trois ans à SOS Solitude. La trentaine d'écoutants - bénévoles - de l'association fait de son mieux pour recevoir les appels de toutes les personnes en difficulté qui font la démarche de composer le 0800 100 925. "Certains réguliers appellent trois à quatre fois par semaine, à heures fixes", témoigne une autre écoutante. Ce qui ne fait que montrer le besoin criant de ces gens de parler à quelqu'un, pour se délester du poids de leurs soucis.
Le thème choisi cette année, "Suicide et opinions", avait pour but de discuter de ce que représente le suicide dans l'opinion générale, quels en sont les signes précurseurs, et bien évidemment comment le prévenir et l'éviter. Dans l'hémicycle du Palais de la source ce matin, une centaine de personnes écoutait ce que chacun avait à proposer pour améliorer la situation à la Réunion : médecins psychiatres, membres des services sociaux, intervenants du 115, représentants religieux, tous avaient aujourd'hui répondu présent à la table ronde de SOS Solitude.
Former des "sentinelles"
"Resensibiliser l'opinion publique et regrouper les observateurs de la société réunionnaise, que ce soient les médecins, les acteurs sociaux ou les meneurs de culte et avoir leur vision de la société pour mettre en place une meilleure prévention", voilà l'objectif de la rencontre selon Frédérique Jonah, présidente de SOS Solitude. "Les chiffres sont alarmants, prévient-elle, et ils permettent de réfléchir encore plus au problème, de former des sentinelles parmi les citoyens, pour que chacun soit conscient des signes avant-coureur de mal-être".
Noémie, écoutante, explique : "Il s'agissait de réunir tous ceux qui ont à faire à la souffrance psychique". Cette souffrance doit être considérée, selon elle, car "souvent les gens ont besoin d'exprimer leur souffrance, s'ils trouvent les mots pour parler des maux, ça peut les soulager". Leur rôle, aux écoutants, est bien entendu d'écouter, d'être une oreille disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour "les sortir d'un moment de souffrance intense".
10.127 morts par suicide en 2007
Les motifs d'appels sont nombreux. Des situations de séparation ou des actes de violence, des échecs professionnels, des soucis d'avenir ou familiaux. En plus de son rôle d'écoute, SOS Solitude a aussi un rôle informatif. "Lorsque nous faisons face à des appels à l'aide de femmes victimes de violence, nous les aidons à se sortir de là en faisant les démarches nécessaires", assure Noémie.
En 2007, les morts par suicide s'élevaient à 10.127, pour la France, Réunion incluse, contre 10.500 en 2006. Quant aux tentatives de suicide, on en constatait 175.000 en 2006 et 195.000 en 2007, un chiffre en augmentation...
Un écoutant joignable 24h/24
Créée en 1985, SOS Solitude se compose d'écoutants anonymes joignables tour à tour 24 heures sur 24, au 0800 100 925 (gratuit depuis un poste fixe). Noémie, bénévole, précise quand même qu'ils "ne sont pas seuls face à la souffrance des autres", puisque chaque mois, une "supervision avec un psychologue" permet d'échanger et de parler de ce qui les a marqué ou touché. D'ailleurs, l'association souhaiterait accueillir plus de bénévoles.
Pour le devenir, il suffit de s'adresser à l'association, qui vous fera passer un test d'écoute. Mais avant tout, "il faut avoir de l'empathie, un sentiment de solidarité pour ceux dans la souffrance", complète Noémie. Plus simplement, chacun peut observer autour de lui et être attentif aux signes d'angoisse et de détresse de ses proches. "Ces signes dépendent de chacun, tout le monde a des comportements différents et les facteurs sont nombreux et varient selon les personnes", conclut Frédérique Jonah.


