Sidaction : "L'importance de la famille", le témoignage de Wilson Martial

Rares sont les séropositifs qui témoignent librement de leur vie et de leur maladie. C'est le choix qu'a pourtant fait Jean Wilson Martial, un réunionnais installé depuis une dizaine d'années à Lyon [(lire ici).]url:http://www.zinfos974.com/Sida-Temoignage-de-Wilson-Martial-malade-depuis-deux-ans_a34791.html?preview=1 Depuis quelque temps déjà, la maladie s'est déclarée chez lui, rongeant à petit feu un système immunitaire qui l'abandonne à la merci de maladies opportunistes qui finiront par le tuer. Les jours de Wilson sont comptés, il le sait, d'autant qu'il a pris la décision d'arrêter la trithérapie censée ralentir la progression de la maladie. "La thérapie avait des conséquences trop lourdes. Je n'y arrivais plus, j'avais des nausées, de violents maux de tête. J'ai décidé de stopper le traitement".
Aujourd'hui le jeune homme de 27 ans vit sa vie comme elle vient et investit les quelques forces qui lui restent à "témoigner en toute liberté et à visage découvert pour sensibiliser les gens sur ce fléau et essayer de balayer les préjugés." Dernièrement de nombreux articles et reportages lui ont été consacrés, notamment sur les chaînes publiques dans le cadre du Sidaction.
L'importance de la famille
Évidemment, Wilson n'oublie jamais de rappeler l'impérieuse nécessité de se "protéger en utilisant des préservatifs" et de "faire les tests de dépistage, gratuits et anonymes" rappelle-t-il. "Le virus meurt à l'air libre. Ce n'est pas en embrassant quelqu'un, en le prenant dans ses bras ou parce qu'il s'est assis sur la même chaise que vous qu'il sera contaminé" explique t-il. Les préjugés, le sentiment de ne pas être accepté lorsqu'on révèle sa maladie à ses proches, Wilson en connaît un rayon sur le sujet. Comment vivre avec cette maladie, l'importance de la famille", ces problématiques l'affectent quotidiennement. Sans revendication ou esprit de revanche, il témoigne des changements qui ont bouleversé sa vie lorsqu'il a avoué sa maladie à ses proches et plus particulièrement à ses parents. Depuis bientôt trois ans la communication entre eux est quasiment inexistante, une épreuve de plus...
"Adam et Eve, pas Adam et Yves"
Sa démarche consistant à assumer ouvertement celui qu'il est, William Martiale ne la regrette pas. "Je suis homosexuel. Ma vie est pour moi. Je ne veux pas mentir. J'assume ma sexualité car je considère que ce n'est pas un tare". Malheureusement pour lui, les idées préconçues sur ce sujet sont encore particulièrement présentes à la Réunion. "Un jour, alors que j'étais de retour dans ma famille à la Réunion, mon oncle a dit que j'étais revenu pour contaminer tout le monde. Mon père n'a pas réagi, je ne me suis pas senti protéger par la cellule familiale. Je ne me sentais pas accepté(...) Mon père m'a ouvertement dit que j'avais le VIH parce que j'étais homosexuel". Cette incompréhension, Wilson l'explique par le "poids des traditions et de la civilisation" et notamment la place de la religion dans la société réunionnaise. "Dans la bible, c'est Adam et Eve, pas Adam et Yves. Les normes se figent en fonction de la majorité" lance-t-il. Malgré ce regard critique, le jeune homme ne jette pas la pierre à l'église, au contraire : "J'ai voulu devenir prêtre et l'église m'a beaucoup apporté depuis que je suis malade. (...) Parmi tous les prêtres que j'ai rencontrés, je n'ai jamais été jugé pour ma sexualité" reconnaît-il.
Plus facile en métropole ?
Selon lui, l'église propose d'ailleurs une distinction entre "les tendances homosexuelles et les actes homosexuels." Comme beaucoup, Wilson Martial a préféré, malgré tout, vivre cette vie en métropole. "C'est peut-être plus facile en métropole, c'est plus grand. A la Réunion, ils vivent leur sexualité cachés. Parfois des parents ne savent pas que leur fils de 45 ans est homosexuel. Moi je ne voulais pas faire semblant." Il regrette néanmoins de ne pas avoir ce soutien de ses parents, même malgré la distance. Au stade de sa maladie, les séjours à l'hôpital se multiplient. Pour lui, il est particulièrement difficile, "après une intervention lourde à l'hôpital, de ne pas avoir un coup de fil de la Réunion."


