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Selon le Washington Post, le Rassemblement national serait un agent du Kremlin

Le Washington Post, un journal réputé pour le sérieux de ses enquêtes, a publié le samedi 30 décembre un article très documenté sur les liens troubles existant entre le Kremlin et le parti de Marine Le Pen. Il en ressort que la Russie mènerait une entreprise de subversion en France, dans laquelle le parti présidé par Jordan Bardella jouerait un rôle primordial, à en croire les documents consultés par le quotidien américain et les interviews qu'il a réalisées. Selon le WP, Marine Le Pen et plusieurs hauts responsables de son parti s'aligneraient sur les éléments de langage délivrés par le Kremlin et le journal laisse entendre que ce serait la contrepartie du soutien financier apporté par Vladimir Poutine au Rassemblement national lors de la dernière présidentielle. Pour appuyer ses affirmations, le Washington Post passe en revue les positions pro-russes de plusieurs très proches de Marine Le Pen.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mardi 2 janvier 2024 à 09H42

L'article du Washington Post examine tout d'abord les efforts déployés par Jean-Luc Schaffhauser, ancien membre du Parlement européen affilié au parti de Marine Le Pen en France, pour promouvoir l'influence russe en Europe occidentale.

Jean-Luc Schaffhauser aiderait le Kremlin à prendre le pouvoir dans plusieurs pays européens

Schaffhauser travaille activement à l'élaboration de plans visant à propulser des politiciens favorables à Moscou au pouvoir dans plusieurs pays européens. Ces efforts s'inscrivent dans une vision à long terme visant à forger une alliance entre la Russie et l'Europe, bien que les perspectives de cette alliance aient été sérieusement compromises par l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022.

Schaffhauser considère que le moment est venu de réaliser cette vision, en profitant notamment de la contre-offensive de Kiev qui montre des signes de faiblesse et de la crise économique qui frappe de nombreux pays européens, ainsi que de la montée des mouvements populistes d'extrême droite. Il estime que tous les gouvernements d'Europe occidentale doivent être changés pour permettre à la Russie de prendre le leadership dans la région.

Thierry Mariani, connu pour sa grande proximité idéologique et politique avec la Russie

Le Washington Post pointe également du doigt la position pro-russe de Thierry Mariani, l'une des voix les plus marquantes du Rassemblement national et membre du Parlement européen qui a été pointé du doigt par la commission d'enquête parlementaire pour sa "grande proximité idéologique et politique" avec les autorités russes. Le rapport souligne en particulier sa direction de l'Association pour le dialogue franco-russe, un groupe de réflexion parisien fondé par le gouvernement russe qui, selon l'enquête, est depuis longtemps une plaque tournante pour la promotion des vues du Kremlin.

Le rapport remet également en question les fréquentes visites de Mariani en Russie et son rôle d’observateur électoral entérinant les votes illégaux organisés par les séparatistes soutenus par Moscou en 2018 dans la région du Donbass, à l’est de l’Ukraine. Le rapport souligne également qu'il a dirigé des délégations du Rassemblement national en Crimée, la péninsule ukrainienne illégalement annexée par la Russie en 2014. À propos de ces visites, mais sans citer de noms, Nicolas Lerner, alors chef du renseignement intérieur français, a déclaré à l'enquête : "Certains élus entretiennent clairement des relations clandestines avec les services de renseignement [russes].”

La Russie a entrepris de déstabiliser la France

L'article révèle que la Russie a intensifié ses efforts pour saper le soutien français à l'Ukraine, en utilisant une stratégie de propagande secrète en Europe occidentale. Des documents du Kremlin, obtenus par un service de sécurité européen et examinés par le Washington Post, détaillent les tactiques utilisées par la Russie pour promouvoir la discorde politique en France. Sergei Kiriyenko, premier chef de cabinet adjoint de l'administration du président Vladimir Poutine, a confié aux stratèges politiques du Kremlin la mission de déstabiliser la France en utilisant les médias sociaux et en influençant des personnalités politiques, des leaders d'opinion et des activistes français. L'objectif de Moscou est de saper le soutien à l'Ukraine et d'affaiblir la détermination de l'OTAN.

Les documents du Kremlin indiquent que les points de discussion à promouvoir comprennent l'argument selon lequel les sanctions occidentales contre la Russie ont causé des dommages économiques à la France en raison de la diminution des échanges commerciaux, mettant ainsi le pays en danger de plonger dans une crise économique et sociale profonde. De plus, la Russie prétend que la fourniture d'armes à l'Ukraine a laissé la France sans moyens de défense. Ces points de discussion sont conçus pour influencer l'opinion publique française et discréditer le soutien à l'Ukraine.

Des fermes à trolls inondent les réseaux sociaux en France

L'article mentionne également que les documents du Kremlin montrent que Moscou a créé des fermes de trolls chargées de produire et de diffuser du contenu sur les réseaux sociaux et des articles critiquant le soutien occidental au gouvernement ukrainien de Volodymyr Zelensky. Une note écrite par l'un des stratèges du Kremlin en juin 2023 demande à un employé d'une ferme à trolls de créer un commentaire de 200 caractères attribué à un Français moyen, critiquant le soutien de l'Europe à l'Ukraine comme une aventure futile qui entraîne une inflation et une baisse du niveau de vie en France.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rejeté ces documents comme étant des faux, arguant que la Russie n'a pas besoin de promouvoir l'idée que l'Europe souffre des sanctions contre la Russie, car cela est évident pour tous les analystes.

L'article souligne que bien que la propagande russe n'ait pas encore eu un impact majeur en France, où le président Emmanuel Macron a maintenu un soutien ferme à l'Ukraine, il existe des signes de préoccupation. La visibilité des comptes pro-russes sur les réseaux sociaux augmente en France, et les taux d'approbation des partis d'extrême droite français sont en hausse. Certains responsables français s'inquiètent de la montée de la rhétorique pro-russe, qui affirme que la guerre en Ukraine est une aventure américaine et que la France doit restaurer ses relations avec la Russie.

Le rapport souligne également qu'une partie de l'establishment français continue de rêver d'une Europe dirigée conjointement par la France et la Russie, en tant que grandes puissances nucléaires sur un pied d'égalité. Cette vision persiste malgré les tensions géopolitiques actuelles.

Le Kremlin souffle sur les braises du conflit Israël/Gaza

Le Washington Post évoque également des inquiétudes concernant l'implication de la Russie dans les tensions liées au conflit Israël-Gaza en France, avec des responsables français signalant des tentatives de manipulation de ces tensions par la Russie.

Enfin, l'article aborde les liens financiers entre Jean-Luc Schaffhauser et la Russie. Schaffhauser reconnaît recevoir des fonds et du soutien du diplomate russe Ilya Subbotin, n°2 de l'ambassade de Russie en France, qui lui verse tous les mois de quoi payer le loyer d'un étage complet dans une résidence strasbourgeoise.

Bizarrement, la presse nationale s'est très peu fait l'écho de cette enquête, alors même qu'elle n'a pas hésité à en faire des tonnes sur Jordan Bardella ou les frasques de Gérard Depardieu. A chacun ses priorités.

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