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Sécheresse : le basculement des eaux d'Est en Ouest, une fausse bonne idée ?

Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 17 janvier 2025 à 06H03
La sécheresse dans l'est alimente le débat sur le basculement des eaux.

Chaque année, 14 millions de mètres cubes d'eau captés à Salazie et à Mafate sont redistribués vers des zones irriguées de l'ouest de l'île, pour l'agriculture mais aussi pour des usages domestiques ou économiques. Le Département conteste les accusations, de plus en courantes, faisant du basculement des eaux d'Est en Ouest un facteur d'aggravation de la sécheresse à Salazie ou à Saint-André, deux communes actuellement frappées par des coupures d'eau.

L'opinion s'est largement répandue au sein d'une partie de la population au fil des années : le chantier de basculement des eaux d'Est en Ouest aurait contribué à amplifier la sécheresse dans la région Est de l'île. Mais depuis la prise de position du président de la Cirest Patrice Selly, qui a demandé lundi 13 janvier aux députés réunionnais l'ouverture d'une enquête parlementaire, le sujet du transfert des eaux n'est plus seulement un objet de débat lors des repas de famille.

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Il devient un enjeu d'ordre politique, préfigurant sans doute un thème central des futures campagnes électorales, celui de l'accès à l'eau potable des foyers réunionnais.

Considéré comme le chantier du siècle lorsqu'il a été lancé en 1995, le dispositif de basculement des eaux n'est toujours pas achevé, trente ans après. Un dernier périmètre d'irrigation de 1.000 hectares dans les hauteurs de Saint-Leu, sur une zone située à plus de 800 mètres d'altitude non desservie en eau potable, devra être encore raccordé. Le Département envisage de lancer les études opérationnelles en fin d'année.

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C'est le principe originel du transfert des eaux : couvrir les déficits saisonniers en eau des communes de l'ouest (de la Possession à Saint-Leu) en alimentant une conduite maîtresse reliée à des systèmes de stockage, sur divers points du linéaire de la microrégion. Lesquels stockages, grâce à des pompes, permettent de faire remonter l'eau jusqu'à environ 600 mètres d'altitude.

Les quantités d'eau transférées soumises à des contrôles et à des restrictions

« Il y a quatre captages, deux sur Salazie et deux dans l'ouest, qui sont sur Mafate, qui permettent de transférer de l'eau dans les hauts de Saint-Paul, à Mon-Repos », explique Amélie Navarro, responsable de la cellule exploitation des périmètres irrigués au Département. C'est à partir de Mon-Repos qu'est ventilée l'eau, via la fameuse conduite maîtresse, un gros tuyau d'un mètre soixante capable de soutenir des débits élevés.

Sécheresse : le niveau de la rivière du Mât au plus bas en janvier 2025.
Le débit de la rivière du Mât est inférieur de plus de 50% à la normale.

« Les captages sont situés à des altimétries différentes, interconnectés par des galeries. Il n'y a pas d'alimentation électrique : c'est de l'eau qui tombe en gravitaire, depuis Salazie jusqu'à Saint-Paul, avec un réservoir de stockage de 50.000 mètres cubes à Mon-Repos », poursuit-elle, en relevant que les captages sont conçus pour permettre aux bichiques et autres espèces d'eau douce de pouvoir remonter les rivières.

Pour autant, insiste Amélie Navarro, les quantités prélevées sur les quatre captages sont contrôlées et soumises elles aussi à des restrictions. Un arrêté préfectoral en date de 1999, valable pour une durée de 50 années, fixe les volumes d'eau qui peuvent être transférés. Et pour quelle utilisation ils sont destinés.

La baisse de la pluviométrie, premier facteur de sécheresse

Sur le papier, le Département est autorisé à dévier vers l'ouest de l'île, à partir des quatre captages, un volume de 97 millions de m3 par an, dont 71 millions de m3 pour l'irrigation de 6.000 hectares de surfaces agricoles. La quantité restante d'eau, 26 millions de m3, doit être affectée aux intercommunalités, lesquelles la redistribue en fonction des besoins, pour les usages domestiques et l'activité économique.

Un quota de ce volume demeure destiné à la recharge de la nappe phréatique de la rivière des Galets, cruciale pour le Port. « En moyenne, on prélève 14 millions de mètres cubes par an. Si un besoin supplémentaire se fait sentir, on prélèvera plus. On prélève ce dont on a besoin, et bien sûr en fonction du débit des rivières. On a d'ailleurs des débits réservés pour les deux rivières de l'Est : 400 litres par seconde pour la rivière du Mât et 100 litres par seconde pour la rivière Fleurs Jaunes », détaille la technicienne du Département.

Sollicitée, l'Office de l'eau Réunion précise que le débit actuel de la rivière du Mât (955 litres par seconde) est inférieur de plus de 50% à la normale pour un mois de janvier (4.214 l/s), soit un déficit de -77%. La situation est encore pire pour la rivière des Roches, qui affiche un déficit de -90% par rapport à la normale.

Comme le souligne la technicienne du Département, la sécheresse impacte des communes des Hauts réputées pour leurs multiples cours d'eau, comme Cilaos ou Salazie, signe que le problème relève principalement de la baisse de pluviométrie observée à La Réunion depuis 50 ans. Les déficits structurels des communes de l'Est, qui disposent parfois de canalisations peu entretenues occasionnant des pertes de rendement supérieures à 50%, contribuent à alourdir les difficultés d'accès au robinet des usagers.

La Cirest a entrepris de renforcer et de sécuriser (via des groupes électrogènes) ses sources d'alimentation en nappes phréatiques, mais encore faut-il que celles-ci puissent se recharger avec de l'eau de pluie. Selon l'Office de l'eau, les nappes phréatiques de Saint-Benoît et de Bras-Panon sont dans un état critique, comme celle de la rivière des Galets du reste.

Amélie Navarro mentionne que si 60% de l'eau captée est généralement distribuée aux agriculteurs, le ratio s'équilibre à 50% en période de sécheresse, comme c'est le cas actuellement. Soumis eux aussi à des injonctions de restriction d'usage de l'eau, les agriculteurs se montrent plutôt respectueux des consignes, contrairement aux administrés et aux acteurs économiques, qui ne modifient pas leur comportement.



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