Sainte-Suzanne : Laï-Kane-Cheong s’impose face à Maillot au terme d’un renversement inédit

En remportant le second tour des municipales à Sainte-Suzanne avec 45,30 % des suffrages, Alexandre Laï-Kane-Cheong met fin à plusieurs décennies de domination du Parti communiste réunionnais (PCR) sur la commune.
Coup de théâtre à Sainte-Suzanne. Arrivé en seconde position au premier tour, Alexandre Laï-Kane-Cheong a finalement remporté le second tour des élections municipales ce dimanche 22 mars, avec 45,30 % des suffrages exprimés, devançant nettement le député Frédéric Maillot.
Une victoire nette dans les urnes
Le candidat de “Croire et Oser” totalise 5.689 voix, contre 4.222 voix (33,62 %) pour son principal adversaire. Derrière, Eddy Balbine obtient 1.326 voix (10,56 %), talonné de très près par Nadia Ramassamy (1.322 voix, soit 10,53 %). Dans cette commune de 20.096 inscrits, 12.957 électeurs se sont déplacés, portant la participation à 64,48 %. Le scrutin compte 12.559 suffrages exprimés, ainsi que 158 bulletins blancs et 240 bulletins nuls.
Grâce à cette large avance, la liste d’Alexandre Laï-Kane-Cheong décroche 26 sièges au conseil municipal et 11 sièges au conseil communautaire, contre seulement 6 sièges municipaux (et 2 sièges au conseil communautaire) pour celle de Frédéric Maillot. Eddy Balbine et Nadia Ramassamy décrochent respectivement 2 sièges et 1 siège au conseil municipal.
Rien ne laissait pourtant présager une telle issue au soir du premier tour. Frédéric Maillot était alors arrivé en tête avec 24,77 % des voix, devant Alexandre Laï-Kane-Cheong (19,74 %). Surtout, le député bénéficiait d’une dynamique favorable après la fusion avec la liste de Daniel Alamélou (14,36 %), tandis qu’aucune alliance n’avait été conclue entre Alexandre Laï-Kane-Cheong et Eddy Balbine (15,09 %), ce dernier ayant choisi de se maintenir.
Dans ce contexte, la victoire semblait à portée de main pour Frédéric Maillot. Mais l’entre-deux tours a profondément rebattu les cartes.
Fusion contestée et vote de rejet
Plusieurs éléments permettent d’éclairer ce renversement. La fusion entre Daniel Alamélou et Frédéric Maillot semblait assurer la victoire du député. Mais selon toute vraisemblance, ce rapprochement a désorienté une partie de l’électorat, voire suscité des incompréhensions jusque dans les rangs des colistiers du premier.
Sur le terrain, cette configuration a pu être perçue comme une recomposition artificielle, voire comme la continuité d’un système politique que certains électeurs souhaitaient voir disparaître. Le soutien, même indirect, de Maurice Gironcel a ainsi cristallisé une partie du rejet, dans un contexte où une frange de la population aspirait clairement à tourner la page. Cette situation a pu favoriser des reports de voix partiels, voire un basculement vers le candidat de "Croire et Oser".
Dans le même temps, le maintien d’Eddy Balbine au second tour, loin de figer les positions, semble avoir contribué à alimenter une dynamique de "vote utile" au bénéfice d’Alexandre Laï-Kane-Cheong.
Au final, le scrutin apparaît marqué par une forte logique de vote de rejet, notamment à l’égard de l’alliance autour de Frédéric Maillot. Les trois listes opposées à cette ligne totalisent ainsi plus de 66 % des suffrages, traduisant une volonté claire d’alternance.
Un revers politique pour Frédéric Maillot
Pour le député de la 6e circonscription, cette défaite constitue un coup d’arrêt significatif. Fort de ses succès récents aux législatives et bénéficiant du soutien de la Région et de la municipalité sortante, il apparaissait comme le favori naturel de ce second tour.
Malgré un ballotage favorable et une stratégie d’alliance classique, il n’est pas parvenu à élargir suffisamment sa base électorale dans l’entre-deux tours. Beau joueur, il reconnait que son adversaire a su "mieux convaincre". "Nous avons proposé un projet sur une base progressiste qui met au cœur l'éducation, la santé et l'agriculture. Ce n'est pas ce projet que les Sainte-Suzannois ont choisi", analyse-t-il.
Et pour expliquer sa défaite sur un aspect purement politique, Frédéric Maillot assure "que ce n'est pas la défaite de Maurice Gironcel, ni du Parti communiste réunionnais". "C'est Frédéric Maillot en tant que tête de liste qui n'a pas su ramener cette victoire", insiste le député, qui salue néanmoins "la ferveur militante" qui l'a porté durant cette campagne.
La consécration pour Alexandre Laï-Kane-Cheong
À l’inverse, Alexandre Laï-Kane-Cheong signe une victoire politique majeure. "Alek" accède à l'âge de 37 ans - comme Lucet Langenier en son temps - à la mairie de Sainte-Suzanne, au terme d’un parcours marqué par la persévérance.
Habitué des campagnes de terrain, il s’était déjà confronté à plusieurs reprises à des appareils politiques bien installés, sans jamais parvenir à s’imposer jusqu’ici.
"C'est à Sainte-Suzanne à qui je dois adresser mes remerciements sans distinction d'orientation politique partisane, et c'est Sainte-Suzanne qui célèbre ce soir cette transformation et cette transition", a déclaré le nouveau maire lors de sa prise de parole devant les militants.
Pour lui, la population a exprimé dans les urnes un sentiment de "fronde" face à "l'immobilisme et la léthargie" de la commune. "Peut-être que nous avons incarné, avec cette liste, avec Sainte-Suzanne, ce souhait incontestable de la population de dire "enfin, nous allons être associés au projet de transformation de Sainte-Suzanne", a-t-il ajouté.
Sa victoire marque également une alternance historique dans cette commune, dernier bastion PCR de l'île. Symbole ou pas, le maire du Port, Olivier Hoarau, qui avait mis fin à plusieurs décennies de domination PCR dans la cité maritime, était présent ce dimanche soir pour saluer son "dalon" Alek.
Une attente forte de changement
Au-delà du résultat brut, ce scrutin traduit une aspiration profonde au renouvellement de la vie politique locale. En portant Alexandre Laï-Kane-Cheong en tête, les électeurs ont clairement exprimé leur volonté de tourner une page.
Reste désormais au nouveau maire de Sainte-Suzanne à transformer cette dynamique électorale en résultats concrets, dans une commune où les attentes en matière de gestion, de proximité et de renouvellement sont particulièrement élevées.



























