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Saint-Pierre : Quand la porcherie passe du sens propre au sens figuré

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre a jugé, jeudi 14 juin, un éleveur de porcs pour de nombreuses infractions sur des volets sanitaires, environnementaux et de protection animale. Il était notamment reproché à l'agriculteur ses conditions de production qui faisaient courir un risque aux consommateurs. Le jugement sera rendu le 27 juin.
Ecrit par Gaëtan Dumuids – le samedi 15 juin 2024 à 15H58
Photo : Pixabay

C'est au départ une dénonciation qui a attiré l'attention de la DAAF, Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt, sur un éleveur de porcs. Si la dénonciation pour un abattoir de porcs clandestin s'est avérée calomnieuse, les agents de la DAAF n'ont toutefois pas fait le déplacement pour rien.

En arrivant sur l'exploitation de l'agriculteur, les fonctionnaires vont découvrir toute une série d'infractions qui concernent autant la santé publique, l'environnement et la protection animale. Parmi les premiers constats, le site n'est pas doté d'éléments sanitaires pour les personnes travaillant sur le site. Pour simplifier, il n'y avait qu'un lavabo encombré qui n'avait pas de savon.

Pas la seule mauvaise surprise

 

C'était loin d'être la seule découverte inquiétante. Alors que les agents sont arrivés très tôt avant le début de la journée de travail, ils ont constaté que le hachoir à viande n'était pas nettoyé et comportait même des résidus de viande et des asticots. Les peintures des murs et du plafond s'écaillaient au-dessus de la zone de production, tandis que les marinades étaient préparées dans des sacs poubelles. Rien ne distinguait non plus la viande avariée de celle encore bonne à la consommation.

En dehors de l'aspect sanitaire, les agents de la DAAF ont soupçonné également un déversement de lisier non réglementaire, les prélèvements ayant relevé un taux de phosphore anormalement élevé, mais n'ont pas pu identifier la cause. Enfin, les animaux n'étaient pas placés selon la réglementation en vigueur avec des séparations par âge et taille. Cinq porcelets morts-nés ont été retrouvés au milieu des autres porcs, tandis qu'un porcelet de quelques mois souffrant d'une patte n'était pas soigné.

Enfin, la viande produite par l'agriculteur allait directement dans les boucheries gérées par ses enfants, tandis que les registres des animaux n'avaient jamais été remplis. Au total, il est poursuivi pour 14 chefs d'inculpation.

"Elle a bon dos la tradition"

 

Face aux juges, l'éleveur va invoquer sa méconnaissance des normes et le fait qu'il favorise des méthodes traditionnelles qu'il a apprises. Il explique que s'il ne traite pas ses porcs avec des antibiotiques, c'est parce qu'il veut faire une production biologique. Enfin, il affirme avoir remis son exploitation aux normes, ce qui lui a coûté 35.000 euros.

Des arguments que la procureure réfute. "Derrière ces négligences, il y a surtout une volonté de faire des économies. Elle a bon dos la tradition. Il dit que les antibiotiques sont le mal absolu, mais c'est surtout que ça coûte de l'argent", tance la parquetière avant de requérir une peine de 6 mois de prison avec sursis, 20.000 euros d'amende, dont 10.000 avec sursis, et 1000 ou 500 euros par contravention.

Des réquisitions extrêmement sévères pour Me Mahalia Galais, qui va tenter de démonter 5 des accusations, notamment l'atteinte à l'environnement qui n'a pas été prouvée. "Il a 60 ans et il a toujours travaillé de cette manière avec ce savoir-faire. C'est difficile de changer ses habitudes, mais il l'a fait et a tout remis aux normes. Il exerçait son activité en toute bonne foi", argue la robe noire.

Le jugement a été mis en délibéré pour le 27 juin.

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