Saint-Pierre : Convoqué au tribunal, il veut "juger la justice"

Olivier a refusé d'écouter les explications des avocats, des autres magistrats et des policiers, persuadé d'être la victime d'une injustice. Il a comparu devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre ce mardi pour outrage et menace réitérée de destruction dangereuse.
C'est pour une histoire d'outrage et de rébellion qu'Olivier passe à nouveau devant les radars de la justice. Ce 15 mars 2024, Olivier est convoqué pour une reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Une procédure rapide de jugement dont peut bénéficier un prévenu qui implique notamment d'accepter la peine proposée par le procureur et le soutien d'un avocat. Olivier a refusé ces deux préalables. D'une part, il assure être innocent et en veut pour preuve une vidéo qu'il a en sa possession. D'autre part, il refuse d'être assisté de l'avocate qui l'avait suivi en garde à vue, mais aussi celle de permanence. “Vous êtes deux avocates de merde”, a-t-il crié à plusieurs reprises dans la salle des pas perdus du tribunal de Saint-Pierre.
Selon les différents témoignages, Olivier, 42 ans, est arrivé déjà très énervé, criant être accusé de faits qu'il n'a pas commis. “Je lui ai expliqué la procédure, mais il ne voulait rien entendre”, témoigne une des avocates commises d'office qui a tenté de l'accompagner. Si la procédure de CRPC permet de gagner du temps, de désengorger les tribunaux, avec 15 dossiers à traiter en une matinée, “c'est parfois du travail à la chaine”, reconnait-elle.
Père de 7 enfants, en pleine séparation...
Pour autant, d'autres avocats, des policiers et une vice-procureure ont tenté de calmer Olivier. Rien n'y a fait. Le quadragénaire crie, filme la salle d'audience, menace de mettre le feu au tribunal. Olivier finit par être de nouveau placé en garde à vue.
“J'ai pété un câble, c'était sous le coup de la colère. Les avocates ne m'ont pas expliqué”, se justifie-t-il finalement après avoir renoncé au dépaysement de son procès, préférant là encore tenter de se défendre tout seul. Olivier traversait une période difficile au moment des faits, explique-t-il. Lui, père de sept enfants, au RSA, en pleine séparation, bientôt sans logement, ne sait également ni lire ni écrire. “ Je me suis laissé déborder”.
Un comportement inacceptable
“Ce qui ne va pas, c'est de se comporter comme ça”, tance la présidente du tribunal. D'autant que “les avocats sont là pour vous défendre. Vous vous êtes rajouté des problèmes”, s'exaspère la juge.
La “posture de victimisation à outrance” du prévenu n'a pas convaincu Me Farid Issé, conseil des deux avocates constituées partie civile. “Monsieur a oublié que l'avocat est le dernier rempart de la liberté”, fait-il valoir.
"Se faire justice sur les réseaux sociaux"
Dans le même sens que la partie civile, le procureur du tribunal de Saint-Pierre a rendu hommage au métier d'avocat “chevillé au corps des personnes qui exercent des missions de service public”. En filmant son scandale sur les réseaux sociaux, “son objectif était de juger la justice, une posture symptomatique de l'époque. Lorsqu'on est pas content, on vient se faire justice sur les réseaux sociaux et de ce fait on décrédibilise ceux qui la représentent”, déplore le procureur. Si la justice souffre d'une mauvaise image, il suffit d'assister à une audience pour se rendre compte de ce dont elle fait preuve, ajoute-t-il. “Combien d'états dans le monde permettent aux justiciables d'avoir une défense quand il n'en ont pas les moyens ? Combien octroient des allocations quand on a pas les moyens de subvenir aux besoins de ses enfants ?” , tance le procureur . “Il faut revenir à la raison et arrêter de se comporter comme un enfant gâté et frustré”, termine-t-il ses réquisitions étayées avec justesse en demandant toutefois 4 mois de prison ferme aménageables.
Olivier, quelques mentions à son casier judiciaire, écope finalement d'une peine d'avertissement de 4 mois de prison avec sursis. "Si la colère vous vient, vous la contenez monsieur”, le prévient la présidente du tribunal. Olivier devra également payer 800 euros de préjudice moral à chacune des deux avocates constituées partie civile.


